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Diplomatie

Le Niger signe un protocole de coopération stratégique avec l'Est libyen à Benghazi

Dimanche à Benghazi, le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine a signé un protocole de coopération stratégique avec le camp du maréchal Khalifa Haftar, maître de l'Est libyen. Il était accompagné d'une délégation militaire de très haut rang. Le contenu de l'accord n'a pas été rendu public.

La délégation nigérienne conduite par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine à Benghazi, le 1er novembre 2026.
La délégation nigérienne conduite par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine à Benghazi, le 1er novembre 2026.

Dimanche 1er novembre, à Benghazi, la diplomatie nigérienne a posé un jalon de plus dans l'est de la Libye. Le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine y a signé un protocole d'accord de coopération stratégique avec le camp du maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de cette moitié du pays. L'annonce, faite par le chef du gouvernement lui-même sur sa page Facebook, confirme un rapprochement engagé il y a plus de deux ans.

Une délégation militaire de haut rang

Celui qui a reçu le Premier ministre n'est pas un diplomate. Le général Saddam Haftar, vice-commandant de l'Armée nationale libyenne et fils du maréchal, a accueilli la délégation nigérienne à Benghazi. Du côté de Niamey, la composition du cortège dit tout de la nature du rendez-vous : le général Amadou Ibro, chef d'état-major particulier du général Abdourahamane Tiani, et le général Abdourahmane Abou Zataka, chef d'état-major de l'armée de terre, ainsi que plusieurs responsables militaires. Autant d'hommes dont la présence place les questions militaires et sécuritaires au cœur des discussions.

Un rapprochement engagé depuis 2024

Ce déplacement ne tombe pas du ciel. Depuis deux ans, Niamey et Benghazi multiplient les échanges. Le ministre nigérien de l'Intérieur s'était rendu dans la ville en août 2024 pour relancer des accords sécuritaires. Le 23 mai 2025, Saddam Haftar avait à son tour été reçu à Niamey par le général Tiani. À la mi-juin 2026, le Premier ministre s'était entretenu à Tripoli avec Abdelhamid Dbeibah, le chef du gouvernement d'unité nationale reconnu par l'ONU, sur les enjeux sécuritaires, économiques et régionaux.

« Dans le cadre du renforcement de nos relations bilatérales et de l'élargissement de notre coopération dans divers domaines, nous avons procédé à la signature d'un protocole d'accord de coopération stratégique entre la Libye et la République du Niger », a écrit Ali Mahaman Lamine Zeine. Sans un mot de plus sur le contenu du texte.

Deux exécutifs rivaux, une frontière partagée

Le Niger partage avec la Libye une frontière de plus de 340 kilomètres, dans une bande désertique où se croisent trafics, groupes armés et mouvements rebelles. La Libye, elle, reste coupée en deux. À l'ouest, Tripoli et le gouvernement de Dbeibah, reconnu par les Nations unies. À l'est, Benghazi, fief de Haftar et de son entourage. En signant avec l'Est libyen sans rompre avec l'Ouest, Niamey avance sur les deux tableaux à la fois.

La libération des otages a pesé dans la balance

Le rapprochement avec Benghazi n'a rien de symbolique. Fin octobre, deux otages enlevées dans le nord du Niger, une Suissesse et une Autrichienne, ont été libérées grâce à une intervention de l'Est libyen. Elles étaient retenues depuis plus d'un an et demi par des jihadistes affiliés à l'organisation État islamique. Cette issue a manifestement consolidé la confiance entre Niamey et le camp Haftar.

Des groupes hostiles le long de la frontière

Une inconnue demeure. Le long de cette frontière opèrent des groupes rebelles hostiles au gouvernement de transition nigérien, qui se réclament du président renversé en 2023, Mohamed Bazoum. Pour Niamey, l'enjeu est double : sécuriser la zone et s'assurer que ces mouvements ne trouvent aucun appui sur le sol libyen. La signature de Benghazi, dont les termes restent secrets, vise peut-être précisément à verrouiller ce front.

Le protocole signé dimanche reste une boîte noire. Ni son périmètre ni ses engagements n'ont été rendus publics, fait inhabituel pour un accord qualifié de « stratégique ». S'agit-il d'un simple cadre de coopération sécuritaire ou d'un engagement plus contraignant ? La réponse, à terme, se lira sur le terrain, entre les mains des militaires qui composent désormais la première ligne de la relation entre Niamey et Benghazi.

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