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Niger

Électricité au Niger : pourquoi 126 MW manquent toujours à l'appel

Le 22 juillet 2026, la ministre de l'Énergie a posé les vrais chiffres devant le Conseil consultatif pour la Refondation : 294 MW disponibles sur 420 MW installés. L'écart, 126 MW, ce sont des délestages à Niamey, des groupes électrogènes qui tournent dans les marchés et une facture qui grimpe pour les ménages. Derrière les mégawatts, une carte du pays coupée en quatre zones qui ne se parlent pas entre elles.

Électricité au Niger : pourquoi 126 MW manquent toujours à l'appel

Introduction

Le Niger n'a jamais produit assez d'électricité pour ses propres besoins. Depuis des décennies, le pays s'appuie sur une ligne à haute tension venue du Nigeria, qui a longtemps couvert plus de 80 % de la consommation nationale. Ce système a montré ses limites après 2023 : les sanctions de la CEDEAO consécutives au changement de régime ont pesé sur les importations d'énergie et sur les finances déjà fragiles de la Nigelec. Trois ans plus tard, le 22 juillet 2026, la ministre de l'Énergie, Pr Amadou Haoua, a livré un état des lieux sans détour : 294 MW de puissance disponible pour une capacité installée de 420 MW, dont 377 MW thermiques et 43 MWc solaires. L'écart de 126 MW n'est pas qu'une statistique. Il se traduit, jour après jour, par des coupures à Niamey, des factures de gasoil pour les commerçants qui font tourner un groupe électrogène, et des soirées à la bougie dans des quartiers entiers.

Un pays coupé en quatre zones qui ne se parlent pas

Le système électrique nigérien tient sur quatre zones non interconnectées entre elles : la zone Fleuve (Dosso, Niamey, Tillabéri), la zone Niger Centre-Est (Maradi, Tahoua, Zinder), la zone Est et la zone Nord, complétées par une centaine de mini-réseaux isolés, alimentés au diesel. Chaque zone se débrouille avec ses propres moyens et, pour deux d'entre elles, avec l'appoint d'une ligne d'importation.

La zone Fleuve, la plus peuplée, capte à elle seule 70 % de l'énergie appelée dans le pays. Sa capacité d'approvisionnement atteint 324,4 MW, dont 224,4 MW de production interne (144,4 MW du parc propre de la Nigelec et 80 MW du producteur indépendant Istithmar) et 100 MW importés via la ligne Birni-Kebbi-Niamey. Le pic de demande y est estimé à 260 MW. Sans l'import nigérian, la zone couvrirait tout de même 86,30 % de sa demande, un chiffre qui montre que Niamey n'est plus totalement à la merci du voisin.

La zone Niger Centre-Est raconte une autre histoire. Elle pèse environ 20 % de l'énergie nationale, avec un pic de demande de 89 MW, mais sa production propre plafonne à 34,02 MW. Sans les 50 MW importés via la ligne Katsina-Gazaoua, elle ne couvrirait que 38,22 % de son pic de demande. Autrement dit, Maradi, Tahoua et Zinder restent, pour l'essentiel, sous perfusion nigériane. La zone Est, elle, ne dispose que de 2,8 MW disponibles, un chiffre qui dit tout du retard d'électrification à l'est du pays.

Ce que les autorités promettent, et le calendrier réel

Pr Amadou Haoua a inscrit ces chiffres dans une réforme plus large, présentée devant le CCR comme la préparation d'une Politique énergétique nationale 2026-2035, qui doit intégrer électricité, cuisson propre, hydrocarbures, énergies renouvelables et, à terme, le nucléaire civil. « L'énergie est aujourd'hui le socle de toutes les politiques publiques, elle conditionne l'industrialisation, la sécurité alimentaire, la transformation des ressources minières et le développement du pays », a-t-elle résumé devant les conseillers de la Refondation.

Sur le terrain, le discours officiel se heurte à une réalité plus rugueuse. « Depuis trois ans, on nous parle de souveraineté énergétique, mais mon échoppe tourne au groupe électrogène quatre soirs sur sept », confie un commerçant du marché de Katako — propos reconstitué à partir de témoignages recueillis dans le quartier, représentatif du ressenti courant à Niamey, mais non attribuable à une personne précise. C'est précisément l'écart que la ministre elle-même reconnaît en détaillant, zone par zone, une couverture de la demande qui va de 94,40 % (avec import, zone Centre-Est) à un simple 38,22 % dès que l'approvisionnement nigérian venait à manquer.

Des projets concrets sont annoncés pour combler ce trou : une centrale de 30 MW à Goudel, un projet qatari de 30 MW et une centrale solaire de 10 MW à Dosso pour la zone Fleuve ; une centrale solaire de 20 MW dans le cadre du projet RANA pour la zone Centre-Est. À plus long terme, une ligne d'interconnexion de 443 km à 132 kV doit relier la centrale à charbon de Sonichar, à Agadez, à la raffinerie de Soraz, à Zinder, pour muscler l'axe centre-est.

Ce que ça change, et ce qu'il reste à prouver

Si ces projets tiennent leurs délais, le Niger pourrait, sur le papier, couvrir sa demande sans dépendre de l'import nigérian dans les deux zones qui concentrent 90 % de la consommation nationale. C'est l'angle souveraineté que revendique le gouvernement, et il s'inscrit dans la même logique que les autres chantiers de la semaine : contenu local pétrolier, passeport AES, désenclavement routier. Reste que la Nigelec, société d'État depuis juin 2025 seulement après des décennies sous statut de société anonyme, doit financer ces investissements dans un contexte où le prix réel du kWh pour le consommateur nigérien n'a pas été rendu public avec les nouveaux chiffres.

La vraie question n'est donc pas celle des mégawatts installés, mais celle du calendrier. Goudel, le projet qatari, Dosso, RANA : ce sont des noms de projets, pas encore des centrales qui tournent. D'ici la prochaine saison sèche, quand la demande grimpe avec la chaleur, Niamey saura si l'écart de 126 MW s'est réduit, ou s'il a simplement changé de discours.

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