Niamey : Les forces de l'ordre démantèlent un réseau de braqueurs impliquant d'ex-militaires

Le 9 décembre 2025, la Direction de la Police Judiciaire du Niger a annoncé le démantèlement d'un réseau criminel responsable d'une série de braquages sanglants dans la capitale. Parmi les interpellés, deux anciens agents des forces de sécurité radiés, un ressortissant étranger et plusieurs complices. Cette opération marque un tournant dans la lutte contre la criminalité organisée qui gangrène Niamey depuis des mois.

Niamey : Les forces de l'ordre démantèlent un réseau de braqueurs impliquant d'ex-militaires

Une capitale sous tension

Depuis le début de l'année 2025, Niamey vit au rythme des agressions et des braquages. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 88 cas d'agressions suivies de vol avec utilisation de motos et 33 vols à l'arraché rien qu'au premier trimestre, selon la Direction de la Police de la Ville de Niamey. Les quartiers de Boukoki (24 cas), Niamey 2000 (13 cas) et Francophonie (8 cas) concentrent l'essentiel de cette violence urbaine.

Dans ce climat anxiogène, le braquage de la Maison Économique le 2 juillet 2025 avait particulièrement marqué les esprits. Ce jour-là, des hommes armés ont ouvert le feu avant de dérober 20 millions de FCFA, semant la panique en plein jour dans le quartier. Personne n'imaginait alors que cette attaque n'était qu'un maillon d'une chaîne bien plus longue et orchestrée.

Le réseau démantelé comprend une douzaine d'individus âgés de 25 à 53 ans. Mais ce qui frappe, c'est la composition du groupe : deux ex-agents des Forces de Défense et de Sécurité radiés pour inconduite, une femme actuellement en fuite, un ressortissant étranger, des informateurs infiltrés et plusieurs complices. "On est face à une structure hybride extrêmement dangereuse, qui mêle expérience militaire et exécutants sans foi ni loi", explique une source proche de l'enquête.

Un mode opératoire rodé et impitoyable

Ces criminels ne laissaient rien au hasard. Leur premier procédé consistait à filer discrètement leurs cibles dans le trafic dense de Niamey. Une fois le bon moment venu, deux motos transportant chacune un binôme armé de pistolets automatiques se coordonnaient pour intercepter et dévaliser les victimes en quelques minutes chrono. L'effet de surprise et la rapidité d'exécution leur garantissaient généralement l'impunité.

Le second mode opératoire était encore plus sophistiqué. Le réseau s'appuyait sur des informateurs placés stratégiquement qui renseignaient sur les mouvements de fonds importants : retraits bancaires, commerçants fortunés transportant des liquidités, fonctionnaires manipulant des sommes conséquentes. Ces cambriolages ciblés étaient préparés méthodiquement, parfois avec l'aide de complices internes qui fournissaient des renseignements précis.

La série d'attaques démontre une escalade progressive et inquiétante :

  • 9 avril 2025 : vol de 3 millions au Nouveau Marché
  • 2 juillet 2025 : braquage de la Maison Économique avec tir de sommation, 20 millions emportés
  • 31 juillet 2025 : tentative ratée contre un officier des FDS
  • 9 septembre 2025 : arrachage de 13 millions à SONUCI
  • 16 octobre 2025 : vol de 2 millions à Wadata
  • 21 octobre 2025 : assassinat à Any Koira pour 15 millions
  • 29-30 septembre 2025 : cambriolage de la mairie de Hamdallaye

L'imposture des ex-agents des FDS

Mais le plus préoccupant reste l'activité parallèle menée par les deux ex-agents radiés. Revêtus de treillis militaires, ils se faisaient passer pour des membres de la brigade antidrogue et investissaient les domiciles de dealers. Une fois sur place, ils saisissaient drogue et argent avant de disparaître sans laisser de trace. Ce double rôle de prédateurs financiers et d'usurpateurs armés révèle le caractère particulièrement nuisible du groupe.

Cette situation illustre un problème plus large au Niger. Ces dernières années, plusieurs agents des Forces de Défense et de Sécurité ont été radiés pour diverses fautes : manquement à l'honneur, désertion, implication présumée dans des tentatives de coup d'État. Certains, privés de leur carrière militaire et sans perspective de reconversion, basculent malheureusement dans la criminalité. "Quand on radie des hommes entraînés sans leur offrir d'alternative, on crée parfois des monstres", confie un observateur des questions sécuritaires.

Le contexte socio-économique n'arrange rien. Avec 23% des jeunes de 15 à 29 ans au chômage selon l'Organisation internationale du travail, et plus de 500 000 jeunes qui entrent chaque année sur un marché du travail déjà saturé, le terreau est fertile pour la dérive criminelle. À cela s'ajoute un phénomène inquiétant : le lien entre consommation de stupéfiants et criminalité urbaine. Les multiples saisies de drogues à Niamey (plus de 300 kg détruits en 2025) témoignent d'une diffusion massive de substances qui alimentent la violence.

Une victoire collective

Le démantèlement de ce réseau marque un tournant majeur. L'opération a été largement guidée par des renseignements fournis par la population, confirmant l'importance cruciale de la vigilance citoyenne. "Sans la collaboration des riverains, sans les signalements de comportements suspects, nous n'aurions jamais pu remonter la filière aussi rapidement", reconnaît une source policière.

Lors de la présentation des résultats, le Procureur de la République, Ousmane Baydo, a rappelé l'importance de la présomption d'innocence et les responsabilités citoyennes dans la lutte contre l'insécurité. "Ces opérations efficaces ne sont possibles que grâce à la détermination des forces de sécurité et à la collaboration active de la population", a-t-il souligné.

Cette arrestation intervient dans un contexte où la Police Judiciaire multiplie les coups de filet. Depuis le début de l'année, plusieurs réseaux criminels ont été démantelés à Niamey : gangs spécialisés dans les vols nocturnes en août, réseaux d'assassins en septembre, cybercriminels spécialisés dans le chantage numérique en juin. La Direction de la Police Judiciaire affine visiblement ses méthodes et intensifie la pression.

Vers une sécurité durable ?

Le démantèlement de ce réseau constitue une victoire importante, mais ne doit pas masquer l'ampleur du défi qui reste à relever. La criminalité urbaine à Niamey trouve ses racines dans des problématiques socio-économiques profondes : chômage massif des jeunes, consommation croissante de stupéfiants, reconversion difficile d'agents radiés des forces de sécurité, urbanisation galopante.

Pour que cette victoire policière se transforme en amélioration durable de la sécurité, plusieurs pistes méritent d'être explorées. D'abord, la poursuite et l'intensification de la collaboration entre forces de l'ordre et citoyens, seul moyen de maintenir une pression constante sur les réseaux criminels. Ensuite, un travail de fond sur la prévention : programmes d'insertion professionnelle pour les jeunes, accompagnement à la reconversion des agents radiés, lutte renforcée contre le trafic de stupéfiants.

Le gouvernement a fixé un objectif ambitieux : réduire de 50% le taux de chômage des jeunes diplômés d'ici 2030. Si cet objectif est atteint, il pourrait avoir un impact significatif sur la criminalité urbaine en offrant des perspectives à une jeunesse actuellement désœuvrée et parfois tentée par la facilité du crime.

En attendant, les habitants de Niamey peuvent souffler un peu. Un réseau ultra-violent vient de tomber. Mais ils savent qu'il faut rester vigilants. Car tant que les problèmes structurels qui alimentent la criminalité ne seront pas résolus, d'autres réseaux continueront d'émerger.