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Monde

Trump menace l'Iran, sermonne la Russie et la Chine : un air de déjà-vu pour l'AES

Donald Trump a évoqué le 25 juillet des bombardements « bien pires » contre l'Iran, au moment même où les Houthis déclarent un blocus naval contre l'Arabie saoudite et où Riyad frappe le port yéménite de Hodeïda. Le détroit d'Ormuz, déjà paralysé depuis février, et la mer Rouge, désormais elle aussi sous tension, concentrent près d'un tiers du commerce pétrolier mondial. Pour le Sahel, l'enjeu n'est pas d'abord celui d'une dépendance directe à ces routes maritimes.

Trump menace l'Iran, sermonne la Russie et la Chine : un air de déjà-vu pour l'AES

Introduction

Le conflit ouvert entre l'Iran, Israël et les Etats-Unis n'a jamais vraiment cessé en 2026, il n'a fait que changer de rythme. Tout commence le 28 février, quand des frappes conjointes américano-israéliennes tuent le Guide suprême iranien Ali Khamenei, déclenchant des représailles iraniennes par missiles et drones contre des bases américaines, le territoire israélien et plusieurs Etats du Golfe. Le Corps des gardiens de la révolution islamique met alors en garde tout navire tentant de franchir le détroit d'Ormuz, provoquant un arrêt quasi total du trafic maritime dans cette voie par laquelle transite un cinquième du pétrole mondial.

Une trêve signée le 17 juin prévoit l'arrêt « immédiat et définitif » des opérations militaires sur tous les fronts, Liban compris, et ouvre une fenêtre de soixante jours de négociations sur le programme nucléaire iranien. Elle vole en éclats dès les premiers jours de juillet : plusieurs navires marchands sont frappés par des projectiles non identifiés à proximité du détroit. Trois semaines plus tard, le 25 juillet, Donald Trump indique à la presse envisager une opération militaire d'ampleur contre l'Iran, sans avoir arrêté sa décision, tandis que l'armée américaine aurait déjà tiré sur un pétrolier dans la zone.

Un front qui s'élargit à la mer Rouge, une menace à Ormuz qui ne retombe pas

Le 20 juillet, les Houthis yéménites, soutenus par Téhéran, annoncent à leur tour un blocus naval contre l'Arabie saoudite, sur le principe de la réciprocité, après avoir accusé Riyad d'une frappe sur l'aéroport de Sanaa - une frappe pourtant revendiquée par le gouvernement yéménite internationalement reconnu, qui affirme avoir voulu empêcher l'atterrissage d'un avion iranien. L'Arabie saoudite réplique par des frappes sur le port de Hodeïda, tenu par les Houthis sur la mer Rouge. Les rebelles yéménites ripostent à leur tour par des tirs de missiles et de drones contre des installations d'Aramco à Yanbu et à Jizan, sur le territoire saoudien.

Résultat : deux des artères maritimes les plus stratégiques de la planète sont désormais sous tension simultanée. Le détroit d'Ormuz concentre à lui seul environ 20 % du commerce pétrolier mondial. Le détroit de Bab-el-Mandeb et la mer Rouge, eux, font transiter entre 10 et 12 % du commerce mondial de marchandises, dont un quart du trafic de conteneurs. Le marché a réagi sans attendre : le baril de Brent a bondi de plus de 7 % le 23 juillet, franchissant la barre des 100 dollars.

Face à la presse, Donald Trump a résumé le choix qu'il dit vouloir imposer à Téhéran : conclure un accord avec Washington ou affronter « un niveau bien pire » de bombardements. Il a assorti cette mise en garde d'un avertissement direct à la Russie et à la Chine, les exhortant à ne pas fournir d'armes à l'Iran.

Ce que le Sahel n'a pas à craindre - et ce qu'il devrait plutôt regarder

Contrairement à une lecture rapide, le Niger n'a pas à redouter une pénurie de carburant du fait de cette crise : le pays produit désormais son propre pétrole sur le champ d'Agadem, à Diffa, et le raffine localement à la Société de raffinage de Zinder (SORAZ), alimentée par un pipeline intérieur de 462 km. Depuis l'ouverture en novembre 2023 du pipeline d'exportation reliant l'Agadem au port de Cotonou, le Niger exporte également une partie croissante de sa production - avec un objectif officiel de 200 000 barils par jour en 2026, dont environ 110 000 empruntant ce corridor vers le Bénin. Le carburant consommé à Niamey ne transite ni par Ormuz, ni par la mer Rouge : il vient, pour l'essentiel, du sous-sol nigérien lui-même.

Cette réalité change la focale. Plutôt qu'une menace sur l'approvisionnement, une flambée durable des cours mondiaux du pétrole représenterait plutôt une opportunité budgétaire pour un Niger désormais exportateur - à l'image de ce qu'elle représente pour le Nigeria, l'Angola ou l'Algérie. Le Mali et le Burkina Faso, dépourvus de production pétrolière propre, restent plus exposés aux variations des prix d'importation via les corridors ouest-africains classiques ; mais rien n'indique, à ce stade, que ces corridors passent physiquement par les zones aujourd'hui bloquées au Moyen-Orient plutôt que par des sources régionales ou méditerranéennes plus diversifiées. Toute affirmation d'un lien mécanique et direct entre cette crise et le prix à la pompe sahélien resterait donc à démontrer plutôt qu'à supposer.

Le vrai miroir sahélien de cette crise : qui a le droit de choisir ses alliés

Ce qui relie réellement cette escalade au Sahel n'est pas une tuyauterie pétrolière, c'est une logique politique. En sommant Moscou et Pékin de ne pas armer Téhéran, Washington revendique le droit de dicter à un Etat souverain - et à ses partenaires - quels choix diplomatiques et militaires sont légitimes. C'est très exactement le mécanisme que l'AES dénonce depuis 2023 lorsque des chancelleries occidentales s'irritent de voir Niamey, Bamako ou Ouagadougou se tourner vers la Russie, la Turquie ou la Chine plutôt que vers leurs anciens partenaires.

L'Iran, comme les Etats du Sahel, se trouve ainsi confronté à la même question : un pays du Sud a-t-il le droit de choisir librement ses fournisseurs d'armes, ses partenaires économiques et sa politique étrangère, ou doit-il obtenir l'assentiment implicite des puissances occidentales pour le faire sans s'exposer à des sanctions ou à des frappes ? Vue depuis Niamey, cette crise moyen-orientale n'est donc pas un simple fait divers géopolitique lointain : c'est une nouvelle illustration, sur un autre continent, du bras de fer entre souveraineté affirmée et ordre international hérité que les trois Etats de la Confédération vivent eux-mêmes au quotidien.

Conclusion

L'escalade du 25 juillet reste, à ce stade, une menace verbale de Donald Trump plutôt qu'une opération engagée - mais elle s'ajoute à un blocus houthi bien réel et à un détroit d'Ormuz toujours sous tension depuis février. Pour le Niger, l'indicateur à surveiller n'est pas le prix à la pompe, à l'abri grâce à Agadem et à la SORAZ, mais bien les recettes tirées des exportations via le pipeline de Cotonou si la flambée des cours se confirme dans la durée. Pour le reste du monde, l'indicateur qui compte est ailleurs : verra-t-on, une fois de plus, une puissance occidentale s'arroger le droit de sanctionner un Etat du Sud pour ses choix d'alliances ?

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