Le FBI attribue à la Corée du Nord le vol record de 6,3 milliards de dollars sur Binance
Le Bureau fédéral d'enquête américain a désigné samedi la Corée du Nord comme responsable du vol de plus de 6 milliards de dollars d'actifs numériques sur Binance, la première plateforme de crypto au monde. Le casse, commis jeudi, est le plus important jamais enregistré. L'enquête pointe un groupe baptisé TraderTraitor, déjà derrière le piratage de Bybit en 2025.
Le FBI n'a pas laissé traîner. Deux jours à peine après le vol, l'agence américaine a tranché samedi 31 octobre : la Corée du Nord est responsable du détournement de plus de 6 milliards de dollars d'actifs numériques sur Binance. Le montant exact atteint 6,3 milliards. C'est le plus gros casse de crypto jamais commis, loin devant le piratage de Bybit, qui avait coûté 1,5 milliard de dollars à cette plateforme en février 2025.
Un piratage signé TraderTraitor
Dans son communiqué, le Bureau fédéral d'enquête relie l'attaque à « une activité cybernétique malveillante » d'un groupe qu'il désigne sous le nom de TraderTraitor. Ce collectif, que les autorités américaines associent au groupe Lazarus, sévit depuis au moins 2020. L'agence américaine de cybersécurité, la CISA, le tient pour une unité parrainée par l'État nord-coréen.
Le mode opératoire ne surprend plus les enquêteurs. Selon le FBI, les pirates ont déjà commencé à convertir les actifs volés, principalement en Ethereum. L'agence s'attend à ce qu'ils les blanchissent par étapes, via des plateformes de finance décentralisée et des services d'échange instantané. Elle a publié une liste d'adresses suspectes et demande aux plateformes d'échange de bloquer toute transaction liée à ces comptes.
Binance promet de rembourser, le doute s'installe au sommet
Face au séisme, la plateforme a d'abord suspendu les retraits et les dépôts. Son co-directeur général, Richard Teng, a qualifié l'attaque d'« opération complexe », menée depuis un ordinateur compromis, avec un logiciel conçu pour effacer les traces de son passage.
Dès samedi, Binance annonçait avoir reconstitué 90 % des fonds volés. La somme provient de son fonds de secours d'un milliard de dollars, le Secure Asset Fund for Users, complété par son fonds d'assurance des contrats à terme et sa trésorerie. « Nos utilisateurs ne supporteront pas l'impact financier de cet incident », a assuré Richard Teng. Les 10 % restants, des jetons moins liquides, prendront plus de temps à racheter.
Pourtant, une dissonance est apparue tout en haut. Interrogé samedi soir lors d'une fête d'Halloween à Mar-a-Lago, le président américain Donald Trump a douché les certitudes du FBI. « Je ne suis pas inquiet. Nous apprenons. Nous ne savons pas si c'est la Corée du Nord », a-t-il déclaré, avant d'admettre qu'elle pourrait finalement l'être.
Un casse au rythme d'Internet
Pour Ari Redbord, responsable des politiques publiques chez l'entreprise d'analyse de la blockchain TRM Labs, l'épisode illustre une nouvelle donne. « C'est un braquage de banque, mais à la vitesse d'Internet », a-t-il résumé. Il s'attend à ce que les pirates fragmentent le butin et le blanchissent à travers de petites plateformes pendant des mois.
L'enjeu dépasse le cercle des cryptomonnaies. Washington tient depuis des années Pyongyang pour responsable de détournements de ce type, destinés à financer des programmes d'armement au mépris des sanctions internationales. Chaque dollar volé échappe aux contrôles et nourrit, selon les agences américaines, une économie de guerre.
Pour les utilisateurs africains de crypto, dont le nombre ne cesse de grandir, l'affaire rappelle une vérité simple : le secteur reste une cible de premier choix. Si Binance peut se permettre d'absorber la perte, une plateforme plus modeste ou un simple épargnant n'aurait pas cette chance. Le vol de ce jeudi 29 octobre restera comme un tournant, celui où la cybercriminalité d'État a changé d'échelle.
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