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Carburant au Niger : le Conseil des ministres n'annonce aucune hausse et lance la chasse à la fraude

Le Conseil des ministres du 9 octobre a répondu aux onze recommandations du Conseil consultatif de la Refondation sur le carburant et la campagne agricole. Aucune hausse de prix n'est annoncée, mais un comité technique et des instructions de fermeté contre la fraude. Le même jour, la retraite parlementaire est abrogée et trois universités changent de nom. Derrière les décisions, des chiffres de déficit et de stocks qui pèsent lourd.

Carburant au Niger : le Conseil des ministres n'annonce aucune hausse et lance la chasse à la fraude

Quatre jours séparent l'ouverture de la session extraordinaire du Conseil consultatif de la Refondation (CCR) et la réponse du gouvernement. Le 5 octobre, les conseillers se réunissent dans l'hémicycle de l'ex-assemblée nationale pour examiner la campagne agricole 2026 et l'approvisionnement en produits pétroliers. Le 6, ils adoptent leurs recommandations. Le vendredi 9, le Conseil des ministres, présidé par le général Abdourahamane Tiani, les passe en revue.

Le contexte presse. Selon l'ANP, des localités subissent une pénurie d'hydrocarbures depuis quelques jours. À la pompe, le Super se vend 499 FCFA le litre et le gasoil 618 FCFA. Que retient le communiqué ? Pas de hausse annoncée, un comité technique, des consignes de fermeté contre la fraude. Et, dans la même séance, la fin de la retraite des anciens députés et de nouveaux noms pour trois universités. Voici ce que disent les textes, et ce qu'ils laissent de côté.

Le prix reste à 499 FCFA, alors que le CCR proposait de le relever

Sur le carburant, les conseillers ont demandé d'envisager une hausse raisonnable des prix, de faire du corridor algérien l'axe prioritaire pour le nord, d'auditer la SONIDEP et les flux, de digitaliser la distribution et de subventionner les importations de la société.

La réponse du Conseil, telle que la rapporte l'ANP, prend un autre chemin. Les perturbations viennent de contraintes structurelles et de gouvernance à chaque étape de la chaîne. Les circuits informels et les fraudes entretiennent pénuries et hausses de prix. Un comité technique doit repérer les blocages, et les forces de contrôle ont reçu l'ordre de poursuivre auteurs, coauteurs et complices.

Le gouvernement rappelle que, sur instruction du chef de l'État, le Super est passé de 540 à 499 FCFA et le gasoil de 668 à 618 FCFA, soit environ 7,5 % de moins. Il promet qu'aucune action n'aggravera le coût de la vie. La dépêche ne mentionne ni la hausse proposée, ni l'audit, ni la subvention, ni le corridor algérien. Écarter une idée et ne pas en parler sont deux choses différentes : seul le communiqué intégral permettra de trancher.

Un déficit qui grimpe, et un ministre qui refuse le raccourci de la fraude

Les chiffres présentés au CCR le 5 octobre par le ministre du Pétrole, Hamadou Tini, expliquent l'inquiétude. Pour le Super, le déficit passe de 47,25 millions de litres en 2024 à 159,74 millions en 2025, puis à 196,62 millions sur huit mois en 2026, déjà plus que l'année 2025 entière. Pour le gasoil, le solde est négatif de 24,39 millions de litres en 2024, positif de 9,44 millions en 2025, puis un déficit de 52,60 millions sur huit mois.

La SORAZ livre environ 1,5 million de litres par jour, pour une capacité installée de 20 000 barils par jour. Quand elle ne suffit pas, il faut importer, souvent plus cher que le prix de cession intérieur, ce qui pèse sur la trésorerie de la SONIDEP.

Le communiqué du Conseil insiste sur la fraude. Le ministre, lui, avertit que les écarts entre livraisons de la SORAZ et sorties de la SONIDEP « ne doivent pas être interprétés automatiquement comme des volumes fraudés ». Il cite aussi la reprise de l'activité, le ravitaillement de véhicules étrangers et les mouvements vers les zones frontalières. La veille du Conseil, le 8 octobre, Mme Oumar Fatimata Marafa Salifou, inspectrice principale des douanes, a été nommée directrice générale de la SONIDEP, en remplacement du colonel Ali Saibou Hassane, en poste depuis septembre 2023.

