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Niger

Base 101 : Niamey accuse officiellement le régime de Macron

Une semaine après la mutinerie de la Base 101, le récit officiel change de registre. Dans son communiqué du vendredi 4 septembre, le Conseil des ministres désigne directement « le régime français de Monsieur Macron » comme tête du réseau accusé d'avoir incité l'opération du 28 au 29 août. Niamey évoque une documentation réunie en vue d'une possible action en justice internationale, remercie l'AES, l'Algérie et la Russie pour leur soutien, et appelle à la prière et à la vigilance.

Base 101 : Niamey accuse officiellement le régime de Macron

Dans la nuit du 28 au 29 août, des tirs et des détonations avaient semé la confusion à Niamey. Le ministère de la Défense avait d'abord parlé d'un « mouvement d'humeur » circonscrit à la Base 101, imputé à un élément isolé retenant certains de ses camarades. La version s'est ensuite étoffée par étapes : témoignage télévisé du Capitaine Roger Gabriel sur RTN, accusant cinq pays et la CEDEAO ; diffusion, le 3 septembre, d'un arsenal présenté comme saisi auprès du BSR-COS, l'unité identifiée comme le noyau de la mutinerie.

Le communiqué du Conseil des ministres du 4 septembre, présidé par le Général d'Armée Abdourahamane Tiani, marque une nouvelle étape. Pour la première fois à ce niveau institutionnel, le gouvernement nomme un chef d'État étranger : l'opération aurait été, selon Niamey, « incitée et entretenue par un vaste réseau de connivences » placé sous la responsabilité du président français. L'affaire prend une tournure diplomatique lourde, à un moment où le Niger consolide par ailleurs ses alliances avec l'AES, l'Algérie et la Russie.

Une accusation qui franchit un palier

Le texte, lu à l'issue du Conseil et repris par l'agence de presse officielle ANP ainsi que par le quotidien gouvernemental Le Sahel, situe la responsabilité de l'opération « aux ramifications internationales » à la tête d'« éléments félons et renégats » du Bataillon Spécial de Renseignement du Commandement des Opérations Spéciales. Il ajoute que ces éléments auraient agi pour le compte du « dessein non assouvi » du président français dans le pays.

Le gouvernement va plus loin en évoquant, sans les nommer, « certains de nos frères africains » qui auraient servi de « passerelles » aux manœuvres de déstabilisation — une formule qui tranche avec le témoignage plus circonstancié diffusé quelques jours plus tôt, où le Capitaine Roger Gabriel avait cité nommément plusieurs pays voisins et la CEDEAO. Sur le plan judiciaire, le communiqué annonce qu'« une documentation conséquente a été constituée sur cette agression » et que Niamey « se réserve le droit d'intenter des actions devant la justice internationale ». Le Conseil a par ailleurs présenté ses condoléances aux familles des victimes civiles et militaires, et salué le rôle de la Garde présidentielle dans la reprise en main de la situation.

Une version qui se resserre

Le média tchadien Tchadinfos relève un point notable : ce communiqué officiel, contrairement au témoignage individuel diffusé peu avant, ne cite aucun pays africain par son nom — une omission qui interroge, alors que le Tchad avait justement été mis en cause dans les jours précédents. Le site béninois Bénin Web TV souligne de son côté que l'annonce d'un recours devant la justice internationale « constitue une réserve, sans confirmation du dépôt d'une plainte », et qu'« aucune réaction française » n'était disponible au moment de la publication. Cette absence de réponse de Paris n'est pas anodine : dans des épisodes similaires, comme l'attaque de l'aéroport de Niamey en janvier dernier, les autorités françaises avaient rapidement dénoncé une « guerre de l'information ». Un silence, cette fois, qui laisse le récit nigérien occuper seul le terrain médiatique pour l'instant.

Ce que cette accusation change pour le Niger et l'AES

En nommant directement l'Élysée, Niamey referme un cran supplémentaire dans la rupture entamée depuis 2023 : après le retrait des troupes françaises, la fin des accords de défense et la reprise en main du dossier uranium, c'est désormais la sécurité intérieure du pays qui est publiquement rattachée à une supposée manœuvre française. Une hypothétique saisine de la justice internationale, même symbolique, s'inscrirait dans la continuité de la doctrine de « souveraineté documentée » que les autorités de transition mettent en avant depuis plusieurs mois.

Le communiqué prend aussi soin de nommer les soutiens extérieurs : les États membres de l'AES, l'Algérie et la Russie sont remerciés pour leur solidarité manifestée dès les premières heures de la crise — solidarité déjà exprimée fin août dans des communiqués séparés de Moscou, d'Alger et du bloc sahélien. Ce triangle de soutiens confirme la réorientation diplomatique du Niger, alors qu'Alger a par ailleurs renforcé sa présence aérienne à Niamey ces derniers jours. Pour les populations, l'enjeu immédiat reste que cette bataille de récit ne débouche pas sur une escalade concrète, ni sur de nouvelles tensions avec des voisins ouest-africains qui pourraient se sentir visés par les « frères africains » évoqués sans être nommés.

Sept jours après la mutinerie, le Niger est passé d'un « mouvement d'humeur » à une accusation frontale contre la présidence française. La solidarité affichée par l'AES, l'Algérie et la Russie renforce la position diplomatique de Niamey, mais la mention d'une action devant la justice internationale reste, pour l'instant, une menace plus qu'une procédure engagée. Reste à savoir si Paris rompra son silence, et si le gouvernement nigérien rendra publique la « documentation » qu'il affirme détenir.

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