Niger : dissolution de la CARENI et transfert de la gestion des retraites au ministère des Finances
Par décret du général Abdourahmane Tiani, la Caisse autonome des retraites du Niger (CARENI) est dissoute et la gestion des pensions est désormais transférée au ministère de l’Économie et des Finances, une décision qui rebat les cartes pour les retraités et interroge sur l’efficacité future du paiement des pensions.
L’actualité au Niger est marquée par une décision majeure concernant le système de retraite des agents publics. Par un décret du Président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le général d’armée Abdourahmane Tiani, la Caisse autonome des retraites du Niger (CARENI) est dissoute et la gestion des pensions est désormais confiée au ministère de l’Économie et des Finances. Une mesure qui intervient dans un contexte de fortes tensions sociales liées aux retards de paiement des pensions et aux difficultés structurelles de la caisse.
Un décret qui tourne une page
Selon le décret présidentiel daté du 25 novembre 2025, la CARENI, établissement public chargé jusque-là de liquider et de payer les pensions de retraite des fonctionnaires et des forces de défense et de sécurité, cesse officiellement d’exister comme structure autonome. Le texte précise que l’ensemble des attributions relatives aux pensions est transféré au ministère de l’Économie et des Finances, qui reprend la main sur la chaîne de liquidation, d’ordonnancement et de paiement.
Créée en 2012 puis réformée à plusieurs reprises, la CARENI avait pour vocation de se rapprocher des standards des caisses de retraite de la sous-région en matière de gestion et de prévoyance sociale, sans jamais parvenir à disposer pleinement des moyens financiers et de l’autonomie nécessaires. La décision de dissolution apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un long cycle de dysfonctionnements institutionnels et de tensions avec le Trésor public, qui conservait la maîtrise effective du Fonds national de retraite.
Une institution fragilisée par des années de dysfonctionnements
Depuis plusieurs années, les retraités nigériens dénoncent des retards récurrents dans le versement de leurs pensions, parfois de plusieurs mois, ainsi que des procédures jugées lourdes et opaques. Des organisations de retraités et des médias locaux ont régulièrement pointé du doigt la fragilité de la CARENI, soulignant l’absence d’autonomie budgétaire réelle, le manque de personnel qualifié et l’impossibilité pour l’institution de gérer et de fructifier le Fonds national de retraite comme le prévoient ses textes fondateurs.
Les analyses d’experts évoquaient déjà deux scénarios possibles : soit un renforcement profond de la CARENI avec des ressources dédiées, soit un retour de la gestion des pensions dans le giron direct du ministère des Finances. Le décret du général Tiani consacre clairement la seconde option, en considérant que l’administration financière de l’État est mieux outillée, à court terme, pour sécuriser et rationaliser le paiement des pensions.
Transfert au ministère des Finances : quelles implications ?
Avec ce transfert, le ministère de l’Économie et des Finances devient l’unique pilote de la chaîne des pensions de retraite, du recouvrement des cotisations au paiement des ayants droit. Concrètement, les dossiers qui transitaient auparavant par la CARENI devraient être instruits directement par les services compétents du ministère et du Trésor, ce qui pourrait réduire certaines lourdeurs administratives, mais aussi recentraliser davantage la décision.
Les autorités justifient ce choix par la volonté d’« assainir » la gestion des retraites et de garantir une meilleure régularité des paiements, alors que de nombreux retraités cumulent plusieurs mois d’arriérés. Reste à savoir si les moyens humains, techniques et financiers seront effectivement mobilisés pour absorber cette charge supplémentaire et répondre aux attentes d’une population de retraités déjà fragilisée par la conjoncture économique.
Entre rationalisation et inquiétudes des retraités
Pour une partie de l’opinion, la dissolution de la CARENI peut être perçue comme une mesure de rationalisation, dans la lignée d’autres décisions de l’actuel régime visant à restructurer ou dissoudre des organismes jugés inefficaces. Les partisans de cette réforme estiment que la centralisation au ministère des Finances permettra de réduire les coûts de fonctionnement, de mieux encadrer les flux financiers et de limiter les risques de mauvaise gestion.
Cependant, du côté des retraités et des futurs pensionnés, la décision suscite aussi des interrogations et des craintes, notamment sur la continuité du service, la transparence des calculs de pensions et la capacité de l’administration à rattraper les retards accumulés. Des syndicats et associations plaident déjà pour que cette transition s’accompagne de garanties claires en matière de délais de paiement, d’accueil des usagers et de protection des droits acquis, afin que la réforme ne se traduise pas, une fois de plus, par une dégradation des conditions de vie des anciens fonctionnaires.
Un test politique et social pour les autorités de transition
Au-delà de l’aspect purement administratif, la dissolution de la CARENI et le transfert des pensions au ministère des Finances constituent un test politique pour les autorités de transition, qui ont multiplié les réformes structurelles depuis 2023. La réussite ou l’échec de cette mesure se mesurera très vite à la capacité de l’État à payer régulièrement les pensions, à restaurer la confiance des retraités et à montrer que la centralisation répond réellement à l’intérêt général.
Dans un contexte où les décisions de dissolution d’organismes, d’associations et de partis politiques se multiplient, cette nouvelle réforme interroge aussi sur le modèle de gouvernance que souhaite installer le régime du général Tiani. Entre volonté affichée de remettre de l’ordre dans les finances publiques et nécessité de préserver le tissu social, la gestion des retraites s’impose plus que jamais comme un baromètre sensible de la relation entre l’État et ses anciens serviteurs.

moulaye
