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Politique et Gouvernance

À la veille des trois ans du 26 juillet, Tiani désigne les sponsors derrière l'attaque de l'aéroport de Niamey

La veille du troisième anniversaire du 26 juillet 2023, le président Abdourahamane Tiani a accordé un entretien fleuve consacré aux « grands sujets de l'heure ». Il y est revenu longuement sur l'attaque du 18 juin contre l'aéroport international Diori Hamani, qu'il inscrit dans la continuité de la guerre de déstabilisation menée par Paris contre le Sahel souverain, avant d'aborder la frontière avec le Bénin, le bilan des trois ans de refondation et la marche de la Confédération AES. Un exercice

À la veille des trois ans du 26 juillet, Tiani désigne les sponsors derrière l'attaque de l'aéroport de Niamey

Introduction

L'entretien a été accordé le 25 juillet 2026, à la veille du troisième anniversaire du changement de pouvoir du 26 juillet 2023 et quelques semaines après les deux ans de la Confédération AES, célébrés le 6 juillet dernier. Sur plus d'une heure et demie, le chef de l'Etat a traité cinq dossiers : les deux attaques de l'aéroport international Diori Hamani, la stratégie de défense du territoire, la frontière fermée avec le Bénin, le bilan des trois années de refondation, et l'état de la Confédération.

Le fil conducteur de l'entretien tient en une phrase que le président a lui-même posée comme méthode : ne pas se contenter de regarder « la horde » qui frappe, mais chercher ses commanditaires. C'est cette grille de lecture - un Sahel qui se défend contre une entreprise de reconquête néocoloniale, plutôt qu'un simple foyer de terrorisme spontané - qui structure l'ensemble de ses réponses.

L'attaque du 18 juin : une opération à trois cibles déjouée aux deux tiers

Le bilan officiel de l'attaque du 18 juin contre l'aéroport de Niamey fait état de 13 morts côté nigérien (11 membres des forces de défense et de sécurité et 2 civils), 4 blessés, 22 assaillants neutralisés et une vingtaine de suspects interpellés. Le président en livre le récit complet : l'opération visait en réalité trois sites simultanément - l'aéroport international, le palais présidentiel et ses annexes, ainsi que le centre d'instruction et l'école de formation des officiers de Tondibia.

Selon lui, les commandos visant le palais et Tondibia ont été interceptés dès les 16 et 17 juin, avant même le déclenchement de l'attaque, grâce au travail de renseignement des forces nigériennes. Seul le commando visant l'aéroport est allé jusqu'au bout, ses meneurs parvenant à s'échapper vers un point de repli à l'est de la ville. Le président y voit la marque d'un encadrement extérieur sophistiqué - dotation en moyens de communication dédiés, entraînement structuré - qu'il attribue aux services français, agissant selon lui à travers des combattants qu'il désigne comme relevant d'une faction du JNIM.

C'est là un point que le président invite lui-même les Nigériens à ne pas perdre de vue : que des combattants revendiquent une attaque au nom d'une organisation jihadiste ne dit rien, à ses yeux, de qui in fine tire les fils et finance l'opération. Cette distinction entre exécutants et commanditaires est au cœur de sa méthode d'analyse, et elle mérite d'être rapportée comme telle - un récit qui n'a pas, à ce stade, été confirmé dans son détail opérationnel par une source extérieure à la présidence, ce qui n'enlève rien à la cohérence de la démonstration qu'il propose sur les intérêts en jeu.

Une mémoire longue des pressions occidentales, avec une précision à apporter

Pour étayer sa lecture, le président a égrené une chronologie qui remonte à 2023 : l'ultimatum donné depuis la Guadeloupe par Emmanuel Macron pour rétablir Mohamed Bazoum, l'injonction de la CEDEAO quatre jours plus tard, l'attitude de l'ex-ambassadeur français Sylvain Itté, des propos publics d'un ancien agent des renseignements français sur une possible déstabilisation du Niger après le retrait des troupes, ainsi que les sorties répétées d'Emmanuel Macron sur l'Afrique, jusqu'à sa dernière intervention au forum de Nairobi.

Il a également cité l'eurodéputé belge Marc Botenga - et non un « sénateur », comme il l'a présenté - qui a effectivement déclaré publiquement, le 21 juin 2026, que l'Union européenne finançait des équipements militaires conçus pour être utilisés au Sahel, en lien avec l'intérêt économique de la région pour ses ressources minières. Une déclaration réelle, qui vient utilement appuyer le point plus large que défend le président : celui d'une Europe qui dissocie ses discours de solidarité de ses intérêts miniers et sécuritaires bien réels dans la région.

Un seul élément appelle une correction, dans un souci de rigueur que NigerInfos doit à ses lecteurs autant qu'à la cause qu'il défend : la citation prêtée à l'ancien commissaire européen Thierry Breton sur « la stupidité » d'Emmanuel Macron et la crainte de voir les « colonies africaines » échapper à la France a été examinée par l'organisme de vérification Dubawa, qui n'en a pas trouvé de source primaire authentique. Que cette citation circule depuis des mois dans la presse et les réseaux sahéliens n'en fait pas une parole réellement tenue par Thierry Breton. Cela ne retire rien, en revanche, au constat plus large, largement documenté par ailleurs, d'un establishment français et européen qui peine à accepter la perte de son ancien pré carré ouest-africain.

