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Soudan : l'ONU documente un génocide à El-Fasher, El-Obeid menacée du même sort dans l'indifférence des grandes puissances

Une mission d'enquête des Nations unies a établi que les Forces de soutien rapide (FSR) ont commis des actes constitutifs de génocide contre les communautés non arabes d'El-Fasher, au Darfour. L'ONU vient de placer la ville d'El-Obeid en « alerte rouge », craignant un massacre du même type. Plus de 200 000 morts, 14 millions de déplacés en trois ans - et des rapports convergents qui pointent le rôle des Emirats arabes unis dans l'armement des FSR, sans que cela ne déclenche de réponse.

Soudan : l'ONU documente un génocide à El-Fasher, El-Obeid menacée du même sort dans l'indifférence des grandes puissances

Introduction

Depuis avril 2023, le Soudan est déchiré par une guerre entre l'armée régulière (SAF) et le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (FSR), issu des milices janjawids qui avaient déjà ensanglanté le Darfour dans les années 2000. Trois ans plus tard, le bilan dépasse les 200 000 morts et 14 millions de déplacés - environ 9 millions à l'intérieur du pays, 4,5 millions au-delà des frontières, principalement vers l'Egypte, le Tchad, le Soudan du Sud, la Libye et l'Ouganda. Des chiffres rendus d'autant plus incertains que nombre de ceux qui auraient pu les établir sont eux-mêmes morts ou en fuite.

C'est dans ce contexte que la Mission internationale indépendante d'établissement des faits de l'ONU a rendu, le 19 février 2026, des conclusions d'une gravité rare : les exactions commises par les FSR à El-Fasher, capitale du Darfour du Nord tombée le 26 octobre 2025 après plus de 500 jours de siège, présentent les « signes distinctifs d'un génocide ». Cinq mois plus tard, une autre ville soudanaise, El-Obeid, se retrouve sous la même menace - et le monde, une fois de plus, regarde sans agir à la hauteur de l'enjeu.

El-Fasher, El-Obeid : le même scénario qui se répète à quelques mois d'intervalle

Les enquêteurs de l'ONU ont identifié au moins trois actes fondamentaux de génocide à El-Fasher : le meurtre de membres d'un groupe ethnique protégé, des atteintes graves à l'intégrité physique et mentale, et l'imposition délibérée de conditions d'existence destinées à entraîner la destruction physique du groupe. Les communautés non arabes zaghawa et four ont été explicitement visées - les combattants des FSR ayant, selon la mission, ouvertement déclaré leur intention d'éliminer ces populations. L'ampleur de l'opération, sa coordination et le soutien public qu'y ont apporté de hauts responsables des FSR ont convaincu les enquêteurs qu'il ne s'agissait pas d'exactions isolées commises par des éléments incontrôlés, mais d'une entreprise organisée.

Cinq mois après la publication de ce rapport, c'est la ville d'El-Obeid, capitale de l'Etat du Kordofan du Nord, qui concentre les craintes. Assiégée depuis plusieurs mois par les FSR, elle abrite plus de 600 000 habitants ainsi que des centaines de milliers de déplacés venus d'autres régions du pays. Le 3 juillet 2026, la Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a lancé une « alerte rouge », évoquant une « catastrophe » imminente et redoutant une répétition du scénario d'El-Fasher. Trois jours plus tard, le 6 juillet, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a condamné l'escalade de la violence des FSR autour de la ville et ordonné une enquête urgente. El-Obeid n'est pas une cible anodine : elle sert aujourd'hui de principal centre de commandement à l'armée soudanaise pour une contre-offensive visant à reprendre le Darfour, et sa chute donnerait aux FSR le contrôle de tout le Kordofan ainsi qu'un verrou sur les axes reliant le Darfour à Khartoum.

Des armes qui ne viennent pas de nulle part

Le 1er juillet 2026, à Nairobi, Amnesty International a présenté un rapport documentant les crimes contre l'humanité commis par les FSR dans le Darfour du Nord, sous le titre « Ville assiégée, enfants sous le feu ». Ce rapport s'ajoute à une série d'enquêtes, dont celle du Conflict Insights Group et de l'organisation Refugees International, qui convergent toutes vers le même constat : les Emirats arabes unis continuent de fournir aux FSR des armes, des financements et, selon certaines de ces enquêtes, des combattants. Ces organisations estiment qu'en armant une force dont l'ONU a jugé les actes constitutifs de génocide, Abou Dabi engage sa propre responsabilité d'Etat dans cette campagne. L'organisation américaine DAWN est allée plus loin en appelant les Nations unies à imposer un embargo sur les armes visant spécifiquement les Emirats arabes unis pour ce motif.

Les autorités émiraties ont par le passé démenti tout envoi d'armement aux FSR. Mais l'accumulation, années après années, de rapports indépendants pointant dans la même direction interroge sur la solidité de ces démentis - et sur le silence relatif des grandes puissances occidentales face à des accusations qui, si elles concernaient un pays africain armant un groupe accusé de génocide, auraient probablement suscité des sanctions immédiates. C'est un rapport de forces que les lecteurs sahéliens reconnaîtront sans peine : celui d'un continent où les ressources, les populations et les conflits internes sont trop souvent instrumentalisés par des puissances extérieures qui n'en subissent, elles, aucune conséquence directe.

Ce qui se joue maintenant à El-Obeid, et pour toute la région

A court terme, l'enjeu est humain et immédiat : éviter qu'El-Obeid ne connaisse le sort d'El-Fasher. L'alerte rouge de l'ONU et la condamnation du Conseil des droits de l'homme n'ont, en tant que telles, aucun pouvoir contraignant sur les FSR - leur utilité dépendra de la capacité de la communauté internationale à les transformer en pression réelle, notamment sur les Etats qui arment ce groupe.

A moyen terme, l'enjeu est régional. Les 14 millions de déplacés soudanais pèsent déjà lourdement sur des pays voisins qui ont peu de moyens pour les accueillir - le Tchad en particulier, qui absorbe à lui seul 1,2 million de réfugiés soudanais tout en gérant sa propre fragilité sécuritaire dans la bande sahélienne. Une chute d'El-Obeid et l'extension du contrôle des FSR sur le Kordofan risqueraient d'amplifier ces flux et de prolonger indéfiniment une guerre qui a déjà dépassé, en trois ans, le seuil des 200 000 morts.

A l'échelle continentale enfin, ce dossier pose une question que l'Union africaine peine à trancher clairement : comment répondre à un conflit où des puissances extérieures au continent arment ouvertement l'une des parties, sans que cela ne déclenche de mécanisme de sanction comparable à ceux appliqués ailleurs ? Le silence relatif de la scène internationale sur le rôle émirati au Soudan, comparé à l'empressement de certaines chancelleries à commenter d'autres crises, mérite d'être posé sans détour.

Conclusion

Le génocide documenté à El-Fasher n'est pas un événement isolé : c'est un mode opératoire que les FSR pourraient reproduire à El-Obeid si rien ne change dans les prochaines semaines. Tant que les rapports accumulés sur le rôle des Emirats arabes unis ne se traduiront pas en actes - embargo, sanctions, pression diplomatique réelle - le Soudan restera l'exemple d'un continent où les massacres de populations africaines suscitent des rapports, des alertes rouges et des condamnations, mais rarement une réponse à la hauteur de l'horreur documentée.

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