Le Général Tiani hausse le ton : "Le Niger n'a peur de rien", accusations frontales contre Paris et ses alliés
Dans un entretien-fleuve accordé vendredi 13 février à la RTN, le Président Abdourahamane Tiani a livré une charge sans précédent contre la France, accusée d'orchestrer l'attaque de l'aéroport de Niamey via ses "services spéciaux". Entre cours d'histoire sur l'unité nationale, bilan économique et mises en garde aux voisins complaisants, le chef de l'État assume pleinement la ligne de rupture avec l'ancien colonisateur et défend la souveraineté retrouvée sur les ressources naturelles, notamment l'uranium.
Introduction : Un bilan sans concession, deux ans après la Refondation
Deux ans et demi après le changement intervenu le 26 juillet 2023, le Général Abdourahamane Tiani a choisi la télévision nationale pour s'adresser directement aux Nigériens, dans un format marathon mêlant français, haoussa et zarma. Cet entretien, diffusé dans la soirée du vendredi 13 février 2026, intervient deux semaines après l'attaque spectaculaire contre la base aérienne 101 de Niamey, épisode qui a cristallisé les tensions entre le Niger et l'Occident.
Le ton est résolument combatif. Le Président dresse le bilan d'une tournée nationale de plusieurs semaines (octobre-novembre 2025) ayant parcouru 4083 kilomètres à travers le pays, au contact des populations et des Forces de Défense et de Sécurité (FDS). Son constat est unanime : "un peuple résilient, déterminé, digne, debout et prêt pour la lutte". Mais derrière cette fierté affichée, le chef de l'État adresse surtout un message clair aux "sponsors du terrorisme" : le Niger de la Refondation ne pliera pas.
Partie 1 : L'attaque de Niamey et l'accusation frontale contre la France
300 millions pour une nuit de terreur
L'attaque survenue dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026 contre la base aérienne 101 et l'aéroport international Diori Hamani reste au cœur des préoccupations. Si l'État islamique a revendiqué l'assaut via son agence de propagande Amaq, le Président Tiani maintient fermement ses accusations contre Paris, Cotonou et Abidjan.
Selon le chef de l'État, l'opération aurait coûté 300 millions de FCFA aux "sponsors", répartis entre 200 millions pour la préparation et 100 millions pour la revendication par le JNIM. Il évoque une réunion préparatoire d'agents français à Yablé, au Bénin, en juillet 2025, et accuse directement Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara d'avoir financé cette attaque destinée à "détruire la capacité aérienne du Niger".
"Macron a pris un engagement avant son départ qu'il fera tout pour renverser le régime nigérien qui a osé choisir la voie de l'indépendance, la voie de la souveraineté", a martelé le Président. Une ligne accusatoire qui a provoqué l'indignation à Paris, Cotonou et Abidjan, où ces allégations ont été qualifiées de "guerre informationnelle" par le porte-parole de l'armée française.
Une riposte fulgurante des FDS
Au-delà des accusations, le chef de l'État a tenu à saluer la réactivité des Forces de Défense et de Sécurité. En moins de 20 minutes, selon lui, les assaillants ont été neutralisés. Le bilan officiel fait état de 20 assaillants tués, 11 arrêtés et 4 militaires nigériens blessés. Des dégâts matériels ont été signalés sur plusieurs aéronefs civils, notamment ceux des compagnies Asky et Air Côte d'Ivoire, ainsi qu'un incendie dans un dépôt de munitions.
L'attaque visait selon Tiani à ouvrir la voie à une série d'assauts simultanés sur d'autres villes (Tamou, Say, Téra), plan qu'il affirme avoir été déjoué par la vigilance et le professionnalisme des FDS. Un message adressé autant aux Nigériens qu'aux "parrains" présumés de cette agression : la montée en puissance de l'armée nationale est réelle et opérationnelle.
Partie 2 : L'uranium, symbole d'une souveraineté reconquise
Le bras de fer avec Orano
Si la sécurité occupe l'essentiel de l'espace médiatique, c'est bien la question des ressources naturelles qui structure le discours de rupture du Président Tiani. L'uranium, exploité depuis 1967 par la France via le groupe Orano (ex-Areva), cristallise toutes les tensions.
Le chef de l'État a livré un historique détaillé de ce qu'il qualifie de "pillage organisé" : pendant plus de cinquante ans, selon lui, la France a extrait l'uranium nigérien sans juste rétribution pour le peuple. Depuis juin 2025, le Niger a nationalisé la filiale Somaïr, seule mine d'uranium encore active dans le pays après la fermeture de Cominak en 2021 et le retrait du permis d'Imouraren à Orano en 2024.
Environ 1000 tonnes de concentré d'uranium sont actuellement entreposées sur le site de l'aéroport de Niamey, au cœur d'un bras de fer juridique entre le Niger et Orano. Le groupe français, qui a obtenu une décision d'arbitrage international interdisant la vente de cet uranium, menace de poursuivre "quiconque voudrait mettre la main" sur ces stocks. Niamey, de son côté, entend commercialiser directement sa production sur le marché international.
Pollution et déchets radioactifs : le procès d'Orano
Le Président Tiani a également abordé les accusations environnementales portées contre Orano. Le ministre de la Justice Alio Daouda a révélé début février 2026 la découverte de 400 tonneaux contenant des matières radioactives sur un ancien site abandonné à Arlit. Un comité d'experts a été constitué pour documenter l'ensemble des préjudices environnementaux, sanitaires et fiscaux en vue de poursuites judiciaires tant au Niger qu'à l'étranger.
