Loi de finances 2026 au Niger : entre allégements fiscaux et nouvelles taxes, que retenir ?
Avec une loi de finances record de 2 922 milliards de FCFA et des mesures d'allégement fiscal ciblées, le gouvernement nigérien affiche ses ambitions pour 2026. Parallèlement, la Banque Mondiale réaffirme son engagement à maintenir le financement de projets cruciaux malgré le contexte politique tendu. Entre pragmatisme budgétaire et recherche de stabilité économique, le Niger tente de naviguer dans une période délicate.
Introduction : Un budget sous haute tension
L'économie nigérienne ne traverse pas sa meilleure période. Sanctions de la CEDEAO, fermeture prolongée de la frontière avec le Bénin, insécurité persistante dans plusieurs régions : les défis sont multiples. Dans ce contexte difficile, le gouvernement mise sur une stratégie à double volet. D'un côté, mobiliser davantage de ressources internes pour réduire la dépendance aux financements extérieurs. De l'autre, soulager les ménages et les entreprises par des mesures fiscales ciblées.
La loi de finances 2026, signée le 31 décembre 2025 par le général d'armée Abdourahamane Tiani, projette un budget de 2 922 milliards de FCFA. Un montant historique qui témoigne d'une volonté d'investir massivement dans les infrastructures tout en préservant le pouvoir d'achat des populations. Mais derrière ces chiffres ambitieux, une réalité s'impose : la mobilisation effective des ressources reste le véritable défi.
Au même moment, la Banque Mondiale, malgré les turbulences politiques, maintient son soutien au Niger. Un signal important dans un pays qui doit prouver qu'il peut continuer à honorer ses engagements internationaux tout en affirmant sa souveraineté.
Partie 1 : Des mesures fiscales entre clarification et inquiétudes
Depuis l'adoption de la loi de finances 2026, les réseaux sociaux nigériens n'ont pas chômé. Rumeurs, incompréhensions, craintes d'alourdissement de la fiscalité : le débat public a parfois pris le pas sur les faits. Face à cette confusion, la Direction Générale des Impôts (DGI) a dû monter au créneau pour rétablir la vérité.
Le message du Directeur Général des Impôts, Abdourahamane Malam Saley, est clair : "La loi de finances 2026 n'introduit pas de hausse automatique de l'imposition des ménages." Pour l'impôt sur les traitements et salaires, aucun relèvement n'est prévu. Le barème appliqué en 2026 reste celui en vigueur depuis plus d'une décennie, fruit d'un consensus ancien entre l'État et les représentants des travailleurs.
Les exonérations sociales également sont maintenues. La TVA sur la consommation d'eau et d'électricité reste inchangée pour les ménages. Mieux encore, des produits de première nécessité comme le lait, le mil, le maïs, le riz de consommation courante et les produits pharmaceutiques sont désormais exemptés de TVA. Le gaz butane et les services d'enseignement et de santé bénéficient aussi de cet allégement.
Mais ce sont deux nouvelles taxes qui ont provoqué le plus de remous : la taxe sur les dépôts et transferts d'argent (TDTA) et la taxe sur les paiements en numéraires (TPN). La première vise à élargir l'assiette fiscale en frappant les opérations effectuées via les plateformes de transfert rapide d'argent comme Orange Money, Moov Money et autres. La seconde cherche à favoriser la bancarisation en décourageant les paiements en espèces au-delà d'un certain seuil.
"Lorsque le montant de ma facture d'électricité reste en dessous de 100 000 FCFA, cette taxe ne me concernera pas", explique le DGI. "En revanche, si la facture atteint 102 000 FCFA, la NIGELEC me demandera de payer par moyen bancaire. À défaut, je devrai m'acquitter de cette taxe de 1%."
Face aux protestations des opérateurs économiques, notamment la Chambre de Commerce et d'Industrie du Niger, le gouvernement a accordé un délai de trois mois pour l'adaptation des systèmes informatiques. Une concession qui témoigne d'une certaine écoute, mais qui n'efface pas totalement les inquiétudes des commerçants et des consommateurs.
Partie 2 : La Banque Mondiale maintient le cap malgré les turbulences
Dans un contexte où le Niger fait face à un quasi-isolement diplomatique régional, le maintien des relations avec les institutions financières internationales prend une importance capitale. La Banque Mondiale, malgré les bouleversements politiques, continue de financer des projets essentiels.
Le portefeuille de la Banque au Niger couvre plusieurs secteurs stratégiques : agriculture, éducation, santé, infrastructures, inclusion financière et développement rural. Parmi les projets emblématiques figurent le Programme Emploi des Jeunes et Inclusions Productives (PEJIP), le Projet de Développement des Compétences pour la Croissance (PRODEC), et l'ambitieux projet "Villages intelligents pour la croissance rurale et l'inclusion financière".
