Tillabéri Niger : opération réussie contre les terroristes et renforcement de l'AES

Les forces armées nigériennes ont repoussé une tentative d'incursion terroriste dans la région de Tillabéri, neutralisant plusieurs assaillants. Cette opération s'inscrit dans un contexte de renforcement de la coopération militaire au sein de l'Alliance des États du Sahel. Entre succès tactiques et défis stratégiques, le Niger tente de reprendre le contrôle d'une région devenue l'épicentre de la violence jihadiste au Sahel.

Tillabéri Niger : opération réussie contre les terroristes et renforcement de l'AES

Introduction : Tillabéri, épicentre d'une guerre sans fin

La région de Tillabéri porte un lourd fardeau. Frontalière avec le Mali et le Burkina Faso, cette vaste zone de 100 000 km² est devenue le théâtre d'une violence terroriste sans précédent. Selon l'ONG Acled, Tillabéri a enregistré plus de 1 200 décès en 2025, dépassant toutes les autres régions du Mali et du Burkina Faso voisins. Une statistique glaçante qui en fait la région la plus meurtrière du Sahel central.

Les attaques se multiplient. En janvier 2026, 31 civils ont été tués à Bosiye, dans la commune de Gorouol. Quelques mois auparavant, 22 villageois périssaient à Takoubatt. Les cibles sont souvent les mêmes : des civils désarmés, des paysans tentant de cultiver leurs champs, des voyageurs sur les routes. Human Rights Watch a documenté au moins 127 exécutions sommaires perpétrées par l'État islamique au Sahel entre mars et septembre 2025.

Dans ce contexte, chaque succès des forces de défense et de sécurité nigériennes prend une importance capitale. La récente opération qui a permis de déjouer une attaque terroriste dans la région témoigne d'une montée en puissance des capacités opérationnelles de l'armée nationale. Mais est-ce suffisant pour inverser la tendance ?

Partie 1 : Une opération qui change la narrative

Les détails de l'opération restent encore parcellaires, mais les éléments communiqués par les forces armées nigériennes dessinent le portrait d'une armée qui ne se contente plus de subir. Dans une localité de la région de Tillabéri, les forces de défense ont repoussé une tentative d'incursion d'éléments terroristes, neutralisant plusieurs assaillants et saisissant du matériel.

Cette opération s'inscrit dans le cadre de missions de sécurisation renforcées dans la zone dite des "trois frontières", là où les groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda (JNIM) et à l'État islamique (EI) ont établi leurs bases arrière depuis près d'une décennie.

"Les forces armées nigériennes démontrent une capacité croissante à anticiper et à contrer les mouvements terroristes", analyse le colonel à la retraite Amadou Issoufou. "Ce qu'il faut comprendre, c'est que nous ne sommes plus dans une logique purement défensive. Il y a une véritable volonté de reprendre l'initiative sur le terrain."

Cette évolution tactique s'appuie sur plusieurs facteurs. D'abord, la réorganisation des forces armées depuis l'arrivée au pouvoir du CNSP. Ensuite, l'acquisition de nouveaux équipements, notamment des drones et du matériel de surveillance. Enfin, l'amélioration du renseignement grâce à une meilleure collaboration avec les populations locales.

Mais les succès ponctuels ne doivent pas masquer la dureté de la situation. Les groupes terroristes contrôlent toujours des portions significatives du territoire. Dans de nombreuses zones, ils imposent leur loi, interdisant aux paysans de cultiver leurs champs sous peine de mort. Des dizaines d'agriculteurs ont payé de leur vie leur refus de se soumettre à ces interdictions.

"Chaque opération réussie est une victoire, mais la guerre est loin d'être gagnée", tempère Mariama Abdoulaye, chercheuse en questions sécuritaires. "Les terroristes disposent encore d'une capacité de nuisance considérable et d'une connaissance intime du terrain qui leur confère un avantage certain."

Partie 2 : L'AES, ou le pari de la mutualisation des forces

Face à l'ampleur du défi sécuritaire, le Niger ne compte plus uniquement sur ses propres moyens. L'Alliance des États du Sahel (AES), créée le 16 septembre 2023 par la signature de la Charte du Liptako-Gourma, représente une nouvelle approche de la lutte antiterroriste dans la région.

Cette alliance de défense collective lie le Mali, le Burkina Faso et le Niger dans un pacte d'assistance mutuelle. Son principe fondateur est simple : toute attaque contre la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'un des membres sera considérée comme une agression contre tous. Plus concrètement, les armées des trois pays peuvent désormais opérer dans l'ensemble de l'espace AES, notamment dans la poursuite de terroristes au-delà des frontières.

