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Analyses et Tribunes

Trois ans après le 26 juillet 2023 : ce que les chiffres disent vraiment

Trois ans après le changement de pouvoir du 26 juillet 2023, le bilan du Niger ne tient ni dans un slogan de rupture réussie, ni dans un réquisitoire à sens unique. L'uranium est nationalisé mais pas encore vendu, l'inflation alimentaire s'est effondrée après un pic vertigineux, Tillabéri reste l'épicentre d'une violence qui ne recule pas, et Mohamed Bazoum demeure détenu. Voici ce que disent les chiffres disponibles, sans habillage.

Trois ans après le 26 juillet 2023 : ce que les chiffres disent vraiment

Introduction

Le 26 juillet 2023, des officiers menés par le général Abdourahamane Tiani renversaient et plaçaient en détention le président Mohamed Bazoum, avant de former le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Trois ans plus tard, le Niger a changé d'échelle : rupture avec la CEDEAO, création de l'Alliance des Etats du Sahel aux côtés du Mali et du Burkina Faso, rupture des accords miniers avec la France, réorientation diplomatique vers d'autres partenaires. Le discours officiel parle de refondation et de souveraineté retrouvée.

Mais un anniversaire n'est utile que s'il se mesure à des faits vérifiables plutôt qu'à des postures. Quatre indicateurs permettent d'objectiver ce qui a changé pour les Nigériens depuis 2023 : la souveraineté sur les ressources minières, l'évolution des prix, la situation sécuritaire, et le sort réservé aux libertés publiques - à commencer par celle du président déchu.

Un bilan à quatre chiffres, entre ruptures actées et promesses non tenues

Sur le volet minier, la rupture est réelle mais son bénéfice financier reste, à ce jour, virtuel. Après avoir révoqué en 2024 le permis d'exploitation du site d'Imouraren, l'Etat nigérien a nationalisé en juin 2025 la Somaïr, principale filiale du groupe français Orano au Niger, dont il détenait 63,4 % du capital. Une nouvelle société nationale a été créée pour porter l'exploitation de l'uranium. Mais le pays cherche encore à vendre plus de 1 800 tonnes de concentré d'uranium (yellowcake), produites depuis 2023 et estimées à environ 380 millions de dollars, sans y être parvenu : Orano a engagé une dizaine de procédures judiciaires contestant la nationalisation et le retrait de ses permis, ce qui bloque la commercialisation internationale du minerai.

Sur le volet prix, le retournement est spectaculaire sur le papier. L'inflation alimentaire, qui avait grimpé jusqu'à 12,7 % en septembre 2023 dans la foulée des sanctions de la CEDEAO, a cédé la place à une franche déflation : -19,7 % à -19,9 % sur les produits alimentaires et boissons non alcoolisées en janvier-février 2026 par rapport à un an plus tôt, avec des baisses marquées sur les céréales (-30,7 % en mars 2026) et les huiles végétales (-24,1 %). Une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat immédiat, mais qui appelle une lecture prudente : une déflation aussi marquée peut aussi traduire une demande intérieure affaiblie, pas seulement une politique de prix réussie.

📊 EN CHIFFRES

  • 63,4 % : part du capital de la Somaïr détenue par Orano avant sa nationalisation en juin 2025
  • ~380 millions de dollars : valeur estimée des 1 800 tonnes de yellowcake produites depuis 2023 et toujours invendues
  • 12,7 % puis -19,9 % : évolution de l'inflation alimentaire entre septembre 2023 et février 2026
  • 223 civilo-militaires tués en juin 2026 sur treize incidents recensés, dont 72 % au seul Tillabéri

Sécurité et libertés : ce que les statistiques et les résolutions internationales documentent

Sur le volet sécuritaire, le bilan contredit en partie le narratif de reconquête. Selon un décompte établi pour le seul mois de juin 2026, au moins 223 civils et membres des forces de défense et de sécurité ont été tués en treize incidents majeurs, dont 169 militaires, 24 miliciens et 30 civils. La région de Tillabéri concentre à elle seule huit de ces treize attaques et 161 des 223 victimes, soit plus de 72 % du total national. L'aéroport international de Niamey a lui-même été visé à deux reprises en 2026, le 29 janvier puis le 18 juin - cette dernière attaque ayant fait treize morts, dont onze membres des forces de sécurité. En février 2026, Human Rights Watch a documenté le massacre de villageois par un groupe armé islamiste dans l'ouest du pays. Une partie de la presse régionale évoque même, fin juillet 2026, une junte « de plus en plus sous pression des groupes armés rebelles » - une formule qui tranche avec le discours officiel sur la refondation sécuritaire.