Ce dernier, doté d'une enveloppe de 100 millions de dollars, cible plus de 6 000 villages représentant 1,9 million de personnes sans couverture télécom. "L'objectif est de réduire la fracture numérique et de stimuler le développement rural", explique Han Fraeters, représentant résident de la Banque Mondiale au Niger. Dans un pays où le taux de pénétration internet atteint péniblement 16,9% en milieu urbain et s'effondre en zone rurale, l'enjeu est considérable.
La Banque finance également le Programme pour la Gestion de la Dépense Publique par le Résultat pour le Capital Humain (PGRC), un financement de 191,5 millions de dollars approuvé en 2022 pour améliorer la gestion des ressources humaines dans les secteurs de la santé et de l'éducation.
Mais tout n'est pas rose. Les revues de performance montrent que certains objectifs pourraient ne pas être atteints. Les obstacles sont nombreux : difficultés de passation de marchés, lenteurs administratives, et surtout la dimension sécuritaire qui complique l'accès à certaines zones d'intervention.
"Nous demandons à la Banque Mondiale de prendre en considération le contexte particulier dans lequel se trouve notre pays, notamment la dimension sécuritaire", a déclaré le ministre délégué chargé du Budget lors d'une récente revue sectorielle.
Partie 3 : Entre souveraineté économique et dépendance persistante
Le discours officiel martèle l'objectif de "souveraineté économique renforcée grâce à une mobilisation massive des ressources internes". La réalité est plus nuancée. Malgré un budget ambitieux de près de 3 000 milliards de FCFA, le Niger reste largement dépendant de l'aide extérieure pour financer ses investissements.
Les sanctions de la CEDEAO et l'arrêt des exportations d'uranium vers la France ont lourdement pesé sur les recettes. La fermeture de la frontière avec le Bénin a provoqué une chute drastique des recettes douanières. Résultat : une flambée des prix des produits de première nécessité et un mécontentement social croissant.
Les nouvelles mesures fiscales, aussi justifiées soient-elles par la nécessité d'élargir l'assiette fiscale, touchent une population déjà fragilisée. "On nous parle d'allégement fiscal, mais dans les faits, on crée de nouvelles taxes", s'insurge Amadou Diallo, commerçant à Niamey. "La taxe sur les transferts d'argent va directement frapper les petites gens qui n'ont pas de compte bancaire."
L'économiste Halidou Mounkaila tempère : "Ces mesures s'inscrivent dans une logique de modernisation du système fiscal. La bancarisation est un passage obligé pour mieux contrôler les flux financiers et lutter contre l'évasion fiscale. Mais il faut reconnaître que le timing est difficile, compte tenu de la conjoncture."
Le pari du gouvernement est de réussir à mobiliser plus de ressources internes sans étrangler l'activité économique. Un équilibre délicat, d'autant que la confiance des opérateurs économiques reste fragile. Les investissements privés stagnent, et le climat des affaires pâtit de l'instabilité régionale.
La poursuite du soutien de la Banque Mondiale apparaît donc comme une bouée de sauvetage. Mais elle pose aussi une question embarrassante pour les autorités de transition : comment concilier le discours sur la souveraineté avec une dépendance persistante aux financements internationaux ?
Conclusion : Un pari risqué sur la résilience
Le Niger de 2026 se trouve à un carrefour. D'un côté, un gouvernement qui affiche des ambitions de transformation et de souveraineté économique. De l'autre, des contraintes structurelles qui limitent considérablement les marges de manœuvre.
Les mesures fiscales adoptées dans la loi de finances témoignent d'une volonté de rationaliser le système et de protéger les plus vulnérables. Mais elles suscitent aussi des inquiétudes légitimes chez les opérateurs économiques et les consommateurs. Le maintien du financement de la Banque Mondiale est rassurant, mais il rappelle aussi la fragilité de l'économie nigérienne.
Les prochains mois seront décisifs. Le gouvernement devra prouver sa capacité à mobiliser effectivement les ressources prévues au budget, à rassurer les investisseurs, et à améliorer le climat des affaires. La population, elle, attend des résultats concrets : baisse des prix, amélioration des services publics, création d'emplois.
En matière économique comme en politique, la transition nigérienne navigue à vue. Entre pragmatisme et volontarisme, entre contraintes héritées et ambitions affichées, le chemin vers la "souveraineté économique" promise s'annonce long et semé d'embûches.

moulaye
