Attaque de Torodi : Le Niger pleure le Capitaine Chaibou Mali, tué avec sa famille dans un assaut djihadiste
L'attaque meurtrière du 5 janvier 2026 contre le préfet de Torodi a endeuillé le Niger. Le Capitaine Chaibou Mali, figure emblématique de la lutte antiterroriste, a été assassiné avec plusieurs membres de sa famille dans une opération attribuée à des groupes armés du Sahel. Niamey a rendu un hommage national à cet officier exemplaire, tandis que l'armée affirme avoir neutralisé les assaillants.
Un drame dans la nuit, à deux pas de la capitale
À 60 kilomètres de Niamey, Torodi dort quand le pire arrive. Il est 2h du matin ce 5 janvier. La résidence officielle du préfet, le Capitaine Chaibou Mali, est prise d'assaut par des hommes armés. L'attaque est brutale, méthodique. Quand l'aube se lève sur cette localité frontalière du Burkina Faso, le bilan est glaçant : au moins sept personnes tuées, dont l'officier lui-même, son épouse, ses enfants et d'autres membres de l'entourage familial.
Torodi n'est pas un nom inconnu dans la chronique sécuritaire nigérienne. Cette commune de la région de Tillabéri est depuis des années sur la ligne de front du terrorisme sahélien. À cheval entre le Niger, le Burkina Faso et le Mali, le triangle des trois frontières est devenu le terrain de prédilection du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et d'autres organisations djihadistes. Les autorités attribuent l'attaque à ces groupes, sans préciser lequel exactement.
Le Capitaine Chaibou Mali n'était pas préfet par hasard. Nommé à ce poste en août 2023, cet officier des forces de défense et de sécurité avait déjà forgé sa réputation sur le terrain. "C'était un homme de contact, proche des populations, qui comprenait les enjeux locaux", raconte un ancien collègue sous couvert d'anonymat. Dans une zone où l'État peine parfois à se faire entendre, Chaibou Mali incarnait cette autorité qui ne se contente pas de donner des ordres depuis un bureau, mais qui descend sur le terrain, dialogue, rassure.
Un hommage national dans un contexte de guerre
Le lendemain de l'attaque, le 6 janvier, Niamey se recueille. La cérémonie d'hommage national rassemble les plus hautes autorités militaires et civiles du pays. Le Général Salifou Mody, ministre de la Défense nationale, et le Général Mohamed Toumba, ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, sont présents. L'atmosphère est solennelle, lourde. Derrière les discours officiels, on sent la colère et la détermination.
"Le Capitaine Chaibou Mali était un officier exemplaire, dévoué à sa patrie et à sa mission", déclare le Général Mody lors de la cérémonie. "Son sacrifice et celui de sa famille ne seront pas vains. Nous poursuivrons sans relâche la lutte contre le terrorisme."
Ce type de discours n'est pas nouveau au Niger. Depuis le coup d'État de juillet 2023 qui a porté au pouvoir le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), la rhétorique sécuritaire s'est durcie. Le régime militaire a promis de reprendre le contrôle des zones sous menace djihadiste et de restaurer l'autorité de l'État dans les régions périphériques. L'assassinat d'un préfet à quelques dizaines de kilomètres de la capitale est un camouflet. Mais c'est aussi l'occasion pour le pouvoir de montrer sa capacité de riposte.
Riposte militaire : entre communication et efficacité
L'armée nigérienne ne s'est pas fait attendre. Dès les premières heures suivant l'attaque, les forces terrestres et aériennes ont été déployées dans la zone de Torodi. Selon les autorités militaires, trois suspects ont été interpellés et trois fusils d'assaut AK-47 ainsi que des appareils de communication ont été saisis. Plus spectaculaire encore : les colonnes d'assaillants en fuite auraient été "intégralement neutralisées".
Ce vocabulaire militaire - "neutralisation", "colonnes d'assaillants" - mérite qu'on s'y arrête. Dans le langage des armées, "neutraliser" peut signifier tuer, capturer ou mettre hors d'état de nuire. Les communiqués officiels nigériens sont souvent économes en détails précis, et il n'est pas rare que les bilans annoncés soient difficiles à vérifier de manière indépendante.
"Les opérations de ce type, quand elles sont menées rapidement, peuvent effectivement être efficaces", analyse un chercheur spécialisé dans les questions sécuritaires au Sahel. "Mais la vraie question, c'est la durabilité. Neutraliser un groupe d'assaillants, c'est bien. Sécuriser durablement la zone, c'est une autre histoire."
Car Torodi et toute la région de Tillabéri vivent sous la menace depuis des années. Les attaques contre les forces de sécurité, les enlèvements de civils, les incursions transfrontalières se multiplient. L'État nigérien a beau renforcer ses effectifs, multiplier les patrouilles et les opérations, le GSIM et ses alliés parviennent encore à frapper. La géographie joue en leur faveur : des frontières poreuses, des zones peu peuplées, des forêts et des cours d'eau qui offrent des refuges naturels.
Torodi, symbole d'un défi national
L'assassinat du Capitaine Chaibou Mali n'est pas qu'un fait divers tragique. C'est un symbole des défis auxquels le Niger fait face. Comment protéger les représentants de l'État dans des zones de conflit ? Comment rassurer les populations locales quand même les préfets ne sont plus en sécurité ? Comment éviter que ces attaques ne sapent le moral des troupes et de l'administration ?
"Quand un préfet tombe, c'est l'État qui est visé", résume un éditorialiste nigérien. "Les groupes armés savent très bien ce qu'ils font. En assassinant un officier respecté, proche des gens, ils envoient un message : personne n'est à l'abri."
Le gouvernement nigérien mise sur plusieurs axes. D'abord, la militarisation accrue de la zone des trois frontières. Ensuite, la coopération régionale avec le Burkina Faso et le Mali, même si les relations entre ces trois pays et leurs anciens alliés occidentaux se sont compliquées depuis les coups d'État successifs. Enfin, la mobilisation des populations locales, à travers des milices d'autodéfense ou des comités de vigilance, qui soulève autant d'espoirs que de questions sur les dérives possibles.
Les experts s'accordent sur un point : il n'y aura pas de solution purement militaire. "Il faut une approche globale, qui intègre le développement économique, la justice sociale, la gouvernance locale", insiste un analyste basé à Niamey. "Sinon, on tue un groupe d'assaillants aujourd'hui, et dix autres les remplacent demain."
Mémoire et détermination
Le Capitaine Chaibou Mali laisse derrière lui une famille endeuillée, des collègues sous le choc et une population de Torodi qui a perdu un homme de confiance. Les autorités ont promis que son sacrifice ne serait pas oublié. Reste à voir si cette promesse se traduira par des actions concrètes : renforcement de la sécurité des agents de l'État en zone rouge, amélioration des conditions de travail des forces de défense, investissements dans les infrastructures locales.
En attendant, la guerre continue. Les groupes armés ne désarment pas, l'armée nigérienne enchaîne les opérations, et les civils pris entre deux feux espèrent des jours meilleurs. L'hommage rendu au Capitaine Chaibou Mali rappelle que derrière les communiqués militaires et les statistiques, il y a des vies brisées, des familles détruites, des héros ordinaires qui payent le prix fort.
Torodi, à 60 kilomètres de Niamey, semble parfois à des années-lumière de la capitale. Et pourtant, ce qui s'y joue concerne tout le Niger. La capacité du pays à protéger ses agents, à sécuriser son territoire, à offrir un avenir à ses citoyens. Le Capitaine Chaibou Mali est tombé en défendant ces valeurs. Son combat, désormais, appartient à tous les Nigériens.

moulaye
