Le Niger crée la Société Nigérienne de Transport par Rails (SNTR)
Le Conseil des ministres a adopté, jeudi 29 octobre 2026, le décret portant création de la Société Nigérienne de Transport par Rails. Cette société d'économie mixte devra gérer le trafic ferroviaire et porter la stratégie ferroviaire de la Confédération des États du Sahel.
Le Niger se dote d'une compagnie de chemin de fer. Réuni jeudi 29 octobre 2026 sous la présidence du général d'armée Abdourahamane Tiani, le Conseil des ministres a adopté le décret créant la Société Nigérienne de Transport par Rails, en abrégé SNTR. Le texte, porté par le ministère des Transports et de l'Aviation civile, ne tombe pas du ciel. Il s'ancre dans la Stratégie de Développement du Secteur des transports ferroviaires, pensée à l'échelle de la Confédération des États du Sahel.
Une société d'économie mixte, à cheval entre l'État et le privé
La SNTR ne sera pas une administration de plus. Le gouvernement a choisi la forme de la société d'économie mixte, un montage qui associe capitaux publics et privés. Le communiqué du conseil des ministres renvoie aux textes qui encadrent ce type de structure : l'Acte uniforme révisé de l'OHADA sur le droit des sociétés commerciales et des groupements d'intérêt économique, ainsi que le décret n° 2021-925/PRN/MF du 1er novembre 2021 relatif à la création, à la tutelle et au contrôle des entreprises publiques.
Ce choix n'a rien d'anecdotique. En ouvrant le capital de la future société, l'État cherche à mobiliser des financements et des compétences que le budget national ne peut pas, seul, assumer. Le rail coûte cher. Le poser à plusieurs mains, c'est une manière d'en répartir le risque.
La lettre du décret est claire sur l'intention. « La création de la Société Nigérienne de Transport par Rails entre dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie de Développement du Secteur des transports ferroviaires dans l'espace de la Confédération des États du Sahel », peut-on lire dans le document.
Une mission précise, un chantier qui part de loin
Le rôle confié à la SNTR tient en une phrase : « assurer la gestion du trafic ferroviaire en conformité avec les normes de sécurité et de sûreté ferroviaires, tout en fournissant un service de transport ferroviaire fiable, sûr et durable ». Derrière cette formulation administrative, il y a un fait brutal : le Niger ne dispose aujourd'hui d'aucune ligne ferroviaire en activité.
Le pays a bien hérité d'un tronçon, la ligne qui reliait Niamey au port de Cotonou à travers le Bénin. Mais ce corridor, hérité de l'époque coloniale, est à l'arrêt depuis des années. Le désenclavement du Niger repose donc encore massivement sur la route, un mode coûteux et éprouvant pour un pays aussi vaste, enclavé entre sept frontières.
Créer une société de transport par rails, c'est d'abord poser l'institution avant les rails. La SNTR devra exister, recruter, se structurer, pendant que les études et les financements des futures lignes avancent en parallèle.
Le rail, maillon fort d'une souveraineté logistique en construction
La création de la SNTR s'inscrit dans un mouvement plus large. Le même conseil des ministres du 29 octobre a adopté un projet d'ordonnance qui transfère la tutelle technique de la Société Niger-Transit (NITRA) au ministère des Finances, et qui abroge les dispositions transitoires liées à sa nationalisation, décidée en janvier 2026. L'État resserre sa main sur les maillons clés du commerce : le transit d'un côté, le rail de l'autre.
À cela s'ajoutent les études déjà lancées pour l'autoroute Bamako-Ouagadougou-Niamey, dont la section Niamey-Téra-frontière du Burkina Faso vient d'être confiée à des bureaux d'études. Rail, route, transit : le Niger bâtit, pièce après pièce, l'ossature logistique d'un espace sahélien qui veut se connecter sans dépendre des seuls corridors côtiers.
Reste la question du temps. Une société d'économie mixte se crée par décret. Une ligne de chemin de fer, elle, se finance sur des années et se construit sur des décennies. La SNTR est un point de départ. Sa réussite se mesurera moins à la solennité de son acte de naissance qu'à sa capacité à poser, un jour, le premier rail.
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