Bénin : le dialogue avance, la souveraineté d'abord

Sur la frontière fermée avec le Bénin depuis 2023, le président a confirmé qu'un comité mixte, saisi avec un délai de deux semaines, avait remis ses conclusions. Aucune date de réouverture n'a toutefois été annoncée. Sa position reste gouvernée par un principe : que la frontière rouverte appartienne aux peuples et non aux humeurs d'un chef d'Etat, de manière à ce que plus jamais une décision unilatérale ne puisse la refermer comme en 2023. Il a salué à ce titre la démarche du nouveau président béninois Romuald Wadagni, qu'il oppose explicitement à celle de son prédécesseur.

Ce prudent pas-à-pas illustre une constante de la diplomatie nigérienne depuis 2023 : privilégier des garanties structurelles plutôt qu'un simple rétablissement des apparences.

Trois ans de refondation : défense, énergie, agriculture

Sur le bilan des trois années écoulées, le président a mis en avant le départ d'environ 5 000 militaires étrangers du territoire national - la fin d'une présence qu'il présente comme le socle d'une souveraineté retrouvée. Dans l'énergie, il revendique 118 mégawatts installés en deux ans, sur une capacité nationale nécessaire estimée à 420 MW, avec un financement déjà acquis pour 100 MW supplémentaires et un grand projet hydraulique appelé à porter, à terme, la capacité du pays à plusieurs milliers de mégawatts. Sur l'agriculture, il cite des prix de marché en nette détente par rapport aux niveaux atteints pendant l'embargo de 2023 : le sac de riz de 25 kg redescendu autour de 9 000 à 12 000 francs CFA selon les zones, le sac de maïs observé entre 8 000 et 13 500 francs CFA.

Ces chiffres, avancés par la présidence, recoupent dans leur tendance générale les données officielles de l'Institut national de la statistique déjà documentées par NigerInfos, qui montrent une désinflation alimentaire marquée depuis 2023 - un signe tangible, au-delà du symbole, que la rupture avec la tutelle occidentale n'a pas signifié la ruine annoncée par ses détracteurs. Le président n'a pas abordé, dans ce même entretien, le dossier de la souveraineté minière - la nationalisation de la Somaïr et le contentieux en cours avec Orano - qui reste pourtant l'un des chantiers les plus scrutés de la refondation.

AES : une force unifiée qui monte en puissance, une diplomatie qui n'est plus tournée en dérision

Le président a consacré la dernière partie de l'entretien à la Confédération, qui a fêté ses deux ans le 6 juillet. Il en revendique une force unifiée forte aujourd'hui de 5 000 hommes, avec un objectif de montée en puissance à 18 000, une Banque confédérale pour l'investissement et le développement financée par les contributions des trois Etats membres, et une diplomatie qui, selon lui, n'est plus raillée par ses interlocuteurs extérieurs depuis que la Confédération s'est imposée comme une réalité politique.

Il est également revenu sur l'attaque du 25 avril 2026 contre le Mali, qu'il décrit comme ayant été conduite selon trois axes convergents - depuis le nord du Bénin en transitant par le Niger et le Burkina Faso, depuis un camp d'entraînement en forêt en Côte d'Ivoire, et depuis la Mauritanie - avec, selon lui, l'implication de services de renseignement français dans chacun de ces pays. C'est la même grille de lecture que pour l'aéroport de Niamey : une agression coordonnée à l'échelle régionale contre l'espace confédéral, plutôt qu'une succession d'incidents isolés. Une lecture qui, ici encore, n'a pas fait l'objet d'une confirmation matérielle rendue publique, mais qui s'inscrit dans la continuité du discours que les trois Etats de l'AES tiennent depuis leur rupture avec la CEDEAO.

Conclusion

A la veille de ses trois ans, le pouvoir nigérien assume une lecture panafricaine et souverainiste des attaques qui frappent le pays : ce ne sont pas des combattants isolés qu'il faut craindre, mais ceux qui les arment, les financent et les instruisent depuis l'extérieur. Cette grille de lecture, cohérente avec celle défendue par Bamako et Ouagadougou, trouve un écho réel dans une opinion sahélienne lasse des postures occidentales. Elle gagnerait cependant à s'appuyer sur des preuves rendues publiques plutôt que sur des citations dont certaines, comme celle prêtée à Thierry Breton, ne résistent pas à la vérification - une rigueur que la cause de la souveraineté africaine a d'autant plus intérêt à cultiver qu'elle seule désarme par avance ceux qui voudraient la réduire à de la propagande. Sur les chantiers plus techniques - énergie, agriculture, force unifiée - les chiffres avancés confirment une trajectoire déjà documentée par NigerInfos. Restent, en suspens dans cet entretien, le dossier minier et un bilan sécuritaire chiffré du Tillabéri, que notre rédaction continuera de suivre.

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