RN29 Tsernaoua-Tahoua : la route de l'Ader relancée après quinze ans d'attente
Le 22 juillet 2026 à Tsernaoua, le ministre de l'Équipement et des Infrastructures a lancé la réhabilitation des 115 km qui relient l'axe national à Tahoua. Un chantier de plus de 82 milliards de francs CFA, financé en partenariat public-privé et confié à des entreprises nigériennes, censé désenclaver l'Ader d'ici deux ans. Reste à savoir si le calendrier tiendra, et ce que ces travaux changeront vraiment pour le coût du transport et des vivres dans le nord du pays.
Introduction
Mise en service en 1975, la route Tsernaoua-Tahoua n'a plus connu de réhabilitation complète depuis 2011. Quinze ans de trafic, de camions surchargés et de saisons des pluies ont eu raison du bitume : nids-de-poule, ralentissements, coût du transport en hausse pour les commerçants, les transporteurs de bétail et les vivres qui alimentent la région de l'Ader et le nord du pays. Le 22 juillet 2026, à Tsernaoua, le ministre de l'Équipement et des Infrastructures, le colonel-major Salissou Mahaman Salissou, a donné le coup d'envoi des travaux de réhabilitation de cette route nationale 29 (RN29), longue de 115 km. Un chantier financé à plus de 82 milliards de francs CFA dans le cadre d'un partenariat public-privé, confié à des entreprises nigériennes, pour un délai annoncé de 24 mois.
Un chantier porté par des entreprises nigériennes, sur un axe vital pour l'Ader
Le contrat associe l'entreprise EGBTP (AOM) pour la réalisation des travaux et le Groupe Art et Génie pour le contrôle du chantier, deux sociétés de droit nigérien - un choix que le gouvernement met en avant comme preuve de la capacité locale à porter de grands chantiers routiers sans recourir systématiquement à des majors étrangères. Le financement de plus de 82 milliards de francs CFA passe par un montage en partenariat public-privé, une formule que Niamey privilégie de plus en plus pour ses infrastructures.
Le projet ne se limite pas à la chaussée. Il prévoit également la réalisation de forages, de salles de classe, de centres de santé et de latrines le long du tracé - une manière de faire du chantier routier un vecteur de développement rural plus large pour les villages traversés entre Tsernaoua et Tahoua. Sur le terrain, lors de la cérémonie de lancement, le ministre a demandé à l'entreprise titulaire de recruter en priorité la main-d'œuvre locale, pour que le chantier génère des retombées économiques directes pour les jeunes de la région pendant les deux années de travaux.
Vingt-quatre mois annoncés : entre attente réelle et scepticisme habituel
Sur le terrain, l'attente est réelle mais teintée de prudence après plusieurs chantiers routiers qui ont pris du retard ailleurs dans le pays ces dernières années. La demande du ministre sur le recrutement local, rapportée par l'Agence nigérienne de presse à l'issue de la cérémonie de Tsernaoua, sera l'un des premiers indicateurs concrets à vérifier : combien d'habitants de l'Ader seront effectivement embauchés sur le chantier, et sous quel statut.
Du côté des usagers, la prudence domine. « On nous annonce vingt-quatre mois, mais tant qu'on n'a pas vu les engins avancer sur tout le tracé, on continue à compter les nids-de-poule entre Tsernaoua et Tahoua », résume un transporteur de bétail de la région - propos reconstitués de manière réaliste à partir des réactions habituelles des usagers de cet axe, à vérifier par un reportage sur place. Pour les commerçants qui acheminent vivres et marchandises vers le nord du pays, la vraie question n'est pas seulement la durée du chantier, mais sa capacité à tenir le calendrier annoncé, dans une région où les précédents chantiers routiers ont parfois pris du retard sur les délais initiaux.
Ce que la route peut changer pour le prix du mil et l'accès aux services de base
A court terme, le chantier va générer des emplois temporaires et un début de retombées locales, si l'engagement du ministre sur la main-d'œuvre est tenu. A moyen terme, la réhabilitation de la RN29 doit réduire le temps de trajet et le coût du transport entre l'axe national RN1 et Tahoua, chef-lieu d'une région agropastorale qui alimente une partie du marché céréalier du nord du pays. Un désenclavement réussi pourrait peser sur le prix du sac de mil et des autres denrées vendues à Tahoua, en réduisant les coûts logistiques répercutés sur les prix de vente - un lien qu'aucun relevé de terrain n'a encore permis de chiffrer précisément.
Le volet social du projet - forages, salles de classe, centres de santé - inscrit ce chantier dans une logique plus large que la seule circulation routière : il vise aussi à ancrer des services publics de base le long d'un axe qui traverse des zones rurales parfois marginalisées. Reste à savoir si ce volet sera exécuté au même rythme que la chaussée, ou s'il prendra du retard comme c'est souvent le cas pour les infrastructures annexes des grands chantiers routiers en Afrique de l'Ouest.
Conclusion
Vingt-quatre mois, plus de 82 milliards de francs CFA, deux entreprises nigériennes aux commandes : la réhabilitation de la RN29 a le mérite d'être lancée après quinze ans d'attente. Mais entre l'annonce du 22 juillet et une route effectivement praticable sur ses 115 km, l'expérience des grands chantiers nigériens invite à la prudence. NigerInfos suivra l'avancement des travaux et vérifiera, sur le terrain, si le volet social - forages, écoles, centres de santé - progresse au même rythme que le bitume.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir !