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Africa Prize 2026 : un Nigérien sacré pour Likita Care, sa plateforme médicale conçue et fabriquée au Niger

Mamane Kabirou Ousseini est le premier ingénieur nigérien à remporter l'Africa Prize for Engineering Innovation. Sa plateforme Likita Care, pensée et assemblée au Niger, équipe déjà cinq centres de santé du pays. Une dotation de 50 000 livres sterling récompense six ans de travail acharné.

Mamane Kabirou Ousseini, lauréat 2026 de l'Africa Prize for Engineering Innovation. Photo : Royal Academy of Engineering.
Mamane Kabirou Ousseini, lauréat 2026 de l'Africa Prize for Engineering Innovation. Photo : Royal Academy of Engineering.

C'est une première pour le Niger. Le 28 octobre 2026, à Johannesburg, le nom de Mamane Kabirou Ousseini a retenti devant la salle comble de la finale de l'Africa Prize for Engineering Innovation. L'ingénieur nigérien venait de décrocher la plus grande distinction africaine dédiée à l'ingénierie, avec une dotation de 50 000 livres sterling. Aucun ingénieur nigérien n'avait jamais été retenu dans ce programme, créé il y a douze ans par la Royal Academy of Engineering. Encore moins sacré vainqueur.

« Remporter l'Africa Prize est un rêve devenu réalité. Nous avons lancé ce projet il y a cinq ans, et voir tout le chemin parcouru, recevoir cette reconnaissance aujourd'hui, cela dépasse les mots », a-t-il déclaré au moment de recevoir son prix, remis par l'ancien rugbyman sud-africain Bryan Habana.

Likita, un mot haoussa qui dit tout

Pour comprendre ce sacre, il faut partir du nom. « Likita » signifie « docteur » en haoussa. C'est aussi le fil rouge d'une aventure née en 2019, quand Mamane Kabirou Ousseini fonde la société avec son associé Seydou Gnaly Ousmane.

Le déclic remonte à plus loin encore. À l'époque où il assure la maintenance et la réparation du matériel médical dans les hôpitaux nigériens, il voit, sans cesse, le même scénario se répéter. Un moniteur cardiaque importé tombe en panne. La pièce de rechange n'arrive pas, ou personne ne sait la remplacer. L'appareil reste alors à l'abandon, faute de pièces et de techniciens. Pendant ce temps, les équipes soignantes travaillent à l'aveugle.

« Likita Care est une plateforme de suivi médical intégrée qui donne aux agents de santé les outils pour réaliser plusieurs types de surveillance avec une seule solution », explique-t-il. « C'est à la fois une solution de fabrication locale, de matériel et de logiciel. »

Douze paramètres vitaux sur un seul écran

Concrètement, Likita Care assemble trois briques. Le matériel d'abord : un moniteur patient, un cardiographe, un cardiotocographe pour le suivi de grossesse et un thermomètre temporal. Ensemble, ils suivent douze paramètres vitaux chez l'adulte, le nouveau-né et le fœtus : fréquence cardiaque, saturation en oxygène, respiration, température, électrocardiogramme, contractions utérines.

Le logiciel ensuite. Un tableau de bord central permet à un seul soignant de surveiller dix à vingt patients sur un même écran. Il intègre aussi la télémédecine et le partogramme électronique, l'outil clé du suivi d'accouchement. Un module d'intelligence artificielle aide à interpréter les constantes en temps réel, même sans connexion internet stable.

Enfin, la fabrication. Les appareils sont produits au Niger avec des imprimantes 3D, de la découpe numérique et de l'assemblage électronique. Le pays importe seulement les composants essentiels, pas les systèmes complets. Résultat : une chaîne d'approvisionnement courte, des réparations rapides et des coûts qui restent supportables.

Soixante-dix appareils en service, un dépannage en 24 heures

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Plus de 70 appareils ont été produits et déployés au Niger. Ils équipent aujourd'hui cinq centres médicaux, les plus grands du pays, après une validation clinique menée auprès de plus de 100 patients et plus de 4 000 données collectées.

Le service après-vente fait la différence. Les hôpitaux rapportent des interventions sur site en moins de 24 heures, ce qui change tout dans des services où un moniteur en panne peut retarder un diagnostic. Pour lui, dans beaucoup d'hôpitaux, le facteur limitant n'est pas le savoir clinique mais l'absence d'équipements fiables et réparables.

Le modèle économique suit deux voies. La vente de kits complets, avec installation et une année de formation, pour les gouvernements et les ONG. Et une formule d'abonnement, baptisée « LikitaCare as a Service », qui permet aux structures publiques et privées d'accéder aux appareils sans investissement lourd.

Cinquante mille livres pour viser l'Afrique de l'Ouest

Le prix change la trajectoire. Les trois finalistes, Alice Muhuhu et Naom Monari du Kenya ainsi que Dyllon Randall d'Afrique du Sud, repartent chacun avec 10 000 livres. Mamane Kabirou Ousseini, lui, compte utiliser ses 50 000 livres pour commercialiser Likita Care au Niger, consolider son implantation nationale, puis viser les marchés voisins d'Afrique de l'Ouest.

« Remporter l'Africa Prize confirmera que le Niger est un pôle d'innovation technologique en pleine ascension, et nous donnera les ressources et la crédibilité pour passer d'un pilote réussi à un acteur certifié de la santé en Afrique de l'Ouest », affirmait-il avant la finale.

L'histoire ne fait que commencer. Une question demeure, et elle dépasse le seul destin d'une start-up nigérienne devenue référence : le Niger, longtemps absent des radars de l'innovation technologique continentale, est-il en train de se faire une place dans la carte de la santé numérique africaine ? Likita Care en est, en tout cas, la première preuve éclatante.

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