Burkina Faso : Kaya inaugure sa centrale thermique de 25 MW, la 4e de l'année
Vingt-cinq mégawatts, quinze milliards de FCFA, et un discours de souveraineté assumé : le Burkina Faso a mis en service mardi une nouvelle centrale thermique à Kaya, la quatrième de l'année après Koudougou, Bobo-Dioulasso et Pabré. Le gouvernement y voit un pas de plus vers l'autonomie énergétique. Mais avec un taux d'électrification national qui plafonne autour de 34 % et des centrales qui tournent toujours au combustible importé, la marche vers la vraie souveraineté reste longue.
Une quatrième centrale en 2026, dans une région marquée par l'insécurité
La ville de Kaya, chef-lieu de la région des Koulsé, dans le centre-nord du Burkina Faso, dispose depuis mardi 11 août 2026 d'une centrale thermique de 25 mégawatts, inaugurée par le ministre de l'Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba. L'infrastructure, dotée de 28 moteurs d'une puissance unitaire de 1 000 kWm, a coûté environ 15 milliards de FCFA. C'est la première capacité de production installée à Kaya depuis la fermeture, en 2006, d'une ancienne centrale de 2,5 MW datant de 1983 — vingt ans d'attente pour une ville qui, comme une bonne partie de la région des Koulsé, reste marquée par les conséquences de l'insécurité qui frappe le centre-nord du pays depuis plusieurs années.
Kaya est la quatrième centrale thermique mise en service au Burkina Faso en 2026, après celles de Koudougou, Bobo-Dioulasso et Pabré, portant à plus de 126 MW l'ensemble des nouvelles capacités nationales ajoutées cette année. Le ministre a annoncé la construction prochaine de trois centrales supplémentaires — à Komsilga (50 MW), Donsin (27 MW) et Zagtouli (17 MW) — pour un coût total, toutes infrastructures confondues, avoisinant les 200 milliards de FCFA.
"Le Burkina Faso refuse la fatalité"
Lors de l'inauguration, Yacouba Zabré Gouba a inscrit cette réalisation dans le récit plus large de la souveraineté portée par le gouvernement de transition. "Il n'y a pas d'industrialisation durable sans énergie disponible", a-t-il affirmé, ajoutant que "le Burkina Faso refuse la fatalité" et entend "produire davantage et dépendre moins". La présidente de la délégation spéciale communale de Kaya, Solange Kima/Guigma, a salué une réalisation qui doit permettre de "booster les activités génératrices de revenus" des populations locales, longtemps privées d'une alimentation électrique stable dans cette région affectée par les attaques armées.
L'électricité produite à Kaya n'est pas réservée à la seule commune : raccordée au réseau national interconnecté, elle doit contribuer à sécuriser l'approvisionnement de l'ensemble de la région des Koulsé et au-delà, en réduisant les interruptions de fourniture qui pèsent sur les activités industrielles et commerciales locales.
Une souveraineté encore partielle, entre importations et fractures territoriales
Le discours de "souveraineté énergétique" mérite toutefois d'être mesuré à l'aune de la réalité du secteur. Selon les données les plus récentes du ministère de l'Énergie, le taux d'électrification national du Burkina Faso reste estimé à environ 34,2 %, et le pays continue de dépendre des importations d'énergie en provenance des pays côtiers d'Afrique de l'Ouest. Or les centrales thermiques comme celle de Kaya fonctionnent principalement au combustible fossile importé, ce qui limite, dans les faits, l'indépendance énergétique réellement acquise : produire plus d'électricité localement ne dispense pas d'importer le carburant nécessaire pour la produire.
La fracture territoriale reste également marquée. Selon les chiffres cités par le ministre lui-même lors du lancement de la Stratégie nationale de l'électrification rurale, le taux d'électrification urbain atteignait 86,96 % en 2022, contre seulement 5,49 % en milieu rural. Cette stratégie, élaborée avec l'appui du PNUD et du Fonds pour l'environnement mondial, vise à porter l'accès à l'électricité rurale à 50 % d'ici 2028 — un objectif qui donne la mesure du chemin restant à parcourir, bien au-delà des seules centrales urbaines et périurbaines mises en avant dans les inaugurations.
Sur le plan régional, cette dynamique burkinabè de multiplication des centrales thermiques s'inscrit dans une tendance plus large observée chez les partenaires de l'AES, où chaque pays cherche à renforcer sa propre capacité de production plutôt qu'à miser sur une intégration énergétique confédérale encore embryonnaire. Le contraste entre les prix du carburant très différents pratiqués au Niger, au Burkina Faso et au Mali, documenté par ailleurs, illustre cette même logique de souveraineté nationale poursuivie séparément par chaque État membre.
À Kaya, la nouvelle centrale représente un progrès tangible et immédiat pour les populations locales, confrontées depuis des années à une alimentation électrique défaillante. Mais elle ne referme pas, à elle seule, l'écart entre l'ambition affichée d'une souveraineté énergétique nationale et une réalité encore marquée par la dépendance aux importations de combustible et par un déséquilibre profond entre villes et campagnes. La prochaine étape à surveiller sera la mise en service des centrales annoncées à Komsilga, Donsin et Zagtouli, et la capacité du gouvernement à tenir le calendrier de ce programme évalué à 200 milliards de FCFA.
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