Niger-Libye : Ali Lamine Zeine reçu à Benghazi pour la sécurité de la frontière commune
Ali Mahamane Lamine Zeine a été reçu ce dimanche 1er novembre à Benghazi par Osama Hammad, Premier ministre du gouvernement libyen de l'Est. Le Premier ministre nigérien était accompagné du chef d'état-major général et de plusieurs chefs d'armes. Au menu des discussions : la frontière de 340 km, les groupes armés et les trafics.
Dimanche 1er novembre 2026, le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine est arrivé à Benghazi, dans l'est de la Libye. Il y a été accueilli par son homologue du gouvernement désigné par la Chambre des représentants, Osama Hammad. La composition de la délégation dit tout de l'objet du déplacement : à sa tête, le chef d'état-major général des forces armées nigériennes, le général de corps d'armée Mamane Sani Kiaou, accompagné de plusieurs chefs d'état-major des différentes armes.
Une délégation taillée pour la sécurité
Ce n'est pas une visite de courtoisie. La présence du chef d'état-major général et des responsables des différentes branches militaires confirme que le déplacement est d'abord sécuritaire. Selon les comptes rendus officiels repris par l'agence libyenne LANA, la rencontre a porté sur le renforcement de la coopération bilatérale et de la coordination entre le Niger et les autorités de l'Est libyen.
Le contrôle de la frontière commune, longue d'environ 340 kilomètres, a occupé une place centrale. La zone frontalière entre la Libye, le Niger et le Tchad reste exposée aux groupes armés, aux trafics et à une instabilité chronique. La coordination en matière de renseignement et la lutte contre les menaces transfrontalières figurent au cœur des préoccupations partagées, relève Alwihda Info.
Osama Hammad a reçu le Premier ministre nigérien et sa délégation dans ce qu'il a présenté comme « leur second pays, la Libye », insistant sur « la profondeur des liens fraternels » unissant les deux nations. De son côté, Ali Lamine Zeine a exprimé sa gratitude pour l'accueil et réaffirmé la volonté du Niger de développer ses relations stratégiques avec la Libye.
Une frontière devenue un front
Ce déplacement s'inscrit dans une séquence tendue pour Niamey. Le 26 septembre dernier, Ali Lamine Zeine affirmait que des forces hostiles au Niger se trouvaient à ses frontières nord-est et se préparaient à attaquer des positions militaires et des installations pétrolières. Il avait alors accusé la France d'être derrière ces forces, avec l'appui de l'Ukraine et de deux autres pays.
La frontière Niger-Libye est depuis longtemps un point de passage des combattants et des réseaux de contrebande. Dans le sud libyen, la passe de Salvador concentre les rivalités entre Tripoli et Benghazi et abrite des groupes armés, dont certains hostiles au pouvoir de Niamey. Le chef du Front patriotique de libération (FPL), Mahmoud Salah, opposé au régime du général Abdourahamane Tiani, serait d'ailleurs cantonné sous surveillance des forces de Khalifa Haftar dans le sud-ouest libyen, selon Africa Intelligence.
Jouer sur les deux pôles libyens
La visite de Benghazi confirme la stratégie de Niamey : entretenir en parallèle des relations avec les deux centres du pouvoir libyen. En juin dernier, Zeine avait été reçu à Tripoli par le Premier ministre du Gouvernement d'unité nationale, Abdel Hamid Dbeibah, un déplacement conclu par la signature d'un mémorandum de coopération militaire.
Début septembre, c'est une délégation du Gouvernement d'unité nationale, conduite par le vice-Premier ministre Salem Al-Zadma, qui avait été reçue à Niamey pour exprimer le soutien de Tripoli après les événements de la nuit du 28 au 29 août. « Nous allons toujours appuyer le gouvernement et le peuple nigériens parce que c'est la fraternité et c'est notre devoir. Nous sommes avec le peuple et son armée », avait alors déclaré Salem Al-Zadma.
Pour un Niger enclavé et soumis aux sanctions de la CEDEAO, le pôle de Benghazi présente aussi un intérêt économique. Osama Hammad a proposé d'utiliser le port de Benghazi pour le commerce et l'acheminement de fournitures vers le Niger, une piste qui contournerait l'enclavement du pays.
La visite de Benghazi ne débouche pas encore sur des annonces précises. Mais son format, son calendrier et la composition de la délégation en disent long sur les priorités de Niamey. Reste à voir si ce rapprochement avec l'Est libyen se traduira par des engagements concrets sur le terrain, ou s'il s'agit avant tout d'un signal envoyé aux deux camps, dans un espace saharo-sahélien où les alliances se recomposent vite.
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