Niger : une déposition diffusée par la RTN détaille des projets de déstabilisation
Dans une déposition diffusée par la RTN, l'inspecteur de police Habib Oumarou Mamane décrit un projet de tracts et de tirs pour semer le trouble à Niamey, une réunion de 2023 sur l'« extraction » de Mohamed Bazoum et une recherche du lieutenant-colonel béninois Pascal Tigri que, selon lui, des responsables béninois finançaient. Après la mutinerie du 29 août, dit-il, des interlocuteurs lui ont demandé qui était à l'origine des événements en promettant un soutien international.
Niamey a subi trois attaques en sept mois. L'aéroport Diori-Hamani a été visé en janvier, attaque revendiquée par l'État islamique au Sahel, puis en juin, par le GSIM. La troisième est venue de l'intérieur: dans la nuit du 28 au 29 août 2026, des soldats ont séquestré des camarades à la base aérienne 101 et tiré sur plusieurs sites sensibles de la capitale, jusqu'aux abords du palais présidentiel. La Confédération des États du Sahel a parlé d'une « entreprise de déstabilisation ». Les autorités ont repris la base avec l'aide de l'Africa Corps. Trois gardes présidentiels sont morts, d'après le programme d'obsèques rapporté par APA, et des mutins ont été arrêtés.
Le 1er septembre, le capitaine Roger Gabriel a désigné sur Télé Sahel le Bénin, la Côte d'Ivoire, la France et le Tchad. Cotonou et N'Djamena ont démenti. Une nouvelle pièce s'ajoute maintenant: la déposition de l'inspecteur Habib Oumarou Mamane, diffusée par la RTN.
Un projet de tracts et de tirs pour semer le trouble
L'inspecteur, en poste à la direction des ressources humaines de la police, commence par un projet déjoué. Il s'agissait de coller des tracts la nuit dans les carrefours, puis de lancer très tôt le matin des manifestations où des tirs devaient faire des blessés. Un des jeunes chargés de l'affichage a été interpellé, les autres ont fui.
Selon lui, le principal commanditaire est K. W., qui se trouve « actuellement entre le Bénin et le Nigeria ». K. W. lui a demandé de récupérer des affiches à Aroubanda, près d'un arbre voisin du bar Le Mangier, puis de les coller lui-même ou de trouver quelqu'un pour le faire. L'inspecteur dit avoir été arrêté dans l'enquête sur ce projet. Il ne date pas ces faits.
Juillet 2023: une réunion pour planifier l'« extraction » de Bazoum
Le 26 juillet 2023, jour où Mohamed Bazoum était retenu par sa garde présidentielle, selon l'AFP, le commandant du GIPN envoie l'inspecteur au camp de la Garde nationale. Il y représente son unité, dont les autres éléments restent en alerte à leur base, et il est le moins gradé de la salle. L'ordre du jour est la planification de « l'extraction du président Bazoum ».
La hiérarchie de la Garde nationale est là. L'équipe de sécurité rapprochée appelée à assurer la relève a reçu l'ordre de se rendre au camp. Un colonel basé à Dosso doit prendre le contrôle de l'aéroport. Des agents du renseignement de Bazoum et des gardes présidentiels doivent fournir des informations sur le dispositif de sécurité. L'inspecteur ne dit pas ce qu'est devenu ce plan.
Février et mars 2026: de l'argent béninois pour retrouver Pascal Tigri
Le 27 février 2026, un intermédiaire qu'il appelle Ange lui demande de localiser le colonel Pascal Tigri, puis d'organiser son exfiltration. D'après Ange, l'opération vient du directeur des opérations de la DGDC du Bénin, dont les responsables promettent aux exécutants un accueil à la présidence béninoise avec de nombreux avantages. Le 9 mars, Ange détaille le prix du succès: 50 millions de FCFA, des passeports diplomatiques béninois et des postes de chargés de mission. L'inspecteur répond que ces avantages ne l'intéressent pas et qu'il peut fournir des hommes capables de mener l'opération.
Les Béninois ont remis 5 millions de FCFA à Ange pour les frais de recherche. Ange n'en a transmis que 2 et en a détourné 3. L'inspecteur dit avoir récupéré ces 2 millions le 9 mars au Grand Marché de Niamey, des mains d'un certain Zaku. Il décrit ensuite un rendez-vous dans un bar de Malanville avec un homme qui se fait appeler David et un policier béninois. David lui dit avoir envoyé 5 millions à Ange pour localiser Tigri et ses hommes au Niger. L'inspecteur comprend que David n'est probablement pas le directeur des opérations, mais un émissaire. Il repart avec 200 000 FCFA de frais de transport, dont 100 000 donnés au policier qui l'accompagnait et ignorait tout.
