Niger : l'Algérie livre quatre hélicoptères de combat aux FAN
Dimanche 9 août, quatre hélicoptères militaires ont décollé d'Algérie vers Niamey, don de deux Mi-24V et deux Mi-171 aux Forces armées nigériennes (FAN). L'appui arrive alors que l'aéroport de la capitale a déjà été visé deux fois par des jihadistes depuis janvier. Ce geste élargit, depuis février, un rapprochement algéro-nigérien jusque-là concentré sur l'énergie et les hydrocarbures. Reste à savoir ce que cette montée en puissance change vraiment pour les populations exposées aux violences.
Depuis le coup d'État de juillet 2023 et le départ des derniers soldats français en décembre de la même année, plus de 1 500 civils et militaires nigériens ont péri dans des attaques jihadistes, selon les données du projet Acled, contre 650 sur la période équivalente précédente. Privé de l'appui aérien et du renseignement que fournissait auparavant Paris, Niamey a diversifié ses partenaires de sécurité : Russie, Turquie, et désormais l'Algérie. C'est dans ce contexte que quatre hélicoptères militaires, deux Mi-24V d'attaque et deux Mi-171 de transport, ont décollé dimanche 9 août de la base secondaire d'In Guezzam, dans l'extrême sud algérien, en direction de l'aéroport de Niamey. Ordonné par le général Saïd Chanegriha sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, ce don comprend aussi des munitions, des pièces de rechange et du matériel de maintenance, acheminés par un avion militaire distinct. Il a été réceptionné par le général Salifou Maïnassara, chef d'état-major de l'armée de l'air nigérienne.
Une flotte aérienne réduite face à une pression jihadiste qui ne faiblit pas
Avant cette livraison, l'armée de l'air nigérienne alignait environ une douzaine d'hélicoptères, selon les estimations de l'observatoire indépendant GlobalMilitary, pour une vingtaine d'appareils au total, tous types confondus. Une flotte modeste, façonnée pour la contre-insurrection et la surveillance frontalière, mais mise à l'épreuve par une insurrection qui ne recule pas. Le 30 janvier, l'aéroport international Diori Hamani, qui abrite aussi la base aérienne 101 où est stationné le commandement des forces conjointes de l'AES, a été attaqué par un commando revendiqué par le groupe État islamique. Une nouvelle attaque a visé les mêmes installations en juin. Le 17 juillet, une embuscade dans la zone de Téra, en région de Tillabéri, a coûté la vie à 16 militaires et fait 23 blessés. Depuis le retrait des derniers soldats français, achevé le 22 décembre 2023 après 145 vols et 15 convois terrestres, les FAN ont perdu l'appui aérien et le renseignement que Paris leur fournissait auparavant. Le don algérien de deux hélicoptères d'attaque et deux appareils de transport polyvalents représente donc un renfort proportionnellement significatif pour une flotte de cette taille, même si aucune valeur financière n'a été communiquée par les deux parties.
Entre solidarité affichée et calculs stratégiques partagés
« Cette louable initiative », a déclaré le général Salifou Maïnassara, chef d'état-major de l'armée de l'air nigérienne, à l'arrivée du don à Niamey, transmettant, selon plusieurs médias algériens, les remerciements des autorités nigériennes au président Tebboune. Côté algérien, le ministère de la Défense justifie ce geste par la volonté de « renforcer les relations de coopération bilatérale stratégique » entre les deux pays, en particulier dans le domaine militaire, et de préserver la paix dans la bande sahélo-saharienne. Au moment de la rédaction, aucun autre acteur direct, ni côté nigérien ni côté algérien, ne s'était exprimé publiquement sur l'opération.
La solidarité affichée recouvre aussi un calcul d'intérêt bien compris. L'Algérie partage près de 1 000 kilomètres de frontière avec le Niger, un tracé traversé par les mêmes groupes armés et les mêmes filières de trafic transfrontalier qui menacent sa propre sécurité intérieure. Le média spécialisé Sahel Intelligence relève d'ailleurs que ce renforcement militaire algérien dans la région comporte aussi un risque : celui d'alimenter la militarisation d'un espace sahélien déjà instable, plutôt que de la désamorcer.
Ce rapprochement n'allait pourtant pas de soi. En avril 2025, un drone malien abattu par l'armée algérienne près de la frontière commune avait provoqué un coup de froid diplomatique : par solidarité au sein de l'AES, le Niger avait rappelé son ambassadeur à Alger, comme le Mali et le Burkina Faso. Il aura fallu la visite du général Tiani à Alger, en février 2026, pour que la page se tourne, ouvrant la voie à une série d'accords en cascade : énergie en mars, hydrocarbures en juin, défense en août.
Vers une diversification durable, ou une dépendance qui se déplace ?
À court terme, ce renfort aérien devrait surtout profiter aux opérations de contre-insurrection dans les zones frontalières de Tillabéri et vers le nord, là où les jihadistes affiliés à l'État islamique et au Jnim continuent de frapper. Mais l'ampleur réelle de ce gain de capacité reste à mesurer : ni le nombre d'heures de vol disponibles, ni le calendrier de mise en service des appareils n'ont été précisés par les autorités.
À l'échelle régionale, ce geste illustre aussi les nuances internes à l'AES. Alger a multiplié les gestes envers Niamey et Ouagadougou depuis février, dans la continuité d'une centrale électrique de 40 mégawatts à Gorou Banda et de mémorandums pétroliers signés entre Sonatrach et Sonidep. Mais la relation entre l'Algérie et Bamako reste tendue, le Mali ayant démenti tout retour imminent de son ambassadeur à Alger. Des chercheurs de l'Institut d'études de sécurité (ISS Africa) notent que ce déséquilibre expose l'alliance sahélienne à un exercice d'équilibriste, entre solidarité de façade et primauté assumée des intérêts nationaux de chacun des trois États membres.
Pour Niamey, l'enjeu dépasse le seul terrain militaire : il s'agit de vérifier si cette nouvelle donne algérienne se traduit, dans la durée, par un appui opérationnel réel, ou si elle reste un signal politique fort sans suite concrète sur le champ de bataille.
Ce qu'il faut retenir
En quelques mois, l'axe Alger-Niamey est passé des watts aux barils, puis aux munitions. Ce don d'hélicoptères confirme la volonté algérienne de peser durablement dans la sécurité sahélienne, sans que l'on sache encore si Niamey y gagnera un vrai supplément de capacité opérationnelle sur le terrain. Reste à observer si les prochaines semaines apporteront un premier bilan d'engagement de ces appareils face aux groupes armés, et comment Bamako réagira à ce rapprochement qui avance sans elle.
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