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Politique et Gouvernance

Niger : trois ans de frontière fermée avec le Bénin, le pays a tenu là où on l'annonçait à genoux en quelques semaines

Le 6 août 2023, l'ultimatum d'une semaine donné par la CEDEAO au Niger expirait. Beaucoup pariaient alors sur un effondrement rapide d'un pays enclavé, coupé de son principal débouché maritime. Trois ans plus tard, la frontière avec le Bénin reste fermée, l'économie a payé le prix fort, mais elle tient. Et une réouverture se profile enfin.

Niger : trois ans de frontière fermée avec le Bénin, le pays a tenu là où on l'annonçait à genoux en quelques semaines

INTRODUCTION

Le 26 juillet 2023, un coup d'État renverse Mohamed Bazoum à Niamey. Quatre jours plus tard, la CEDEAO réunit un sommet extraordinaire à Abuja et donne une semaine aux nouvelles autorités pour rétablir l'ordre constitutionnel, sous peine de sanctions lourdes, voire d'une intervention militaire. L'ultimatum expire le 6 août sans capitulation. Suivent la fermeture des frontières terrestres et aériennes, la suspension des transactions commerciales et financières, le gel des avoirs de l'État. Pour un pays qui faisait transiter entre 70 et 80 % de ses importations par le port de Cotonou, via un corridor qui voyait passer jusqu'à 1 000 véhicules par jour, le pronostic de beaucoup d'observateurs à l'époque tenait en une phrase : ça ne tiendra pas.

Un ultimatum d'une semaine devenu trois ans de fermeture

Les sanctions de la CEDEAO et de l'UEMOA sont finalement levées fin janvier et février 2024. Mais la frontière avec le Bénin, elle, reste close, cette fois sur décision de Niamey. En cause : l'accusation portée par les autorités nigériennes contre Cotonou d'accueillir des forces françaises soupçonnées de vouloir déstabiliser le pouvoir du général Tiani. Résultat, un blocage qui aura duré près de trois fois plus longtemps que les sanctions régionales elles-mêmes.

La facture est lourde. Selon le FMI, le Niger a enregistré un manque à gagner de 117 milliards de francs CFA sur ses recettes publiques à fin septembre 2024, soit environ 1 % du PIB. Les recettes de l'État se sont établies à 656,1 milliards de francs CFA contre 773,1 milliards attendus. La croissance, elle, est tombée à 2,5 % en 2023, plombée par le coup d'État, les sanctions et le gel du financement extérieur. Le prix du riz sur les marchés a bondi de 38 % entre juillet 2023 et février 2024. Les réserves de change sont descendues à 4,6 mois de couverture des importations.

Les commerçants ont dessiné leurs propres routes

Ce que les prévisions pessimistes n'avaient pas anticipé, c'est la capacité d'adaptation des opérateurs économiques nigériens. Une partie du trafic s'est redéployée vers le port de Lomé, au Togo, qui a traité 275 380 tonnes de marchandises pour le Niger dès 2023. Le Nigeria a suivi : le 9 février 2026, le président Bola Tinubu a rouvert le corridor Tsamiya-Kamba, fermé depuis 2019, libérant près de 2 000 camions bloqués côté béninois. Un détour qui ajoute 600 à 900 kilomètres au trajet Cotonou-Niamey, mais qui a évité la rupture pure et simple des approvisionnements.

Yacouba Dan Maradi, président du syndicat des importateurs-exportateurs du Niger, avait salué cette ouverture à une semaine du ramadan : « C'est une situation qui arrange tout le monde, tous les pays ! » Le secteur pétrolier a lui aussi tenu bon. L'oléoduc reliant Agadem au terminal béninois de Sèmè-Kpodji, un temps bloqué par Cotonou puis par Niamey elle-même, a repris ses chargements dès août 2024. Un spécialiste du dossier, interrogé sur les raisons de cette reprise malgré la crise diplomatique, avançait une explication plus économique que politique : « Je pense que les Chinois ne pouvaient pas attendre que la situation dégénère. »

Trois ans de coûts, une réouverture qui se dessine

Le 2 juin 2026, le nouveau président béninois Romuald Wadagni se rend à Niamey dès le lendemain de son investiture. Objectif affiché : restaurer les relations avec le Niger et rouvrir la frontière terrestre. Les deux capitales se sont depuis accordées sur le principe d'une réouverture, sans qu'une date ferme n'ait encore été annoncée à ce jour. Pour Cotonou, la perte est réelle mais absorbée, le port a perdu environ 20 % de son trafic en 2023, une partie compensée depuis. Pour Niamey, le bilan est plus contrasté : une économie qui a tenu, mais au prix de circuits plus longs, plus chers, et de recettes fiscales durablement amputées.

CONCLUSION

Trois ans après un ultimatum censé plier le pays en une semaine, le Niger n'a ni capitulé ni sombré. Il a payé, réorienté ses routes commerciales, et tenu. Ce n'est pas une victoire économique, la facture est réelle et continue de courir, mais c'est un démenti clair aux pronostics de l'été 2023. Reste à voir si la réouverture annoncée avec le Bénin se concrétise rapidement, et si elle suffira à effacer trois ans de recettes perdues, ou si le Niger a, entre-temps, redessiné durablement sa carte commerciale au profit de Lomé et d'Abuja.

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