Raffinerie de Dosso : le Niger scelle son plus gros pari industriel pour sortir de la dépendance pétrolière
Le 15 août, le Niger a signé la convention de sa deuxième raffinerie, à Dosso : 1,9 milliard de dollars, 100 000 barils par jour, et l'ambition de fournir aussi le Mali et le Burkina Faso. C'est le plus gros investissement industriel scellé depuis le lancement de la Refondation, et une étape concrète vers la fin d'une dépendance pétrolière qui pénalise le pays depuis 2011. Reste maintenant à transformer l'accord en chantier.
Une réponse concrète à quinze ans de dépendance
Le Niger produit son propre pétrole depuis novembre 2011, à partir des gisements d'Agadem, dans la région de Diffa. Mais faute de capacité de raffinage suffisante, le pays est resté dépendant des importations de produits pétroliers : la raffinerie de Zinder (SORAZ), seule installation en activité, plafonne à 20 000 barils par jour, loin des besoins nationaux. Cette situation a pesé lourdement sur les Nigériens, notamment lors des tensions sur le Brent au printemps 2026, où le déficit chronique de raffinage local s'est traduit par des pénuries à la pompe.
C'est ce verrou que le gouvernement de transition entend faire sauter avec le projet de Dosso, annoncé en juin 2024 et négocié depuis avec le groupe Zimar. Après un protocole d'accord signé en octobre 2024, le déclassement de 7 877 hectares de la réserve de faune de Dosso pour libérer le terrain, et un ajustement technique en juin 2026 vers une raffinerie classique plutôt que modulaire, la convention finale a été signée le 15 août à la Primature, entre le ministre des Affaires étrangères Bakary Yaou Sangaré et le PDG de Zimar Group, Benjamin Day Marc.
Ce que prévoit concrètement l'accord
D'un coût estimatif de 1,9 milliard de dollars, soit environ 1 077 milliards de FCFA, la convention s'inscrit dans un montage en partenariat public-privé de type BOT (construire, exploiter, transférer). Sangaré a résumé le périmètre de l'accord, qui couvre "la conception, le financement, la construction, l'exploitation et le transfert" d'une raffinerie conventionnelle de 100 000 barils par jour et d'un complexe pétrochimique.
Le contrat court sur 16 ans : trois ans de construction, treize ans d'exploitation par Zimar, avant transfert intégral des installations à l'État nigérien, qui en deviendra pleinement propriétaire. Une fois opérationnelle, Dosso ferait du Niger le pays hôte de la troisième plus grosse raffinerie d'Afrique de l'Ouest, derrière la raffinerie Dangote au Nigeria (700 000 barils/jour) et la raffinerie Sentuo au Ghana (120 000 barils/jour) — une place que le pays n'aurait jamais occupée sans cette décision.
📊 EN CHIFFRES
- 1,9 milliard USD (1 077 milliards FCFA) : coût estimatif du projet
- 100 000 barils/jour visés, contre 20 000 b/j actuellement à Zinder (SORAZ) — soit une capacité multipliée par cinq
- 16 ans de convention : 3 ans de construction, 13 ans d'exploitation, puis transfert intégral à l'État
- 72 millions d'habitants : la taille du marché AES (Niger, Mali, Burkina Faso) que la raffinerie pourrait approvisionner
Un discours de souveraineté porté par le sommet de l'État
Le général Abdourahamane Tiani, président de république, a lui-même présenté le projet comme un instrument régional, destiné à approvisionner non seulement le Niger mais aussi le Mali et le Burkina Faso, soit un marché de plus de 72 millions d'habitants. C'est une pièce du puzzle énergétique que l'AES cherche à assembler depuis des mois pour s'affranchir des circuits d'importation hérités de l'ancien ordre régional.
Dès la signature du protocole d'accord initial, en octobre 2024, le général Salifou Mody, alors Premier ministre par intérim, avait salué un partenariat porteur d'"une industrialisation durable, génératrice d'emplois et d'opportunités pour nos concitoyens". Le PDG de Zimar a de son côté fait valoir que l'entreprise entendait créer des milliers d'emplois directs et indirects pour la jeunesse nigérienne et assurer un transfert de compétences vers la main-d'œuvre locale, un engagement que Niamey devra veiller à faire respecter dans les cahiers des charges à venir.
Cette dynamique s'accompagne d'une vigilance citoyenne assumée, notamment au sein de la diaspora nigérienne du Canada, qui suit le dossier depuis janvier 2026. Le site Nigerdiaspora.net soulignait alors que l'enjeu n'était pas l'opportunité du projet, mais la solidité des garanties techniques et la transparence des engagements financiers — une exigence de rigueur qui s'inscrit dans la même logique de souveraineté que le projet lui-même : le contrôle populaire sur des ressources stratégiques, plutôt que la confiance aveugle envers un partenaire, fût-il choisi par l'État.
L'enjeu régional : faire de l'AES un espace énergétique autonome
Le projet de Dosso s'inscrit dans une stratégie plus large de réduction de la dépendance énergétique de l'espace AES. Depuis le retrait progressif des anciens partenaires occidentaux, le Niger, le Mali et le Burkina Faso cherchent chacun à sécuriser leur approvisionnement en carburant par des voies alternatives : centrale thermique de Kaya au Burkina Faso, diversification vers l'Algérie pour le Jet A1, et maintenant ce projet de raffinerie de grande capacité au Niger. Si Dosso tient ses délais, il deviendrait la première infrastructure de raffinage de cette envergure conçue explicitement pour desservir l'ensemble du marché confédéral.
Pour les populations, l'enjeu est double : des emplois directs et indirects annoncés par milliers, et une réduction attendue de la facture énergétique nationale, aujourd'hui alourdie par l'achat de produits raffinés à l'étranger. Le succès du pari dépendra désormais de la capacité de Zimar à boucler le financement dans les délais contractuels, et de la fermeté de l'État à faire respecter les engagements pris en matière d'emploi local et de transfert de compétences.
Ce qu'il faut surveiller maintenant
La signature du 15 août marque une étape décisive après deux ans de négociations, et confirme la volonté du gouvernement de transition de transformer en infrastructures concrètes son discours de souveraineté énergétique. La prochaine échéance à surveiller : la mobilisation effective du financement, attendue dans les douze mois, et qui déterminera si Dosso devient le symbole industriel de la Refondation ou l'un de ses chantiers en suspens. Nigerinfos suivra ce dossier de près.
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