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Macky Sall à l'ONU : la candidature africaine existe, ses chances réelles sont une autre affaire

Seul candidat africain à la succession d'António Guterres, Macky Sall multiplie les soutiens diplomatiques depuis l'annonce de sa candidature en mars 2026. Mais le premier vote indicatif du Conseil de sécurité, début août, l'a classé parmi les prétendants les moins bien placés. Entre le récit d'une candidature africaine en position de force et une réalité chiffrée nettement plus rude, l'écart interroge les vraies chances du continent à ce stade de la course.

Macky Sall à l'ONU : la candidature africaine existe, ses chances réelles sont une autre affaire

Une candidature africaine portée par un parcours, pas par un consensus continental

Depuis le 2 mars 2026, Macky Sall est officiellement candidat au poste de Secrétaire général des Nations unies, en vue du mandat qui doit débuter le 1er janvier 2027 à l'expiration du second mandat d'António Guterres. Sa candidature met en avant un parcours dense : maire de Fatick, plusieurs fois ministre, président de l'Assemblée nationale du Sénégal, puis chef de l'État de 2012 à 2024, il a aussi présidé tour à tour la CEDEAO et l'Union africaine. Son document de vision, intitulé "Refonder le multilatéralisme pour un monde meilleur", articule sa candidature autour de trois axes : lier paix, sécurité et développement ; revitaliser la coopération internationale ; réformer la gouvernance interne de l'ONU. Se présentant comme un "bâtisseur de ponts", il met en avant sa capacité à dialoguer avec des blocs géopolitiques antagonistes.

Un détail de procédure mérite toutefois d'être souligné : le dossier de candidature n'a pas été déposé par le Sénégal, mais par le Burundi, qui assurait alors la présidence tournante de l'Union africaine en la personne d'Évariste Ndayishimiye. Ce choix, présenté comme un geste de solidarité continentale, a en réalité entretenu une ambiguïté sur l'ampleur réelle du soutien africain : plusieurs analyses ont souligné que le Sénégal lui-même ne s'est officiellement rallié à la candidature de son ancien président que le 21 juillet 2026, par la voix du président Bassirou Diomaye Faye — près de cinq mois après le dépôt du dossier.

Un discours de "sprint final" contredit par les premiers chiffres

Sur le plan diplomatique, l'agenda de Macky Sall a été particulièrement chargé cet été : audition devant l'Assemblée générale le 22 avril, échange avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov à Moscou en juillet, soutien affiché du président gambien Adama Barrow. Une tribune récente, publiée à la mi-août dans plusieurs médias dont certains proches de la Russie, décrit une candidature "solide et prometteuse", assurant que Macky Sall serait "prêt pour le sprint final" et écartant les inquiétudes liées à la règle non écrite de rotation régionale comme relevant d'un "afro-pessimisme" mal informé.

Cette lecture optimiste se heurte cependant à des données plus dures. Le premier vote indicatif organisé par le Conseil de sécurité, dont les résultats ont été rendus publics début août, a classé Macky Sall parmi les candidats les moins bien positionnés : six avis favorables, sept défavorables et deux neutres. Pour Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, ce résultat "n'a rien de surprenant" au regard du contexte diplomatique. Trois facteurs structurels pèsent sur sa candidature : la règle informelle de rotation régionale, qui désigne cette fois l'Amérique latine ou les Caraïbes comme zone prioritaire ; l'absence de consensus réel de l'Union africaine, fragilisée par le contournement initial de Dakar ; et une dynamique mondiale favorable à une candidature féminine, incarnée par la Costaricienne Rebeca Grynspan, arrivée en tête du premier tour.

Ce que cette candidature révèle des limites de l'influence africaine à l'ONU

Au-delà du sort personnel de Macky Sall, cette séquence éclaire une difficulté plus structurelle pour le continent africain dans les grandes compétitions multilatérales : l'incapacité, une fois de plus, à présenter une candidature réellement consensuelle et portée collectivement par ses propres institutions. Le fait que ce soit le Burundi, et non le Sénégal, qui ait porté le dossier initial, ou que Dakar ait mis près de cinq mois à officialiser son soutien, illustre un déficit de coordination stratégique que plusieurs observateurs africains ont eux-mêmes pointé du doigt. À cela s'ajoute une dimension intérieure sénégalaise que la candidature ne peut effacer : une partie de l'opposition et de la société civile continue de rappeler la répression des manifestations entre 2021 et 2023, marquée par au moins soixante-cinq morts, un passif qui alimente les réserves de certains acteurs politiques sénégalais eux-mêmes face à cette candidature.

Pour l'Afrique, l'enjeu dépasse la personne de Macky Sall : c'est la capacité du continent à transformer sa légitimité démographique et diplomatique en influence réelle au sein des instances de gouvernance mondiale qui est ici testée, alors même que le processus de désignation reste in fine entre les mains des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Le résultat du premier vote indicatif rappelle une réalité que les tribunes les plus optimistes ont tendance à minorer : la légitimité continentale ne suffit pas, à elle seule, à emporter une décision qui obéit d'abord aux rapports de force entre grandes puissances.

La prochaine étape à surveiller sera le second tour de votes indicatifs au Conseil de sécurité, qui précisera si Macky Sall parvient à inverser une dynamique aujourd'hui clairement défavorable, avant l'échéance électorale attendue à l'automne.

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