"L'uranium appartient désormais au Niger", a martelé le Président, rejetant les accusations de ventes secrètes à l'Iran ou à la Chine qui circulent dans certains médias occidentaux. Il a affirmé que le Niger a dû investir massivement pour maintenir la production de la Somaïr après le départ des cadres d'Orano, preuve selon lui de la détermination du pays à reprendre en main son destin économique.
Partie 3 : Gouvernance, économie et relations régionales sous tension
Un "train de survie", pas un train de vie
Conscient des critiques sur les conditions de vie de la population, le Président Tiani a défendu son bilan économique. Il a rejeté l'idée d'un "train de vie luxueux", parlant plutôt d'un "train de survie". Le budget de la Présidence est passé, selon lui, de plus de 200 milliards de FCFA en 2022 à 60 milliards en 2026, les économies ayant été réaffectées à l'éducation et à la défense.
Sur le plan macroéconomique, le chef de l'État a mis en avant une croissance de 6,9% et une inflation maîtrisée à -4,4%, ainsi que l'agrément de 92 nouvelles unités industrielles. Il a appelé les opérateurs économiques à créer des banques privées nigériennes pour faire baisser les taux d'intérêt, dans une logique d'autosuffisance économique.
Bénin et Nigeria dans le viseur
Le ton s'est fait particulièrement ferme lorsque le Président a évoqué les relations avec les pays voisins. Il accuse formellement le Bénin d'héberger des bases françaises et des "terroristes" destinés à déstabiliser le Niger, citant des réunions où Patrice Talon aurait financé des groupes armés à hauteur de "plusieurs centaines de millions" de FCFA.
Concernant le Nigeria, Tiani a mis en garde contre l'installation de bases étrangères et rappelé que les terroristes qui frappent le nord du Nigeria (Boko Haram, Ansaru) ne sont pas Nigériens. Il a même mentionné une réunion d'agents français avec des bandits armés dans l'État de Zamfara en janvier 2026, sans toutefois apporter de preuves tangibles.
La Côte d'Ivoire n'échappe pas non plus aux critiques, avec l'évocation de "réunions secrètes" visant à nuire au Niger. Ce discours offensif s'inscrit dans une logique de guerre informationnelle assumée, où le Niger de l'AES entend dénoncer ce qu'il considère comme des manœuvres néocoloniales orchestrées par Paris via ses "sbires" africains.
L'AES, rempart contre la CEDEAO
Sur la question de l'Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Niger, le Mali et le Burkina Faso, le Président a été catégorique : "La Confédération n'a peur de rien" et le retour au sein de la CEDEAO est "impossible". Il a justifié cette position par le refus de se soumettre à une organisation qu'il juge inféodée aux intérêts occidentaux.
Côté partenariats internationaux, Tiani assume pleinement la diversification avec la Russie et la Turquie pour assurer la défense du pays, tout en évoquant des discussions avec la Chine pour un partenariat "gagnant-gagnant" sur le pétrole. Le premier baril 100% nigérien, produit par la Sonidep, est attendu en 2026, à condition de mobiliser les financements nécessaires.
Partie 4 : Un cours d'histoire pour défendre l'unité nationale
Du Paléolithique à aujourd'hui : un peuple ancien et uni
L'un des moments les plus marquants de l'entretien a été le long exposé historique du Président Tiani pour répondre à ceux qui menacent le "vivre-ensemble". Remontant au Paléolithique, il a retracé l'histoire des empires et royaumes qui ont façonné le Niger : Kanem-Bornou, les cités haoussas (Katsina, Gobir), l'empire Songhaï, le Damagaram, l'Ader...
L'objectif affiché : prouver que le Niger est un "peuple ancien" et non une construction coloniale artificielle. Le Président a insisté sur le métissage séculaire des populations (Peuls, Touaregs, Haoussas, Zarmas, Kanouris) pour démontrer que les divisions actuelles sont, selon lui, instrumentalisées par des forces extérieures cherchant à fragiliser le pays.
"Nous ne sommes pas là pour trahir les aspirations d'un peuple qui nous a fait confiance", a martelé le Général Tiani, en écho aux critiques selon lesquelles le CNSP prolongerait indéfiniment la transition. Il a défendu ses nominations, basées sur des "enquêtes de moralité" menées par la Gendarmerie, la Police et la Sécurité d'État, affirmant n'avoir aucune hésitation à limoger ceux qui faillissent.
Conclusion : Un Niger debout, envers et contre tout
L'entretien du Général Tiani marque un nouveau palier dans la posture offensive du Niger face à l'Occident et ses alliés régionaux. En maintenant ses accusations contre la France malgré les démentis de Paris et les revendications de l'État islamique, le chef de l'État nigérien assume pleinement une lecture géopolitique où la menace terroriste serait instrumentalisée par les anciennes puissances coloniales pour maintenir leur emprise.
La bataille de l'uranium avec Orano, la mobilisation générale décrétée, les tensions diplomatiques avec le Bénin et la Côte d'Ivoire : autant de signaux d'un pays qui entend tourner définitivement la page de la Françafrique. Reste à savoir si cette stratégie de rupture permettra au Niger de concrétiser ses ambitions de souveraineté économique et sécuritaire, ou si elle conduira le pays vers un isolement régional et international encore plus marqué.
Le Président a conclu son intervention par un appel à la résilience, remerciant les Nigériens pour leurs sacrifices et priant pour les "martyrs" tombés face au terrorisme. Un message de fermeté doublé d'un vœu de bon Ramadan, dans un pays où la population aspire avant tout à la paix et au développement.

moulaye
