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Burkina Faso

Burkina Faso : le gasoil passe à 750 FCFA après quatre ans de stabilité

Le litre de gasoil coûte désormais 75 FCFA de plus au Burkina Faso, à 750 FCFA depuis ce lundi. Une première hausse en quatre ans, justifiée par Ouagadougou par la flambée des cours mondiaux et une facture de subventions qui menace d'exploser. Le gouvernement promet qu'elle ne se répercutera pas sur les prix des autres produits.

Burkina Faso : le gasoil passe à 750 FCFA après quatre ans de stabilité

Le prix restait figé depuis quatre ans. Depuis dimanche soir 9 août, ce n'est plus le cas : le gouvernement burkinabè a annoncé, par la voix d'Abdou-Salam Gampéné, secrétaire général de la Primature et président du Comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures, le relèvement du litre de gasoil de 675 à 750 FCFA, effectif dès ce lundi 10 août. C'est la première révision depuis août 2022, dans un contexte international tendu par la crise du détroit d'Ormuz et la flambée des cours du brut qui en découle. Selon les autorités, sans l'intervention de l'État, le litre coûterait aujourd'hui environ 1 050 FCFA. Les subventions accordées au gasoil ont déjà atteint 60 milliards de FCFA au premier semestre 2026, et pourraient dépasser 135 milliards sur l'année si rien n'avait changé, un montant que le gouvernement burkinabè juge de moins en moins soutenable pour les finances publiques et pour la Société nationale burkinabè d'hydrocarbures (Sonabhy).

Une facture qui grossit plus vite que les recettes de l'État

Trois facteurs sont avancés pour justifier la décision. D'abord, la hausse des cours mondiaux du pétrole brut, amplifiée par les tensions autour du détroit d'Ormuz depuis le début de l'année, et l'appréciation du dollar face au franc CFA. Ensuite, l'augmentation des coûts de fret maritime et terrestre. Enfin, un phénomène de surconsommation transfrontalière : « La quasi-totalité des pays de la sous-région ont des prix supérieurs à 675 », a expliqué Abdou-Salam Gampéné sur la télévision publique burkinabè (RTB). Résultat, selon lui : des transporteurs étrangers viennent faire le plein au Burkina Faso, parfois avec des réserves supplémentaires, pour repartir vers des pays où le gasoil coûte plus cher. La consommation nationale a dépassé 365 millions de litres au premier semestre 2026 et pourrait atteindre 730 millions d'ici la fin de l'année, contre une moyenne annuelle habituelle d'environ 500 millions de litres. L'écart, estimé à 230 millions de litres, représenterait environ 70 milliards de FCFA de consommation non strictement nationale, financée indirectement par le budget burkinabè via la subvention. Le prix de l'essence Super 91, lui, reste inchangé à 850 FCFA, de même que celui du gaz butane, toujours subventionné.

Le gouvernement promet l'absence d'effet domino, la vigilance reste de mise

Le lendemain de l'annonce, le ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat, Serge Gnaniodem Poda, est monté au créneau pour rassurer. Face à la presse à Ouagadougou, il a rappelé que les hydrocarbures sont importées à 100 % et que le gouvernement s'était jusqu'ici efforcé de ne pas répercuter les tensions internationales sur les prix à la pompe. Il a souligné qu'« en dehors du Niger et du Nigeria, tous les autres pays frontaliers ont augmenté le prix des hydrocarbures », plaçant le Burkina Faso parmi les derniers de la sous-région à ajuster ses tarifs. Le ministre a par ailleurs mis en garde tout commerçant tenté de répercuter unilatéralement cette hausse sur d'autres produits, brandissant la menace du code de contrôle des prix.

Ces assurances officielles restent, à ce stade, à l'épreuve du terrain. Aucune réaction documentée des transporteurs, des syndicats de conducteurs ou des consommateurs burkinabè n'était disponible au moment de la rédaction, l'annonce datant de moins de 48 heures. Or l'expérience régionale invite à la prudence : au Mali, une hausse comparable en mars 2026 avait été suivie, dans les mois suivants, de tensions sur les prix du transport et de certains produits de première nécessité, malgré des mises en garde similaires des autorités maliennes. Pour Ouagadougou, l'enjeu dépasse la seule pompe à essence : préserver la viabilité financière de la Sonabhy, l'opérateur public chargé de l'importation et de la distribution des hydrocarbures, tout en évitant que la hausse ne vienne alourdir le coût du transport, déjà central dans le budget des ménages et des petits commerçants burkinabè.

Un écart de prix qui interroge la solidarité énergétique de l'AES

Cette hausse creuse un peu plus l'écart de prix entre les trois pays de l'AES. Le litre de gasoil reste à 618 FCFA au Niger, pays producteur et raffineur depuis 2011, contre désormais 750 FCFA au Burkina Faso et 940 FCFA au Mali, où une hausse de 29 % avait déjà frappé les consommateurs en mars. En 2024, au moment où Niamey avait lui-même baissé ses prix à la pompe, certains observateurs avaient formulé le vœu qu'une solidarité énergétique concrète se mette en place au sein de l'AES, pour que l'avantage pétrolier nigérien profite aussi à ses partenaires confédérés. Deux ans plus tard, rien n'indique qu'un tel mécanisme soit à l'étude entre Niamey, Ouagadougou et Bamako.

Pour l'instant, chaque État de la confédération gère sa politique des prix de façon largement autonome, en fonction de ses propres contraintes budgétaires et de sa dépendance ou non aux importations. Une situation qui n'enlève rien à la cohérence politique et sécuritaire de l'alliance, mais qui rappelle que l'intégration économique reste, sur ce dossier précis, un chantier encore ouvert.

Ce qu'il faut retenir

Le Burkina Faso rejoint ainsi la quasi-totalité de ses voisins ouest-africains dans l'ajustement de ses prix à la pompe, après quatre ans de stabilité rendue possible par la subvention publique. Reste à savoir si la promesse d'absence d'effet domino tiendra face à la réalité du terrain, et si cette hausse relancera, à terme, le débat sur une véritable coordination énergétique entre les trois pays de l'AES. Les prochaines semaines, notamment la réaction des transporteurs et des marchés, en diront davantage.

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