Niger : Tiani signe un décret de déchéance de nationalité contre Ouhoumoudou Mahamadou
Niamey a frappé fort. Le président Abdourahamane Tiani a signé, jeudi 17 septembre, un décret retirant provisoirement la nationalité nigérienne à cinq personnes. Parmi elles, un nom que l'on n'attendait plus dans ce registre : Ouhoumoudou Mahamadou, dernier Premier ministre de Mohamed Bazoum, jusqu'ici seulement soumis à un gel de ses avoirs.
Depuis le 26 juillet 2023, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie a construit un dispositif juridique cohérent pour identifier et sanctionner ceux qui, depuis l'étranger, travaillent à déstabiliser la transition. L'ordonnance n° 2024-43 du 27 août 2024, modifiée par l'ordonnance n° 2024-46 du 7 octobre 2024, en est le socle : elle institue un fichier national des personnes soupçonnées de terrorisme ou d'atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État, avec la déchéance de nationalité comme sanction possible. Depuis octobre 2024, l'outil a montré une redoutable cohérence : chaque vague cible des figures identifiables de l'ancien pouvoir civil ou de ses relais, jamais des inconnus tirés au hasard. Avec ce nouveau décret, le compteur grimpe à 25 personnes déchues, selon l'Agence nigérienne de presse (ANP), qui a confirmé l'information dès jeudi soir.
Cinq noms, une même logique de fermeté
Le communiqué, signé par le Secrétaire général du Gouvernement Mahamane Roufaï Laouali, vise Amadou dit Ange Barou Chekaraou, né en 1982 à Toudouni (Tahoua) ; Ouhoumoudou Mahamadou, né en 1954 à Amaloul (Tahoua) ; Oumarou Moussa Ibrahim, né en 1976 à Tassara ; Ousmane Abdoul Moumouni, né en 1975 à Zinder ; et Boubacar Seyni Souley, né en 1976 à Niamey. Le texte leur reproche « la diffusion de données de nature à troubler l'ordre public », « l'intelligence avec des puissances étrangères », « la diffamation par moyens de communications électroniques », la « participation à une entreprise de démoralisation de l'armée et de la Nation », « l'atteinte à la sûreté de l'État » et des « activités susceptibles de perturber la paix et la sécurité publiques ».
Amadou dit Ange Barou Chekaraou n'est pas un nouveau venu dans le viseur des autorités : il figurait déjà, dès novembre 2024, sur le Fichier de personnes, groupes de personnes ou entités impliqués dans des actes terroristes (FPGE), aux côtés de Hassoumi Massaoudou et de plusieurs figures rebelles, selon un communiqué publié à l'époque par Le Sahel. Sa page Facebook, suivie par plusieurs milliers d'abonnés, en fait l'un des relais les plus identifiés de la contestation en ligne contre le pouvoir de Niamey. Le décret du 17 septembre transforme donc, pour lui comme pour Ouhoumoudou Mahamadou, une surveillance déjà ancienne en sanction effective.
Ouhoumoudou Mahamadou, la fermeté qui s'affirme jusqu'au sommet
C'est la présence de l'ancien Premier ministre qui donne à ce décret sa portée. En poste d'avril 2021 à juillet 2023, Ouhoumoudou Mahamadou s'était replié à Paris après le coup d'État, tout en maintenant, dans les premiers mois, une ligne de contestation ouverte de la transition. Un proche cité par Jeune Afrique rapportait que ses premières déclarations, selon lesquelles le pouvoir militaire ne tiendrait pas plus d'un mois, avaient été très mal reçues à Niamey. En 2025, les autorités avaient déjà gelé ses avoirs pour trahison présumée, sans toucher jusque-là à sa nationalité.
Ce traitement graduel n'a rien d'un hasard. Depuis 2024, le CNSP a choisi de remonter méthodiquement la chaîne des responsabilités de l'ancien régime, de simples cadres jusqu'aux têtes d'affiche du PNDS-Tarayya. La déchéance de Hassoumi Massaoudou, en novembre 2024, avait déjà été qualifiée par Nigerdiaspora de « coup mortel porté au PNDS/Tarayya ». En visant aujourd'hui le dernier chef du gouvernement civil, Niamey referme la boucle : plus aucune figure de premier plan de l'ancien exécutif n'échappe désormais au dispositif.
Ce que cette fermeté dit du Niger de la Refondation
Deux ans après le coup d'État, ce décret confirme une ligne assumée : la souveraineté retrouvée se défend aussi sur le terrain numérique, contre des relais qui, depuis l'étranger, entretiennent une contestation jugée hostile à la stabilité du pays. Le moment n'est pas anodin. Il intervient quelques jours après que le gouvernement a annoncé un encadrement plus strict de la presse électronique et des correspondants étrangers, et au moment où l'AES met en place, à Niamey, une plateforme commune de régulation des médias entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso. La cohérence est frappante : consolider, à l'échelle nationale et communautaire, la maîtrise du récit face à ce que Niamey qualifie régulièrement de guerre informationnelle.
Cette fermeté n'exclut pas des questions légitimes, qu'un média rigoureux se doit de poser sans pour autant les ériger en procès d'intention. La mesure reste, par construction, provisoire et administrative : elle ne remplace pas un jugement, et les personnes concernées, toutes en exil, n'ont pas la possibilité de se défendre devant une juridiction nigérienne dans l'immédiat. Pour les partenaires de l'AES, engagés dans l'harmonisation de leurs dispositifs de sécurité intérieure, la méthode nigérienne pourrait aussi inspirer, ou au contraire nourrir le débat sur l'équilibre entre fermeté sécuritaire et garanties individuelles.
Un an après avoir gelé les avoirs de son dernier Premier ministre, Niamey vient de franchir une étape supplémentaire contre l'ancien pouvoir civil. Reste à savoir si Ouhoumoudou Mahamadou, resté discret depuis des mois, choisira cette fois de rompre le silence, et si d'autres figures de l'exil politique nigérien suivront le même chemin dans les prochains mois.
📊 EN CHIFFRES
- 5 personnes visées par le décret du 17 septembre 2026
- 25 personnes déchues provisoirement de leur nationalité nigérienne depuis octobre 2024, selon l'ANP
- 2 ans et 3 mois : durée du mandat d'Ouhoumoudou Mahamadou comme Premier ministre (avril 2021 - juillet 2023)
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