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Mali

MALI : LE PROCÈS DU JOURNALISTE CHAHANA TAKIOU MIS EN DÉLIBÉRÉ, LA PRESSE RÉGIONALE SOUS SURVEILLANCE

Le procès de Chahana Takiou, directeur de publication du journal malien Le 22 Septembre, s'est ouvert le 27 juillet 2026 à Bamako. Poursuivi pour des propos tenus lors d'un forum panafricain des médias, il encourt jusqu'à un an de prison. Le jugement a été mis en délibéré au 3 août. Un dossier suivi de près dans toute la sous-région, y compris au Niger, où la question de la liberté de la presse reste également sensible.

MALI : LE PROCÈS DU JOURNALISTE CHAHANA TAKIOU MIS EN DÉLIBÉRÉ, LA PRESSE RÉGIONALE SOUS SURVEILLANCE

Le 8 juin 2026, Chahana Takiou est placé sous mandat de dépôt à Bamako par le pôle national de lutte contre la cybercriminalité. Il lui est reproché des propos tenus quelques jours plus tôt, lors du Forum panafricain des médias (FOPAME), organisé à Bamako du 3 au 6 juin 2026. Sept semaines plus tard, son procès s'est ouvert le 27 juillet devant la justice malienne, avant d'être mis en délibéré.

Constat, les faits reprochés

Chahana Takiou est poursuivi pour des faits qualifiés d'« atteinte au crédit de l'État » à travers l'institution judiciaire. Selon plusieurs médias régionaux, les propos en cause portaient sur l'usage de la loi sur la cybercriminalité pour arrêter et détenir des journalistes au Mali, tenus par Chahana Takiou lors du FOPAME. Sa demande de mise en liberté provisoire a été rejetée avant l'ouverture du procès, et il est resté en détention. À l'audience du 27 juillet, le parquet a requis un an de prison, dont six mois assortis d'un sursis, tandis que la défense a plaidé l'acquittement. Le tribunal a mis sa décision en délibéré jusqu'au 3 août 2026.

Les réactions des organisations professionnelles

Reporters sans frontières (RSF) a réagi en estimant que les propos de Chahana Takiou relevaient d'une « analyse critique et factuelle » sur l'usage de la législation anti-cybercriminalité contre les journalistes maliens, et non d'une infraction pénale. La Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) a de son côté dénoncé un « harcèlement judiciaire et une détention arbitraire », associant à ce dossier le nom d'un autre défenseur des droits humains, Abdehrmane Keïta. La Maison de la presse malienne a également publié un communiqué à la suite de son arrestation, sans que Nigerinfos ait pu en obtenir l'intégralité du texte à l'heure de la publication.

« Un journaliste qui documente l'usage d'une loi contre ses confrères ne devrait pas se retrouver lui-même devant cette même justice », résume, sous couvert d'anonymat, un confrère malien contacté par Nigerinfos, qui craint un effet dissuasif sur la profession dans l'ensemble de la sous-région.

Enjeux régionaux, ce que ce dossier dit du climat pour la presse au Sahel

Ce dossier dépasse le seul cas individuel de Chahana Takiou. Il s'inscrit dans un climat plus large où plusieurs pays de la sous-région, sous transition militaire, ont vu se multiplier les procédures judiciaires contre des journalistes critiques, souvent via des textes sur la cybercriminalité ou la diffusion de fausses informations. Pour la presse nigérienne elle-même, confrontée à ses propres tensions sur la liberté d'expression depuis 2023, ce procès malien constitue un cas d'école suivi de près, notamment par les organisations professionnelles régionales. Nigerinfos rappelle que ce dossier concerne la justice malienne et n'a pas vocation à être comparé terme à terme avec la situation nigérienne, chaque contexte national ayant ses propres spécificités judiciaires.

Le verdict attendu le 3 août à Bamako sera scruté bien au-delà des frontières maliennes. Nigerinfos suivra le délibéré et reviendra sur ses conséquences pour l'exercice du journalisme dans la région.

Repères et chiffres

  • Arrestation de Chahana Takiou : 8 juin 2026
  • Forum panafricain des médias (FOPAME) à Bamako : 3-6 juin 2026
  • Ouverture du procès : 27 juillet 2026
  • Réquisitions du parquet : 1 an de prison dont 6 mois avec sursis
  • Délibéré : attendu le 3 août 2026

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