Niger : trois ans de CNSP, le bilan de la souveraineté retrouvée
Le 26 juillet, le Niger célèbre les trois ans du Conseil national pour la Sauvegarde de la Patrie, érigés en Journée nationale de la souveraineté et du patriotisme, jour férié légal. Entre relance de l'irrigation, repositionnement diplomatique au sein de l'AES et attentes fortes sur le pouvoir d'achat, le bilan de la Refondation entre dans une phase où les résultats concrets comptent plus que les intentions.
Introduction
Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et des officiers de l'armée nigérienne mettaient fin à la présidence de Mohamed Bazoum, donnant naissance au Conseil national pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP). Trois ans plus tard, cette date est devenue Journée nationale de la souveraineté et du patriotisme, jour férié légal décrété par ordonnance en 2024. À Niamey, la municipalité a appelé les populations à se rassembler ce dimanche pour les commémorations, avec lectures coraniques et prière collective à la Grande Mosquée pour implorer paix, sécurité, unité nationale et une saison des pluies favorable. L'Agence Nigérienne de Presse (ANP) propose de son côté un fil spécial bilan, avec reportages, interviews et visites de terrain sur les principaux axes du Programme de Refondation.
Trois ans de chantiers, entre souveraineté alimentaire et diplomatie réorientée
Le bilan mis en avant par les autorités s'articule autour de plusieurs axes structurants. La souveraineté alimentaire occupe une place centrale, portée par le Programme national de Grande Irrigation : réhabilitation de 15 périmètres irrigués existants totalisant 2 600 hectares, études techniques en cours pour 2 200 hectares supplémentaires et pour 3 415 autres hectares d'aménagements hydro-agricoles, ainsi que le lancement des marchés publics pour la construction de trois barrages (Kaoura Foga, Tiguirwit et Gaweye). La relance du chantier du barrage de Kandadji, en sommeil depuis des années, s'inscrit dans la même dynamique de reconquête de l'autonomie agricole. Le budget général de l'État pour 2026 s'élève à 3 052,82 milliards de francs CFA.
Sur le plan diplomatique, la rupture est nette et assumée : intégration renforcée à l'Alliance des États du Sahel aux côtés du Mali et du Burkina Faso, retrait de la CEDEAO en 2025, diversification des partenariats sécuritaires et économiques. Pour une large partie de l'opinion nigérienne, cette réorientation reste l'acquis le plus visible de la Transition, incarnant une rupture avec des décennies de tutelle diplomatique occidentale.
Sur le terrain sécuritaire, les Forces de défense et de sécurité poursuivent leurs opérations dans les zones de Tillabéri, Tahoua, Diffa et Maradi, confrontées à des groupes armés qui continuent de cibler civils et infrastructures. Les autorités mettent régulièrement en avant les résultats de ces opérations et le renforcement des capacités nationales, même si la menace demeure un défi mobilisant une part importante des ressources de l'État.
Ce que les Nigériens attendent vraiment de la suite
À l'occasion de la rentrée judiciaire 2025-2026, le président Tiani résumait ainsi la philosophie de son action : « La Refondation, que nous nous attelons à mener avec toute notre énergie depuis plus de deux ans, place la question de la justice, de la justice sociale au cœur de son action. » Un discours qui inscrit la Transition dans une promesse d'équité sociale, aux côtés de la souveraineté et de la sécurité.
Mais si l'adhésion aux principes de souveraineté nationale reste largement présente dans le débat public, les attentes citoyennes se concentrent désormais davantage sur les résultats tangibles. Les pénuries récurrentes de gasoil, les délestages électriques et le coût des transports continuent d'alimenter les discussions dans les foyers nigériens, rappelant que la consolidation de la souveraineté politique doit s'accompagner de résultats perceptibles dans la vie quotidienne. Sur le terrain, des initiatives locales témoignent déjà d'une appropriation concrète des chantiers de la Refondation : à N'Dounga, des groupements de femmes transformatrices se disent bénéficiaires de machines de transformation et de conditionnement du riz offertes par la commune, un exemple parmi d'autres de la manière dont les grands programmes agricoles peuvent se traduire à l'échelle d'un quartier ou d'un village.
Ce que cette étape révèle du moment que traverse le Niger
Trois ans après le changement de régime, les orientations stratégiques de la Refondation sont désormais clairement posées : souveraineté nationale, sécurité, bonne gouvernance et valorisation des ressources du pays. Le défi, pour les autorités, consiste maintenant à transformer ces orientations en résultats durables et mesurables par l'ensemble de la population, au-delà des grands chantiers d'infrastructure. C'est sur l'accès à l'eau, à l'électricité, à l'emploi et sur la maîtrise du coût de la vie que se jouera, aux yeux de nombreux Nigériens, la crédibilité de la prochaine étape.
Cette exigence de résultats n'est pas un désaveu du projet de Refondation : elle en est, au contraire, le prolongement logique. Une souveraineté affirmée sur la scène régionale et internationale prend tout son sens lorsqu'elle se traduit, à l'échelle du foyer, par une amélioration concrète des conditions de vie.
Conclusion
Le 26 juillet marque un jalon symbolique fort dans le récit national nigérien : celui d'une rupture assumée avec un ordre ancien, au nom de la souveraineté. Trois ans plus tard, les chantiers structurants sont lancés, la diplomatie s'est redéployée vers l'AES, mais l'attente populaire s'est déplacée vers le concret : l'électricité, le carburant, le pouvoir d'achat. La prochaine phase de la Refondation se jugera moins sur les intentions que sur sa capacité à livrer, dans la durée, les résultats que les Nigériens attendent au quotidien.
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