Mali : Washington envisagerait des frappes contre le JNIM, Bamako dit ne rien savoir
Le Washington Post révèle que l'administration Trump étudierait des frappes contre le JNIM sur le sol malien, huit ans après le retrait français. Bamako dit n'avoir reçu aucune notification officielle et rappelle que sa souveraineté n'est pas négociable. Un dossier qui remet en scène, sur un même théâtre, l'Amérique, la Russie et les groupes armés qui gangrènent le Sahel.
Depuis avril 2026, le Mali vit sous la pression d'une alliance inédite entre le JNIM, coalition jihadiste affiliée à Al-Qaïda, et le Front de libération de l'Azawad (FLA), mouvement indépendantiste touareg. Les deux groupes ont pris Kidal en avril, avant de multiplier les attaques coordonnées contre les positions de l'armée malienne et de ses partenaires russes d'Africa Corps. Le 18 juillet, une embuscade contre un convoi militaire a coûté la vie à plus de 50 soldats.
C'est dans ce climat que le Washington Post a révélé, le 22 juillet, que l'administration Trump envisagerait des frappes ciblées contre le JNIM, sans en avoir informé Bamako. Une hypothèse qui, si elle se confirme, ferait du Mali le huitième pays où Donald Trump aura ordonné des frappes depuis le début de son second mandat.
Ce que révèle le Washington Post
Selon le quotidien américain, qui cite des responsables actuels et anciens de l'administration, la Maison Blanche discute en interne de la possibilité de viser des positions du JNIM au Mali. Rien n'est arrêté : les officiels resteraient divisés sur l'opportunité de l'opération, et le Washington Post précise qu'aucune décision n'a été prise sur les factions à viser, le cadre légal de l'opération, ni même sur l'éventualité d'en informer les autorités maliennes au préalable.
Le journal cite Sebastian Gorka, chef de la lutte antiterroriste au Conseil de sécurité nationale américain, parmi les responsables qui poussent pour une intervention, sur le modèle des frappes déjà menées contre l'ISWAP au Nigeria. La Maison Blanche a refusé de confirmer une quelconque planification, tout en réaffirmant son soutien aux pays d'Afrique du Nord et de l'Ouest engagés contre le terrorisme. Le Pentagone, de son côté, a refusé tout commentaire.
Plus révélateur encore : un responsable de l'administration américaine cité par le Washington Post a affirmé espérer que « le Mali l'emporte contre le terrorisme », tout en imputant la dégradation de la situation sécuritaire à la Russie, présentée comme un « partenaire sécuritaire inefficace ». Une déclaration qui en dit long sur l'angle de lecture de Washington : moins une offre de coopération désintéressée qu'une manière de repositionner les États-Unis sur un théâtre où Moscou a pris pied depuis le départ des troupes françaises.
Bamako refuse de spéculer, mais fixe trois lignes rouges
Interrogé en marge de l'ouverture du Salon international de la Défense et de la Sécurité de Bamako (BAMEX 2026), le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a tenu à couper court aux spéculations sans pour autant fermer la porte :
« Nous avons constaté que de nombreux médias ont relayé cette information. À ce jour, nous ne disposons d'aucune confirmation, ni d'aucune déclaration officielle des États-Unis ou de responsables américains à ce sujet. Nous ignorons donc quelle sera la posture du gouvernement américain. Je peux vous assurer que le Mali n'est pas assis en train d'attendre que d'autres viennent régler notre problème. Il faut juste respecter nos trois principes qui sont très clairs pour travailler ensemble : respecter le Mali, ses choix souverains et prendre en compte les intérêts des populations. Le Mali compte sur lui-même, sur son intelligence, sur ses ressources, ses forces de défense et de sécurité et ses propres moyens pour régler ses problèmes, et la moindre des choses que nous attendons d'un partenaire, c'est qu'il vienne demander d'abord de quoi le Mali a besoin. »
Le message est clair : respect de la souveraineté, respect des choix souverains des autorités de transition, prise en compte des intérêts du peuple malien. Trois conditions que Bamako applique déjà à sa coopération avec la Russie, dont les instructeurs d'Africa Corps épaulent les Forces armées maliennes sur plusieurs théâtres d'opération, y compris autour d'Anéfis, verrou logistique sur l'axe Gao-Kidal-Aguelhoc.
Deux jours plus tôt, l'Union africaine avait elle aussi pris position sur la dégradation sécuritaire dans la région, condamnant les récentes attaques au Niger et au Mali et plaidant pour une coopération régionale renforcée plutôt que pour des interventions extérieures dispersées. Un rappel que la réponse au JNIM se pense, du point de vue africain, d'abord à l'échelle du continent et de ses propres forces, pas depuis Washington.
Un dossier qui dépasse le seul cas malien
Une frappe américaine sur le sol malien, si elle se confirme, poserait une question inédite pour la région : celle de la coexistence, sur un même théâtre, de forces américaines et russes, chacune agissant selon sa propre logique. Ce cas de figure existe ailleurs, en Syrie ou en Libye, mais serait une première au Sahel. Il rouvrirait aussi le débat sur la reprise, prudente mais réelle, de la coopération militaire entre Bamako et Washington ces derniers mois, marquée par des visites de hauts responsables américains et la levée de sanctions visant certains cadres de la transition malienne.
Pour le Niger et le Burkina Faso, partenaires du Mali au sein de l'Alliance des États du Sahel, l'affaire n'est pas qu'une curiosité diplomatique. Le JNIM opère aussi sur leur territoire, et toute intervention extérieure unilatérale sur l'un des trois pays de la Confédération pose la question d'une doctrine commune de défense, encore largement à construire, face à des puissances qui continuent d'agir chacune sur leur propre calendrier.
À ce stade, rien n'est confirmé côté américain, et Bamako a choisi la prudence plutôt que la condamnation préventive. Mais l'affaire illustre une tension de fond : des puissances extérieures qui continuent de considérer le Sahel comme un espace où elles peuvent agir sans concertation, face à des États qui, depuis la rupture avec la Françafrique, entendent précisément ne plus fonctionner ainsi. Reste à voir si Washington confirmera ses intentions, et surtout, si Bamako obtiendra que toute coopération future passe d'abord par ses propres conditions.
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