"Avant l'arrivée de ces trois chefs d'État actuels, la coopération sécuritaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger était en léthargie", observe le Dr Aly Tounkara, directeur du Centre Stratégique du Sahel. "Or, on sait que la nébuleuse terroriste est transversale. Aujourd'hui, sur les plans tactique et opérationnel, des changements notoires ont été enregistrés. Le trio d'armées a facilité la mutualisation des efforts."

Cette coopération renforcée se traduit par des opérations conjointes dans la zone du Liptako-Gourma, cette région de 370 000 km² à cheval entre les trois pays qui concentre l'essentiel de la menace terroriste. Les quartiers généraux de certains groupes jihadistes y ont été démantelés, même si la menace continue à se métamorphoser.

L'AES représente également un signal géopolitique fort. En se dotant d'une architecture de défense collective autonome, les trois pays affirment leur volonté de prendre en main leur propre sécurité, sans dépendre des anciennes puissances coloniales ou des mécanismes sous-régionaux traditionnels jugés inefficaces.

Partie 3 : Entre avancées réelles et défis persistants

Mais qu'en est-il concrètement sur le terrain ? Les résultats de cette nouvelle stratégie sont-ils à la hauteur des espérances ?

La réponse est nuancée. D'un côté, des progrès indéniables. Les forces armées des trois pays de l'AES ont enregistré plusieurs victoires tactiques. La coordination s'améliore, les échanges de renseignements se fluidifient, et la capacité de riposte s'accroît. Les opérations conjointes permettent de frapper les groupes terroristes là où ils pensaient être en sécurité, de l'autre côté d'une frontière devenue poreuse.

De l'autre, une réalité qui reste préoccupante. Les attaques contre les civils se poursuivent avec une régularité macabre. Les violences jihadistes ont fait près de 2 000 morts au Niger en 2025, selon Acled. Les déplacements de populations s'intensifient, créant une crise humanitaire qui s'ajoute à la crise sécuritaire.

"La menace continue à se métastaser, même si les quartiers généraux de la zone du Liptako ont pu être défaits", reconnaît le Dr Tounkara. "Il faut être lucide : nous sommes engagés dans une guerre longue, qui ne se gagnera pas en quelques mois."

Les défis sont multiples. D'abord, la question des moyens. Malgré les acquisitions d'équipements, les armées sahéliennes restent en sous-capacité face à des groupes terroristes mobiles, déterminés et bien armés. Ensuite, la dimension sociale : tant que les causes profondes du terrorisme (pauvreté, marginalisation, injustice) ne seront pas traitées, la menace se régénérera.

Enfin, la question de la coordination régionale. Si l'AES a permis des avancées, elle a aussi créé des tensions avec la CEDEAO et rompu certains mécanismes de coopération qui fonctionnaient. L'équilibre entre affirmation souveraine et isolation diplomatique reste délicat à trouver.

Hamidou Maiga, responsable d'une ONG locale à Tillabéri, le formule ainsi : "Les militaires font leur travail, et parfois bien. Mais une opération réussie ne suffit pas. Il faut que les populations sentent qu'elles peuvent vivre normalement, cultiver leurs champs, envoyer leurs enfants à l'école. Tant que ce ne sera pas le cas, le terrorisme continuera à recruter."

Conclusion : Une guerre qui se gagne sur tous les fronts

L'opération réussie à Tillabéri et le renforcement de la coopération au sein de l'AES marquent une évolution positive dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Les forces armées nigériennes, longtemps sur la défensive, reprennent l'initiative. La mutualisation des efforts avec le Mali et le Burkina Faso permet une approche plus cohérente et plus offensive.

Mais il serait prématuré de crier victoire. La région de Tillabéri reste l'une des zones les plus dangereuses d'Afrique. Les groupes terroristes, affaiblis par endroits, se reconstituent ailleurs. Les populations civiles continuent de payer le prix le plus lourd de cette guerre sans fin apparente.

La véritable victoire ne viendra pas seulement des succès militaires, aussi importants soient-ils. Elle nécessitera une approche globale : sécurisation des zones libérées, retour de l'administration de l'État, développement économique, réconciliation communautaire, et lutte contre les discours extrémistes.

L'AES représente un outil stratégique prometteur. Mais comme tout outil, sa valeur dépendra de l'usage qui en sera fait. La coordination militaire ne suffit pas ; il faut aussi une vision politique partagée, des ressources mobilisées, et surtout une détermination à s'attaquer aux racines du mal plutôt qu'à ses seuls symptômes.

Pour les populations de Tillabéri, qui vivent sous la menace quotidienne de la violence, l'espoir réside dans ces petites victoires qui s'accumulent. Chaque attaque déjouée, chaque terroriste neutralisé, chaque village libéré est un pas dans la bonne direction. Reste à transformer ces pas en une marche résolue vers une paix durable.