Nigeria : la justice invalide la candidature d'Atiku Abubakar à la présidentielle
À deux mois du scrutin du 16 janvier 2027, la Haute Cour fédérale d'Abuja a annulé jeudi la nomination d'Atiku Abubakar comme candidat à la présidentielle sous les couleurs de l'ADC. Le parti dénonce une manœuvre politique et promet d'aller en appel.
Une candidature annulée à deux mois du scrutin
Jeudi 5 novembre, la Haute Cour fédérale d'Abuja a infligé un revers majeur à l'opposition nigériane. Le juge Peter Lifu a annulé la nomination d'Atiku Abubakar comme candidat à la présidentielle du 16 janvier 2027 sous les couleurs du Congrès démocratique africain (ADC). Il a dans le même temps invalidé la direction du parti, installée sous l'égide de l'ancien président du Sénat David Mark, ainsi que l'ensemble des décisions prises depuis la réunion du Comité exécutif national du 27 juillet 2025.
La décision répond à une action introduite par Nafiu Bala Gombe, ancien vice-président national de l'ADC pour la zone Nord-Est. Son argument central : les responsables du parti n'ont jamais été élus lors d'une convention nationale régulière, en violation de la constitution interne du parti et de la loi électorale. Le juge lui a donné raison sur toute la ligne, au point d'ordonner à la Commission électorale nationale indépendante (INEC) de ne plus reconnaître aucune décision émanant de cette période.
La portée est vaste. Ce n'est pas seulement la candidature d'Atiku qui tombe : le parti se retrouve sans candidats reconnus pour l'ensemble des scrutins de 2027, de la présidence au Sénat, en passant par les assemblées des États. « Le jugement a laissé le parti sans candidats reconnus pour les élections de 2027 », a résumé Luka Musa Haruna, l'un des avocats du plaignant.
Atiku avait remporté l'investiture du parti en mai dernier, une première étape vers ce qui devait être sa septième campagne présidentielle. Depuis, l'ADC s'enlisait dans une série de contentieux autour de sa direction, dont une action appuyée plus tôt cette année par le gouvernement fédéral sur l'éligibilité même du parti à concourir.
Un parti qui crie à la manœuvre politique
L'ADC n'a pas tardé à réagir, et avec vigueur. Son porte-parole, Bolaji Abdullahi, y voit une décision dictée par la politique : « Nous avons déjà vu ce scénario. Quand ils ont peur que l'opposition prenne de l'ampleur, ils utilisent leurs juges pour obtenir des décisions juridiquement indéfendables. » Le parti parle plus largement d'« une nouvelle tentative désespérée de paralyser l'opposition et de priver les Nigérians du droit de choisir leurs dirigeants lors des prochaines élections générales ».
L'ADC annonce déjà un recours devant la Cour d'appel. La bataille n'est donc pas finie, mais le calendrier est serré. L'élection se tient dans deux mois à peine, et les candidats doivent boucler leur enregistrement dans les prochaines semaines.
Le timing interroge. La décision tombe moins de vingt-quatre heures après un grand rassemblement de campagne d'Atiku à Sokoto, dans le nord-ouest, et quelques jours après le lancement officiel de la campagne de réélection du président Bola Tinubu à Kaduna. Difficile, dans ce contexte, de ne pas y lire un coup porté à la principale figure de l'opposition.
Ce que cela change pour le Nord et pour l'opposition
Derrière la technique juridique, une question politique sensible se pose. Atiku Abubakar est originaire du nord du pays. S'il ne peut pas concourir, l'élection pourrait se dérouler sans candidat majeur issu de cette région, un scénario délicat dans un pays où l'équilibre régional pèse lourd dans les rapports de force.
L'homme n'est pas un inconnu. Vice-président de 1999 à 2007, il a terminé deuxième de la présidentielle de 2023 avec 29 % des voix. Ce scrutin devait être sa septième tentative pour diriger le pays le plus peuplé d'Afrique, qui compte plus de 220 millions d'habitants.
Pour les observateurs, le sort d'Atiku dépasse le seul ADC. Avec Peter Obi, arrivé troisième en 2023, il incarnait l'une des rares figures capables de contester le camp au pouvoir. Son éviction, si elle était confirmée en appel, redessinerait le rapport de forces à moins de dix semaines du vote.
Le parti et ses soutiens assurent qu'ils ne renonceront pas. Mais dans l'immédiat, l'incertitude juridique s'ajoute à l'incertitude politique. Les Nigérians suivront de près la réponse de la Cour d'appel, désormais au centre du jeu.
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