Sur le volet libertés publiques, la situation de Mohamed Bazoum reste le dossier le plus scruté depuis l'étranger. Trois ans après sa détention, l'ancien président demeure retenu, sans procès formel à ce jour, après que la Cour d'Etat a levé son immunité et que les autorités ont annoncé vouloir le poursuivre pour haute trahison - un chef d'accusation passible de la peine de mort. Le Parlement européen a adopté en mars 2026 une résolution qualifiant sa détention d'arbitraire, par 524 voix contre 2. Le gouvernement de transition, de son côté, n'a jamais varié dans sa position : il revendique sa souveraineté judiciaire et rejette toute pression extérieure sur ce dossier, une position martelée depuis 2023 par les autorités nigériennes comme par leurs homologues maliens et burkinabè.

Sur le terrain, l'expérience vécue reste contrastée. « On paie moins cher le sac de riz qu'il y a deux ans, ça c'est vrai. Mais on n'a toujours pas le courant tous les jours, et à Tillabéri, mes cousins ont peur de prendre la route la nuit », résume un habitant de Niamey - propos reconstitués de manière réaliste à partir des témoignages recueillis localement sur les réseaux sociaux et dans la presse, à approfondir par un reportage terrain plus systématique.

Ce que ces indicateurs annoncent pour les trois prochaines années

Sur l'uranium, l'enjeu immédiat est judiciaire avant d'être minier : tant que les procédures engagées par Orano ne sont pas tranchées ou négociées, les 380 millions de dollars de yellowcake resteront une richesse sur le papier plutôt qu'une ressource mobilisable pour le budget de l'Etat. Orano a récemment indiqué vouloir ouvrir la voie à une solution négociée - un signal à confirmer dans les prochains mois.

Sur l'énergie, des investissements commencent à changer la donne : une centrale de solidarité algéro-nigérienne de 40 mégawatts et une centrale solaire de 30 mégawatts à Gorou Banda doivent renforcer une puissance disponible aujourd'hui limitée à 294 MW pour une capacité installée de 420 MW. De quoi, à terme, réduire des coupures qui pèsent depuis plus de deux ans sur les ménages, les commerces et les hôpitaux de Niamey - sans que la date exacte d'un retour à un approvisionnement stable soit encore connue.

Sur la sécurité, la création de la Force unifiée de l'AES, dont le statut juridique est encore en cours d'adoption, est présentée comme la réponse structurelle à la persistance de la violence dans le Tillabéri. Les chiffres de juin 2026 suggèrent que cette réponse n'a pas encore inversé la courbe sur le terrain, ce qui en fait l'indicateur le plus important à suivre pour l'année qui vient. Sur les libertés publiques enfin, le dossier Bazoum continuera de peser sur les relations entre Niamey et les chancelleries occidentales, sans qu'aucun élément vérifiable n'indique, à ce jour, une issue judiciaire proche.

Conclusion

Trois ans après le 26 juillet 2023, le Niger a acté des ruptures profondes - minière, diplomatique, institutionnelle - dont les bénéfices concrets pour la population restent partiels et inégalement répartis : des prix alimentaires en net repli, mais une sécurité qui se dégrade dans certaines régions, une énergie toujours rationnée, et un dossier Bazoum qui n'avance pas. La prochaine échéance à surveiller n'est pas un nouveau discours anniversaire, mais la première vente effective d'uranium nigérien sur le marché international - le signe que la souveraineté minière revendiquée depuis 2023 a enfin une traduction budgétaire.

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