Réforme du Conseil de sécurité : ce que contient le Document de Tripoli
Les 10 et 11 octobre, le Comité des Dix de l’Union africaine s’est réuni à Tripoli et a adopté le Document de Tripoli sur la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU. Le texte réaffirme une revendication vieille de vingt ans : une représentation permanente pour l’Afrique. Mais aucun des trois pays de l’AES ne siège dans ce comité. Décryptage d’un dossier qui avance sur le papier, beaucoup moins à New York.
Ce qui s’est décidé à Tripoli
La 14e réunion ministérielle du Comité des Dix s’est tenue les 10 et 11 octobre à Tripoli. La Libye et la Sierra Leone, qui coordonne le comité, ont coprésidé la réunion préparatoire consacrée au texte final. Les conclusions rejettent toute formule de représentation permanente qui placerait l’Afrique dans une catégorie inférieure aux autres membres permanents.
L’hôte pose aussi question. La Libye reste marquée par plusieurs années de forte instabilité institutionnelle et politique, et l’agence APA y voit une façon de rester dans les circuits diplomatiques du continent. Tripoli défend la cause africaine depuis la Déclaration de Syrte de 2009, un héritage qu’elle entend faire valoir.
Ce que l’Afrique réclame, et une contradiction assumée
La position commune africaine repose sur le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte de 2005. Elle exige au moins deux sièges permanents avec toutes les prérogatives des membres permanents, y compris le droit de veto, et cinq sièges non permanents. Aujourd’hui, seuls les cinq membres permanents (Chine, États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni) disposent du veto.
Le texte de l’UA contient une subtilité rarement relevée. L’Afrique y dit s’opposer au veto en principe, mais demande qu’il soit accessible à tous les permanents tant qu’il existe. Autrement dit : abolir est la préférence, élargir est la condition. C’est cohérent politiquement, mais cela complique la négociation, car cela revient à demander le droit de bloquer ce que l’on critique.
L’enjeu reste réel : l’Afrique est le seul continent sans siège permanent au Conseil.
Vingt ans de négociations, peu de résultats
Le C-10 existe depuis 2005. Les négociations intergouvernementales à l’ONU, lancées par la décision 62/557, ont donné lieu à une décision de l’Assemblée générale à chaque session depuis. Le 28 juillet 2026, l’Assemblée a de nouveau décidé de poursuivre immédiatement ces négociations et de les inscrire à l’ordre du jour de sa 81e session. Le Pacte pour l’avenir de 2024 encourageait les États à soumettre des modèles en vue d’un modèle consolidé.
Traduction : on reconduit la discussion, session après session. Le Document de Tripoli répète une position, il ne débloque rien en soi. Les États africains ont eux-mêmes reconnu l’impasse : en 2024, Attaf appelait à ne pas laisser les revendications africaines otages de l’impasse des négociations.
Et l’AES dans tout ça ?
Sur les dix pays du C-10 (Algérie, Congo, Guinée équatoriale, Kenya, Libye, Namibie, Ouganda, Sierra Leone, Sénégal, Zambie), aucun n’est membre de l’AES. L’Afrique de l’Ouest y est représentée par le Sénégal et la Sierra Leone.
Pourtant, la question est centrale pour Ouagadougou, Bamako et Niamey. En septembre 2025, le Premier ministre burkinabè qualifiait le Conseil d’”anachronique”. En 2026, à la 81e Assemblée générale, le Burkina Faso, parlant au nom des trois pays, a déclaré : “Nous ne demandons à personne la permission d’exister”, tout en réaffirmant l’attachement de la Confédération à la réforme du Conseil.
Le Mali cherche aussi un canal direct : Bamako a demandé à l’ONU que la dimension AES soit prise en compte dans la revue stratégique de l’UNOWAS.
L’AES soutient donc la cause, mais elle la porte seule, à la tribune de New York, sans passer par le comité continental. Cela pose une question simple : si l’Afrique obtient un jour un siège permanent, qui l’occupera, et qui parlera pour le Sahel ?
Ce qu’il faut surveiller
Trois points. Le texte intégral du Document de Tripoli, pour voir s’il fait une place aux sensibilités sahéliennes. Le calendrier des négociations de la 81e session, où l’on saura si les “modèles” convergent. Et la capacité de l’AES à coordonner sa voix avec celle de l’UA, ou à la concurrencer.
À vous, lecteurs : une Afrique unie derrière deux sièges, est-ce réaliste sans l’accord du Sahel ?
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