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Burkina Faso

Burkina-Ghana : un accord de défense qui confirme le réchauffement diplomatique avec Accra

Le Burkina Faso et le Ghana ont signé mardi un accord de coopération de défense centré sur la sécurisation des corridors commerciaux transfrontaliers. Un geste qui confirme le virage diplomatique engagé par le président ghanéen John Mahama depuis son arrivée au pouvoir, à rebours de la ligne dure adoptée par son prédécesseur envers l'AES.

Burkina-Ghana : un accord de défense qui confirme le réchauffement diplomatique avec Accra

Un accord centré sur la sécurisation des corridors commerciaux

Le ministère de la Défense du Ghana a annoncé la signature, mardi 11 août 2026, d'un accord de coopération de défense avec le ministère de la Guerre et de la Défense patriotique du Burkina Faso. Le document a été paraphé par le ministre de la Défense par intérim du Ghana, Cassiel Ato Baah Forson, et son homologue burkinabè, le général de division Célestin Simporé. Selon le communiqué ghanéen, l'accord vise à "assurer la sécurité et l'escorte le long de corridors commerciaux transfrontaliers vitaux", dans un objectif de préservation de la stabilité économique et de renforcement des liens bilatéraux de défense entre les deux pays.

Cette signature s'inscrit dans la continuité de la 13ème session de la Grande Commission mixte Burkina-Ghana, tenue en février 2026, à l'issue de laquelle sept accords avaient déjà été signés entre les deux pays. Les corridors commerciaux entre le Burkina Faso, enclavé, et le Ghana, qui dispose d'un accès à la mer, représentent un enjeu économique majeur pour Ouagadougou, particulièrement dans un contexte où l'insécurité liée aux groupes armés continue de menacer les axes logistiques du centre-nord et de l'est burkinabè.

D'une relation tendue à un partenariat assumé

Cet accord confirme un renversement diplomatique amorcé depuis l'arrivée au pouvoir de John Dramani Mahama en janvier 2025. Sous la présidence de son prédécesseur Nana Akufo-Addo, les relations entre Accra et Ouagadougou s'étaient nettement dégradées, notamment autour d'accusations ghanéennes visant le recours par le Burkina Faso à des mercenaires du groupe Wagner. Le Ghana avait alors soutenu les tentatives d'isolement des juntes sahéliennes menées par la CEDEAO, jusqu'à évoquer la menace d'une intervention militaire — une approche qui, de l'aveu même d'analystes régionaux, s'est révélée un échec.

Dès son investiture, à laquelle le capitaine Ibrahim Traoré avait assisté, pistolet à la ceinture, Mahama a pris le contre-pied de cette ligne. Il a multiplié les tournées dans les pays de l'AES dès mars 2025, nommé un envoyé spécial auprès de l'Alliance en la personne de Larry Gbevlo-Lartey, ancien chef des services de sécurité nationale ghanéens, et affiché sa volonté de "fluidifier la libre circulation des biens et des personnes" avec le Burkina Faso, allant jusqu'à mettre les installations portuaires ghanéennes "à la disposition du Mali". Une rencontre entre Gbevlo-Lartey et le ministre burkinabè de l'Administration territoriale, Émile Zerbo, tenue à Accra le 30 mars 2026, avait déjà illustré ce lent réchauffement entre l'AES et la CEDEAO, sans pour autant déboucher sur une réintégration des trois pays sahéliens au sein de l'organisation régionale, à laquelle ils ont définitivement mis fin leur adhésion.

Une diplomatie à géométrie variable pour l'AES

Cet accord de défense s'inscrit dans un contexte régional où l'AES pratique une diplomatie clairement différenciée selon ses interlocuteurs. Il intervient à peine quelques jours après que les trois pays de la Confédération ont exprimé, le 7 août, leur "profond regret" face à des propos du président nigérian Bola Tinubu, qui avait attribué la recrudescence des enlèvements et attaques terroristes au Nigeria à un "effondrement" de la sécurité chez ses voisins sahéliens. Le ministre burkinabè des Affaires étrangères avait jugé cette analyse "rapide" et "simpliste". Le contraste est net avec la relation construite avec Accra : là où Abuja se voit reprocher un discours jugé irrespectueux des sacrifices militaires consentis par les FDS sahéliennes, le Ghana obtient un accord de coopération concret sur la sécurisation des échanges commerciaux.

Cette approche à géométrie variable illustre la stratégie diplomatique de l'AES depuis sa rupture avec la France et son retrait de la CEDEAO : privilégier les partenariats bilatéraux jugés pragmatiques et respectueux, tout en réagissant fermement à ce qui est perçu comme des ingérences ou des jugements condescendants sur la gestion de la crise sécuritaire sahélienne. Pour le Ghana, dont le nord subit déjà les effets de débordement de la crise sécuritaire burkinabè, cet accord répond aussi à un intérêt direct : sécuriser sa propre frontière face à une menace jihadiste qui a démontré sa capacité à utiliser le territoire ghanéen comme zone de transit.

Reste à observer si cet accord de défense, encore limité dans son contenu rendu public à la sécurisation des corridors commerciaux, ouvrira la voie à une coopération sécuritaire plus large entre les deux pays, dans un contexte où la menace terroriste continue de déborder les frontières sahéliennes vers les États côtiers.

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