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Semis, pluies et soudure : où en est la campagne agricole 2026 au Niger ?

Entre semis quasi achevés à Tahoua et retard pluviométrique à Niamey, la campagne agropastorale 2026 démarre en ordre dispersé au Niger. Le gouvernement salue une situation "globalement favorable", mais les projections du Cadre Harmonisé annoncent 2,4 millions de Nigériens en insécurité alimentaire sévère pendant la soudure de juin à août 2026. Entre communiqués optimistes et réalité du terrain, le fossé reste à mesurer.

Semis, pluies et soudure : où en est la campagne agricole 2026 au Niger ?

Une campagne qui avance, mais pas partout au même rythme

L'agriculture pluviale reste le principal moyen de subsistance d'une grande partie de la population nigérienne, et son sort se joue chaque année entre juin et octobre, au rythme de l'hivernage. En 2026, le démarrage a été jugé globalement satisfaisant par les autorités : dès mai, la Direction de la Météorologie Nationale annonçait une saison des pluies "normale à tendance excédentaire" sur la bande agropastorale pour la période juillet-août-septembre. Un pronostic confirmé sur le terrain dans plusieurs régions, alors que le ministre de l'Agriculture et de l'Élevage a multiplié les tournées de suivi début août, avant que le retard pluviométrique observé autour de Niamey ne vienne nuancer ce satisfecit.

Des semis quasi achevés à Tahoua, un décalage à Niamey

À Tahoua, la campagne agricole était pratiquement généralisée dès la deuxième décade de juillet : 1 994 des 2 000 villages agricoles de la région, soit 99,7 %, avaient réalisé leurs semis définitifs de mil. Dosso affichait des performances comparables. Au niveau national, le Réseau des Chambres d'agriculture du Niger (RECA) — la source de référence sur le suivi agrométéorologique du pays — évaluait début août le taux de couverture des semis de mil à environ 94 %, contre près de 99 % à la même période l'an dernier. Ce chiffre, plus récent et plus complet que l'estimation de 67 % avancée à la mi-juin par le réseau FEWS NET pour les seules zones affectées par les conflits, donne une image plus fidèle de l'avancement réel de la campagne à l'échelle nationale. Le léger retard qu'il documente s'explique par une baisse notable des cumuls pluviométriques en ce début du mois d'août, en particulier autour de Niamey, où la Direction régionale de la météorologie avait enregistré entre 210 et 240 mm de pluie l'an passé à la même date grâce à une installation précoce de la saison. Lors de sa mission dans les régions de Dosso et Maradi les 7 et 9 août, le ministre de l'Agriculture et de l'Élevage, le colonel Mahaman Elhadji Ousmane, s'est déclaré globalement satisfait, tout en reconnaissant des retards persistants dans certaines localités, notamment à Aguié, dans la région de Maradi.

Entre satisfaction officielle et prudence des cultivateurs

Sur le terrain, l'optimisme se conjugue avec la prudence. "Cette année, nous avons bien démarré la campagne malgré un léger retard pluviométrique", résume Mahamadou Ado, cultivateur à Gonzaré, à la sortie est de Niamey, qui observe des cultures se développant normalement malgré ce décalage. Un constat que partagent les responsables agricoles régionaux à Tahoua et Dosso, qui rappellent toutefois que les performances de la campagne dépendront de la poursuite des précipitations jusqu'à la fin septembre, voire début octobre, période décisive pour le remplissage des épis et la maturation des cultures.

Le Conseil des ministres nigérien, de son côté, a qualifié début juillet la situation agropastorale de "globalement favorable", soulignant que l'État et ses partenaires avaient mis à disposition des producteurs des intrants composés de semences, d'engrais, de pesticides, de biopesticides, de fongicides et d'aliments pour bétail. Ce satisfecit officiel, s'il reflète une réalité mesurée sur les grands axes de production, laisse cependant de côté une partie de la population rurale : les zones affectées par l'insécurité civile, où l'accès aux champs reste limité et où les données de terrain sont plus difficiles à collecter.

Ce que la soudure 2026 pourrait signifier pour la sécurité alimentaire

Les projections du Cadre Harmonisé, l'outil régional de référence utilisé par dix-sept pays d'Afrique de l'Ouest, dessinent un tableau plus préoccupant que les communiqués sur les semis ne le laissent penser. Pour la période de soudure de juin à août 2026, 2 420 879 personnes, soit 8,6 % de la population nigérienne, sont projetées en insécurité alimentaire sévère, contre environ 2,2 millions un an plus tôt. Les régions de Tillabéri et de Diffa, les plus touchées par l'insécurité civile, concentrent les proportions les plus élevées de population en difficulté, avec respectivement 21,5 % et 20,2 % de leurs habitants concernés. Près de 1,6 million d'enfants de 6 à 59 mois seraient par ailleurs à risque de malnutrition en 2026, selon les mêmes analyses.

Le volet pastoral n'échappe pas à cette fragilité régionale. Selon le bulletin de suivi agropastoral du Centre climatique régional AGRHYMET, la soudure pastorale s'est prolongée du fait d'une installation contrastée de la saison des pluies : les pâturages restent limités et l'état corporel du bétail s'est dégradé dans plusieurs zones du Sahel, dont le Niger. À l'échelle de l'Afrique de l'Ouest et du Sahel, la FAO alerte sur près de 52,8 millions de personnes potentiellement exposées à l'insécurité alimentaire aiguë durant cette même période de soudure, un chiffre qui replace la situation nigérienne dans une dynamique régionale partagée par l'ensemble des pays de l'AES et leurs voisins.

C'est dans cet écart, entre des semis globalement encourageants sur les grandes zones de production et une insécurité alimentaire qui continue de frapper durement les régions déjà fragilisées par les conflits, que se joue le vrai bilan de la campagne 2026. Les prochaines semaines de pluie, décisives pour la maturation des cultures, diront si le Niger confirme la trajectoire favorable annoncée par les autorités, ou si la soudure à venir aggrave encore la situation des zones les plus vulnérables.

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