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Sahel et AES

Alger reçoit coup sur coup les chefs de gouvernement du Mali et du Niger

En l'espace de trois jours, Alger a vu défiler deux Premiers ministres de l'AES. Abdoulaye Maïga d'abord, lundi, puis Ali Mahamane Lamine Zeine, arrivé mercredi soir pour deux jours de travail. Une séquence qui prolonge le rapprochement algéro-nigérien déjà engagé depuis février, ouvre un nouveau chapitre côté malien, et s'inscrit dans une stratégie régionale algérienne bien plus large que le seul cadre bilatéral.

Alger reçoit coup sur coup les chefs de gouvernement du Mali et du Niger

Le dossier algéro-nigérien n'est pas nouveau pour nos lecteurs. En mars dernier, le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb s'était rendu à Niamey pour la deuxième session de la Grande Commission mixte de coopération, dans le prolongement de la visite du général Tiani à Alger en février. Les discussions avaient porté sur trois chantiers structurants : la route transsaharienne, la fibre optique et le gazoduc transsaharien.

Cinq mois plus tard, c'est au tour du Niger de se rendre à Alger. Ali Mahamane Lamine Zeine, Premier ministre nigérien, est arrivé mercredi 26 août à la tête d'une importante délégation ministérielle, pour une visite de travail de deux jours. Mais cette fois, il n'est pas seul dans l'agenda algérien de la semaine : deux jours plus tôt, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga effectuait lui aussi une visite similaire, reçu par le président Abdelmadjid Tebboune. Une coïncidence de calendrier qui en dit long sur la place qu'occupe désormais l'Algérie dans la diplomatie sahélienne.

Deux visites, trois jours d'écart

Lundi 24 août, Abdoulaye Maïga atterrit à Alger, accueilli par son homologue Sifi Ghrieb avant d'être reçu en audience par le président Tebboune. Le chef du gouvernement malien est porteur d'un message d'Assimi Goïta, président de la Transition, qui remercie Tebboune pour son invitation et donne son accord de principe pour effectuer lui-même une visite officielle en Algérie, sans date encore fixée par les canaux diplomatiques.

Aucun accord sectoriel ni nouveau mécanisme bilatéral n'a été annoncé à l'issue de ce déplacement, resté avant tout symbolique. Il n'en marque pas moins une étape dans la normalisation entre Bamako et Alger, dont les relations s'étaient dégradées après l'abattage d'un drone malien par l'armée algérienne en avril 2025, un incident qui avait poussé les trois capitales de l'AES à rappeler leurs ambassadeurs pour consultation.

Mercredi soir, c'est Lamine Zeine qui arrive à l'aéroport Houari-Boumediene, accueilli à son tour par Sifi Ghrieb. Sa visite, présentée par les deux parties comme la poursuite de la dynamique lancée depuis la visite du général Tiani en février, doit se conclure ce jeudi. Contrairement à celle de Maïga, elle s'inscrit dans un cadre déjà bien balisé : celui de la Grande Commission mixte et de ses trois grands chantiers d'infrastructure.

Une diplomatie à plusieurs vitesses au sein de l'AES

Du côté malien, Abdoulaye Maïga a choisi une formule reprise du président Tebboune lui-même pour résumer cette relation de voisinage obligé, affirmant que le Mali et l'Algérie étaient « condamnés à cheminer ensemble ». Une manière de dépasser les tensions passées sans les nier.

Ce réchauffement malien intervient toutefois avec retard par rapport au Niger, qui avait renoué avec Alger dès février. L'Algérie affiche par ailleurs des positions qui méritent d'être posées avec précision plutôt que de laisser planer l'ambiguïté : le pays soutient de longue date le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui face au Maroc, mais rejette explicitement toute scission entre le nord et le sud du Mali, un dossier sensible pour Bamako depuis les rébellions touarègues. Deux positions distinctes, que les autorités algériennes ne présentent pas comme contradictoires mais comme relevant de deux dossiers différents.

Autre élément à noter : le Burkina Faso, troisième pilier de l'AES, ne participe pas à cette séquence diplomatique avec Alger. Ouagadougou poursuit de son côté un rapprochement plus marqué avec la Russie, notamment sur le plan militaire. Sans qu'il faille y voir une fracture, cette différence de rythme illustre une réalité simple : l'AES avance en confédération sur le plan institutionnel, mais chaque capitale continue de gérer ses relations extérieures à son propre tempo.

Ce que cette séquence dit de la stratégie régionale de l'Algérie

Ces deux visites ne sortent pas de nulle part. L'Algérie préside depuis le 1er août 2026 le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, et le président Tebboune porte, à ce titre, un plan d'action stratégique de lutte contre le terrorisme pour la période 2026-2030. Alger multiplie en parallèle les gestes concrets envers ses voisins sahéliens : don d'hélicoptères au Niger, financement d'une centrale électrique de 40 mégawatts au Tchad, et surtout la relance du projet de corridor routier transsaharien reliant Tamanrasset à Gao et Bamako, présenté comme prioritaire pour désenclaver le Mali vers les ports algériens.

Le projet de zones franches aux frontières malienne et nigérienne, destiné à formaliser des échanges aujourd'hui largement informels et à couper une partie du financement des groupes armés par la contrebande, s'inscrit dans la même logique. Pour Alger, la stabilité du Sahel et le développement économique de ses populations frontalières sont présentés comme les deux faces d'une même politique.

Pour le Niger comme pour le Mali, l'enjeu est différent mais convergent : diversifier les partenariats après la rupture avec la France, sans pour autant revenir dans le giron d'un partenaire unique. L'Algérie, elle, gagne en centralité régionale à mesure que les chancelleries sahéliennes se tournent vers elle, que ce soit pour la sécurité, l'énergie ou les infrastructures.

Trois jours, deux visites, un même partenaire : l'Algérie s'impose cette semaine comme le point de passage obligé de la diplomatie sahélienne, sans que le Burkina Faso ne suive le même chemin. Reste à voir si la visite de Lamine Zeine, qui se termine aujourd'hui, débouchera sur des annonces plus concrètes que celle de son homologue malien, et si la visite d'Assimi Goïta, encore sans date, viendra confirmer cette dynamique au plus haut niveau.

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