Des stocks serrés avant une soudure annoncée difficile

Sur l'agriculture, le Conseil salue les mesures d'anticipation contre les conflits liés aux espaces pastoraux et promet de poursuivre l'aménagement de points d'eau dans le Programme Grande Irrigation, avec plus de diversification des cultures. Il invite aussi opérateurs économiques, fonctionnaires et agents de l'État à s'investir dans l'agriculture.

Les chiffres de l'Office des produits vivriers (OPVN) montrent peu de marge. Au 30 septembre, la réserve alimentaire de sécurité comptait 24 549 tonnes : 22 850 de riz et seulement 1 699 de céréales sèches. Or les besoins des forces de défense et de sécurité d'octobre à décembre sont estimés à 4 500 tonnes, dont 1 700 de céréales sèches. À stock constant, la réserve de céréales sèches y passerait presque entièrement. Une commande de 43 785 tonnes est en cours, et les 63 834 tonnes visées tombent juste si l'on retranche les 4 500 tonnes des forces armées. Sa date de livraison n'est pas connue.

La CAIMA, centrale d'approvisionnement en intrants, annonce une soudure pastorale 2027 « précoce et difficile », à cause d'une mauvaise répartition des pluies, et réclame un paquet minimal de résilience : semences, engrais, aliments pour bétail, financement d'urgence.

Un CCR qui conseille, un gouvernement qui tranche, ou pas encore

À l'ouverture de la session, le président du CCR, Mamoudou Harouna Djingarey, avait prévenu : « cette session n'a pas été convoquée pour entériner des conclusions déjà arrêtées ». Il rappelait que le CCR éclaire l'action publique sans se substituer au gouvernement. Le Conseil des ministres a salué la qualité des débats, mais la dépêche ne détaille sa réponse que sur deux axes, l'agriculture et le carburant.

La question utile n'est donc pas de savoir si le gouvernement a suivi le CCR. Elle est de savoir quelles recommandations seront appliquées, avec quel calendrier et quel budget. Le comité technique annoncé n'a ni composition ni délai connus. Et les voix de transporteurs, de gérants de stations ou d'économistes nigériens manquent à ce dossier.

Retraite des anciens députés : l'État rationalise, les droits acquis s'invitent

Le Conseil a aussi abrogé, par ordonnance, la loi du 17 décembre 2003 sur le régime de retraite parlementaire. Les anciens députés qui touchent déjà une pension après avoir versé toutes leurs cotisations la perdent. Ceux qui n'ont pas cotisé en totalité et n'ont jamais perçu de pension seront remboursés. Le gouvernement parle de rationaliser les charges de l'État. On ignore combien d'anciens députés sont concernés et quelles sommes sont en jeu.

Trois universités, trois figures d'une mémoire qui dépasse les frontières

Les universités publiques d'Agadez, de Diffa et de Dosso prennent les noms de Jibril Oumar, Hummay Salamna et Maidanda Saidou. Le premier est un érudit soufi du 18e siècle, originaire d'Agadez, mort vers 1790 à Madaoua et maître d'Ousmane Dan Fodio. Le deuxième, présenté comme le premier sultan du Kanem-Bornou et fondateur de la dynastie des Sayfawa, a régné vers la fin du 11e siècle. Le troisième, premier sultan de Dosso et premier pharmacien du Niger, est mort en 2022 après avoir dirigé l'ONPPC dès 1962 et contribué à fonder l'université de Dosso.

Le choix rappelle que l'histoire sahélienne déborde les frontières : le Kanem-Bornou s'étend autour du lac Tchad, et l'héritage de Dan Fodio mène au califat de Sokoto, au Nigeria. Les autorités y voient un devoir de mémoire.

Si le prix reste à 499 FCFA, qui finance l'écart ?

Ce Conseil traite en une séance l'urgence, le carburant et les vivres, et le symbolique, les noms et la retraite des députés. Sur l'urgence, l'essentiel reste devant nous : les conclusions du comité technique, la livraison des 43 785 tonnes de céréales, et la capacité de la SONIDEP, désormais dirigée par une cadre issue des douanes, à combler un déficit que le ministre lui-même ne réduit pas à la fraude. Une question demeure : si le prix ne bouge pas, qui paiera l'écart entre le coût d'importation et le prix de vente ? Et vous, que voyez-vous aux pompes de votre ville ? Écrivez-nous.

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