Niger : un officier met en cause plusieurs pays dans le putsch manqué de la base 101
Trois jours après l'affrontement nocturne à la base 101 de Niamey, un officier du 1er Bataillon parachutiste a pris la parole à la télévision nationale. Le capitaine Roger Gabriel y détaille une nuit de coups de fil et de messages venus de cinq pays et d'une organisation régionale, qu'il présente comme les signes d'un appui extérieur aux auteurs de la tentative de coup d'État. Le Tchad a aussitôt démenti. Ce que dit ce témoignage, et ce qu'il ne prouve pas.
Une nuit d'affrontement, puis un récit qui change de version
Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, des tirs éclatent autour de la base aérienne 101 de Niamey, qui abrite notamment un important stock d'oxyde d'uranium. Le ministère de la Défense, dans un communiqué lu le lendemain sur la télévision nationale par le général d'armée Salifou Mody, parle d'un « mouvement d'humeur » circonscrit à un élément des forces armées ayant séquestré des camarades, sans mentionner ni l'aéroport ni la présidence — une version en net décalage avec les premières dépêches internationales, qui évoquaient une attaque terroriste.
Mardi 1er septembre, soit trois jours plus tard, un nouvel élément vient rebattre les cartes. Le capitaine Roger Gabriel, commandant de compagnie au 1er Bataillon parachutiste, basé au camp Bagadaji, livre sur la RTN un récit détaillé de cette nuit-là — et parle, cette fois, d'une tentative de coup d'État appuyée depuis l'étranger.
Un témoignage qui reste, à ce stade, celui d'un seul homme
Le capitaine affirme ne pas avoir pris part à l'action et avoir sécurisé son camp puis le deuxième pont de Niamey sur ordre de sa hiérarchie, une fois écartée l'hypothèse d'une attaque terroriste. C'est dans les heures qui suivent qu'il dit avoir reçu une série d'appels et de messages qu'il présente comme des preuves d'un soutien extérieur aux mutins retranchés à la base 101.
Il cite un officier tchadien, le colonel Hassan Adoum, qui l'aurait contacté à deux reprises. « Il m'a ensuite rappelé une deuxième fois pour m'expliquer qu'une intervention serait en cours à partir de leur pays, pilotée par leurs autorités et les forces spéciales françaises, afin de venir en soutien à ceux qui avaient pris la base 101 », rapporte le capitaine Gabriel dans sa déclaration. Il évoque aussi des appels manqués en provenance de France, de Dubaï et de Belgique, des messages WhatsApp assurant que « les partenaires français étaient prêts à intervenir », ainsi que des contacts avec des proches de l'ex-président Mohamed Bazoum, qui lui auraient parlé d'une cellule de crise béninoise et d'un feu vert de la CEDEAO. Face à ces sollicitations, le capitaine affirme avoir tenu bon : « nous avons repoussé intelligemment toutes les propositions faites par le BSR COS pour les renforcer », dit-il, en référence aux unités engagées contre la garde présidentielle.
Le Tchad n'a pas laissé l'accusation sans réponse. Selon des sources militaires tchadiennes citées par Alwihda Info, les allégations ont été rejetées, et le président Mahamat Idriss Déby a publiquement appelé à ne pas mélanger vérité et rumeur. Ni la France, ni le Bénin, ni la Côte d'Ivoire, ni la CEDEAO n'avaient réagi publiquement à l'heure de la publication de cet article.
Ce que cette sortie médiatique change pour le Niger et pour l'AES
Que ce récit soit confirmé ou non dans ses détails, il déplace déjà le débat : d'un incident interne minimisé le 29 août, on passe à l'hypothèse d'un putsch appuyé de l'extérieur, avec la France de nouveau citée. Pour un pouvoir de transition qui a construit une bonne partie de sa légitimité sur la rupture avec Paris, l'argument est de poids — et il pourrait peser sur les relations avec Ndjamena et Cotonou, deux capitales avec lesquelles Niamey entretient des rapports déjà tendus depuis le rapprochement du Niger avec l'Algérie et la Russie.
À l'échelle de l'AES, l'épisode illustre aussi une vulnérabilité partagée par les trois pays de la Confédération : la difficulté à distinguer, dans les crises militaires internes, ce qui relève de rivalités de corps d'armée et ce qui relève d'une réelle ingérence extérieure — une ambiguïté que les autorités de transition ont, chacune à leur manière, tendance à trancher en faveur de la seconde lecture.
Ce qu'il reste à savoir
Le témoignage du capitaine Gabriel ouvre plus de questions qu'il n'en referme : qui a validé sa diffusion, dans quelles conditions, et surtout, quelles preuves viendront — ou non — étayer des accusations qui engagent cinq pays et une organisation régionale. La suite se jouera dans les prochains jours, entre d'éventuelles réactions officielles des pays cités et le sort judiciaire réservé aux militaires nommés dans le récit.
📅 Repères
- 28-29 août 2026 : affrontement nocturne à la base 101 de Niamey
- 29 août 2026 : communiqué du ministère de la Défense évoquant un « mouvement d'humeur »
- 1er septembre 2026 : témoignage télévisé du capitaine Roger Gabriel sur la RTN
- 2 septembre 2026 : démenti tchadien relayé par Alwihda Info
📊 En chiffres
- 3 jours séparent les faits du témoignage télévisé
- 5 pays (Tchad, France, Bénin, Côte d'Ivoire, Émirats arabes unis) et 1 organisation régionale (CEDEAO) cités nommément
- 1er Bataillon parachutiste : l'unité du capitaine Gabriel, basée au camp Bagadaji
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