Après le 29 août, des interlocuteurs veulent joindre l'instigateur
La déposition touche la mutinerie par ses suites. Le 29 août 2026, une connaissance de l'inspecteur lui transmet le numéro de D. T., qui voulait savoir, comme elle, qui était à l'origine des événements. D. T. lui dit que « la communauté internationale » souhaite apporter son soutien, mais qu'il faut d'abord entrer en contact avec la personne à l'origine des événements.
À la base Saint-Yves, un policier répond à l'inspecteur qu'il ne sait rien et que la situation est sous contrôle. M. S. lui écrit pour lui proposer de rejoindre son mouvement, et l'inspecteur lui répond qu'il est disponible. Il ajoute que ceux qui renforcent ce mouvement lui font confiance et qu'il ne leur communique que « des informations sans fondement ». Il ne dit pas avoir pris part à la mutinerie.
Ce que la vidéo établit
La vidéo de la RTN établit ce que l'inspecteur déclare aux Nigériens: un projet de désordres armés à Niamey, une réunion sur l'extraction de Bazoum en 2023, une chasse à Pascal Tigri payée par des Béninois, des sollicitations extérieures après le 29 août. La RTN est l'organe public, le texte que nous avons ne comporte aucune question ni contradicteur, et nous n'avons ni la procédure ni les réponses des personnes citées. Pour la partie béninoise, tout repose sur un seul homme, qui reconnaît que son interlocuteur de Malanville n'était probablement pas le responsable annoncé.
Les faits publics vont dans le sens d'une recherche active de Tigri. Cotonou le désigne comme le chef du coup du 7 décembre 2025, a lancé un avis de recherche contre neuf personnes et promis 20 millions de FCFA pour toute information. Le 18 décembre, Patrice Talon disait espérer que le général Tiani le livrerait, seule façon d'écarter tout soupçon contre Niamey. Tiani a répondu: « Nous ne connaissions pas Pascal Tigri, même pas de nom. » Un service étranger qui paie des intermédiaires pour récupérer un homme sur le sol d'un autre État pose un problème de souveraineté, quel que soit l'homme visé.
La frontière est fermée côté nigérien depuis juillet 2023. Niamey et Cotonou ont expulsé mutuellement des diplomates début janvier. Le Premier ministre Ali Lamine Zeine a pourtant assisté à l'investiture de Romuald Wadagni le 24 mai, et le 5 septembre le Bénin a fermement rejeté les accusations du capitaine Gabriel.
Un récit qui s'étoffe, des preuves à produire
Depuis le 29 août, trois séquences se sont enchaînées: la nuit de la base 101, le témoignage du capitaine Gabriel, puis cette déposition. Chacune ajoute un morceau au récit officiel d'une déstabilisation soutenue depuis l'extérieur, où des acteurs étrangers cherchent des relais à l'intérieur.
À mesure que ce récit s'étoffe, la question des preuves se précise: poursuites, audiences publiques, réponses de Cotonou et des personnes citées. Il reste à savoir si ces projets forment un seul réseau ou plusieurs affaires que le mot déstabilisation rassemble.
Vous avez des informations sur cette affaire, ou vous êtes l'une des personnes citées? Écrivez-nous: nous publierons vos réponses.
Repères
- 26 juillet 2023: réunion au camp de la Garde nationale, selon l'inspecteur
- 7 décembre 2025: tentative de coup d'État au Bénin
- 27 février 2026: Ange demande à l'inspecteur de localiser Pascal Tigri
- 9 mars 2026: remise de 2 millions de FCFA à Niamey, puis rendez-vous à Malanville
- 24 mai 2026: investiture de Romuald Wadagni, en présence du Premier ministre nigérien
- 28 et 29 août 2026: mutinerie de la base 101
- 1er septembre 2026: témoignage du capitaine Roger Gabriel sur Télé Sahel
Chiffres clés
- 5 millions de FCFA versés par les Béninois, 2 transmis, 3 gardés par Ange (selon l'inspecteur)
- 50 millions de FCFA promis aux exécutants, plus des passeports diplomatiques
- 200 000 FCFA remis à l'inspecteur à Malanville, dont 100 000 donnés à son accompagnateur
- 20 millions de FCFA promis par la police béninoise pour retrouver neuf personnes recherchées
- 3 gardes présidentiels morts dans la nuit du 28 au 29 août, d'après le programme d'obsèques
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