Sommet Russie-Afrique : le Sahel arrive en ordre dispersé à Moscou
Réuni à Moscou les 28 et 29 octobre, le troisième sommet Russie-Afrique a rassemblé 48 délégations, dont 22 chefs d'État. Mais les trois pays de l'Alliance des États du Sahel y sont arrivés en ordre dispersé : le Mali en première ligne, le Burkina et le Niger en retrait. Derrière la chorégraphie diplomatique, une question ne s'éteint pas : des promesses, ou des actes ?
Les limousines noires glissent dans les avenues de Moscou. Sous les ors du grand palais du Kremlin, Vladimir Poutine reçoit ses invités, un à un. Le troisième sommet Russie-Afrique, ouvert le 28 octobre, n'a duré que deux jours. Assez pour poser, une nouvelle fois, la question que Niamey, Bamako et Ouagadougou ne peuvent plus remettre à plus tard : que vaut réellement ce partenariat avec Moscou, une fois les poignées de main échangées ?
Un sommet qui veut enfin passer aux actes
C'est la troisième édition du genre. Après Sotchi en 2019 et Saint-Pétersbourg en 2023, Moscou a cette fois accueilli le sommet en plein cœur de la capitale, dans le décor du Kremlin. Quarante-huit pays africains sont représentés, dont vingt-deux par leur chef d'État ou de gouvernement. Un chiffre stable par rapport à 2023, mais encore loin des quelque soixante délégations de l'édition inaugurale.
Le thème, lui, ne change pas : « Paix, sécurité et développement ». Sauf que Moscou insiste, cette année, sur le passage des projets aux réalisations. Une déclaration sur la coopération dans le domaine de l'intelligence artificielle doit être adoptée à l'issue des travaux. Surtout, Vladimir Poutine a tenu à rappeler les chiffres qui l'arrangent.
« L'année dernière, les échanges commerciaux entre la Russie et l'Afrique ont dépassé les 27 milliards de dollars, contre 18 en 2022. Je suis convaincu que nous pouvons bientôt doubler, au moins, ce volume d'échanges », a déclaré le président russe devant ses hôtes.
Le Sahel en ordre dispersé
Pour l'Alliance des États du Sahel, ce sommet avait tout d'un test. Et le résultat est contrasté.
Le Mali a joué la carte de la présence maximale. Assimi Goïta, arrivé à Moscou dès le 26 octobre à la tête d'une délégation étoffée, a été reçu comme un partenaire de premier rang et s'est entretenu directement avec Vladimir Poutine. Bamako affiche ainsi son leadership régional sans ambiguïté.
Le Burkina Faso a choisi la voie moyenne. Le président Ibrahim Traoré, dont la venue avait été annoncée, n'a pas fait le déplacement. C'est le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, qui a conduit la délégation burkinabè. Une présence officielle, mais qui prive Ouagadougou d'une visibilité de premier plan.
Le Niger, lui, reste dans le flou. La participation du président Abdourahamane Tiani avait été annoncée par Moscou. Mais à l'ouverture du sommet, aucune confirmation officielle de son arrivée n'avait été publiée. Ni désistement, ni présence confirmée : une situation en suspens qui alimente les interrogations sur la stratégie de Niamey.
La coopération militaire, cœur du pacte
Au-delà des postures, c'est bien la coopération sécuritaire qui structure la relation. La Russie est devenue le premier fournisseur d'armes du continent. Son outil militaire, l'Africa Corps, ex-Groupe Wagner, est présent dans neuf pays africains, dont le Mali, le Burkina Faso et le Niger, mais aussi la Centrafrique, la Libye ou la Guinée équatoriale.
Ce triptyque sahélien est le laboratoire de la nouvelle politique africaine de Moscou. Depuis les changements de régime à Bamako, Ouagadougou et Niamey, les trois capitales ont tourné le dos à leurs anciens partenaires occidentaux dans le domaine sécuritaire et se sont rapprochées de la Russie, présentée comme le levier d'une souveraineté retrouvée.
En juillet 2026, la Russie et l'AES sont convenues de poursuivre des consultations structurées portant sur la coopération politique, sécuritaire, économique et sociale. Le sommet de Moscou devait en être une étape. Reste à savoir si les engagements pris dans les salons du Kremlin seront suivis d'effets sur le terrain.
Des promesses aux actes, le vrai enjeu
C'est toute la question que pose l'Union africaine. Sa délégation a réclamé, à Moscou, des résultats concrets plutôt que de nouvelles déclarations d'intention. Un rappel que les sommets précédents, en 2019 et 2023, ont surtout accouché de textes, et bien peu de projets financés.
Pour le Niger et le Burkina Faso, l'enjeu est simple. Une représentation de haut niveau aurait pu accélérer les négociations en cours, dans un contexte où la pression sécuritaire reste forte aux frontières du Liptako-Gourma. Leur effacement, même partiel, risque de retarder les bénéfices concrets qu'ils attendent du partenariat.
Rien n'indique pour autant une rupture entre les trois capitales sahéliennes. Mais le sommet de Moscou laisse une impression tenace : dans cette relation avec la Russie, le Mali avance en tête, tandis que Niamey et Ouagadougou semblent encore peser le pour et le contre. La cohésion de l'AES se jouera moins dans les salons du Kremlin que dans la capacité de ses trois membres à obtenir, chacun, des contreparties tangibles à leur rapprochement avec Moscou.
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