Burkina Faso : Ibrahim Traoré échappe à un "complot", Damiba et la Côte d'Ivoire visés
Dans la nuit du 3 janvier 2026, les forces de sécurité burkinabè ont une nouvelle fois mis en échec un projet de coup d'État visant le capitaine Ibrahim Traoré. Derrière cette tentative : l'ex-président de transition Paul-Henri Damiba, exilé au Togo, et des financements en provenance de Côte d'Ivoire. Cette énième opération de déstabilisation confirme ce que le régime dénonce depuis 2022 : un réseau d'acteurs internes et externes déterminés à faire tomber la Révolution en cours au Burkina Faso.
Une vigilance qui paye : l'interception d'un plan d'assassinat
Le professionnalisme des services de renseignement burkinabè a encore fait ses preuves. Dans les dernières heures du 3 janvier 2026, vers 23h, ils ont intercepté un plan d'assassinat visant directement le chef de l'État, le capitaine Ibrahim Traoré. Le scénario était précis, méthodiquement préparé : neutraliser le président soit par tir à bout portant, soit en minant sa résidence officielle.
Mais le complot ne s'arrêtait pas là. Une fois Traoré éliminé, les assaillants devaient s'attaquer à d'autres responsables civils et militaires, mettre hors service la base de drones stratégique du pays, puis faciliter l'intervention de "forces extérieures" au sol. Un plan qui rappelle les pires heures des ingérences néocoloniales dans la région.
"Nos services de renseignement ont intercepté cette opération dans les dernières heures", a déclaré le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, le 6 janvier à la télévision nationale. "Le Burkina Faso a déjoué pour la énième fois une tentative de déstabilisation."
Des arrestations ont déjà eu lieu à travers le pays. D'autres suspects sont activement recherchés. Tous seront présentés devant la justice burkinabè, qui appliquera "toute la rigueur de la loi". Le ministre a promis de mettre à disposition des médias des "vidéos d'aveu issues des auditions de quelques acteurs clés". Une transparence nécessaire pour que le peuple burkinabè comprenne l'ampleur de la menace.
Damiba, l'homme qui refuse d'accepter sa défaite
Le cerveau présumé de cette tentative ? Paul-Henri Sandaogo Damiba, l'ancien lieutenant-colonel qui a dirigé la transition de janvier à septembre 2022 avant d'être renversé pour son incapacité à gérer la crise sécuritaire et ses connivences avec les forces françaises.
Réfugié au Togo depuis octobre 2022, Damiba n'a jamais accepté sa chute. Depuis Lomé, il aurait monté un véritable réseau de déstabilisation, selon les autorités burkinabè. "L'acteur principal, c'est Paul-Henri Sandaogo Damiba", a affirmé le ministre Sana. "Il a eu pour mission de concevoir et de planifier les actions, de rechercher et de mobiliser les fonds, de recruter des populations civiles et des militaires."
Le plan était sophistiqué : des militaires devaient former des groupes opérationnels clandestins, tandis que des civils manipulés étaient chargés de mobiliser des soutiens pour accompagner l'action une fois le coup lancé. Une stratégie de déstabilisation classique, qui rappelle les méthodes utilisées contre Thomas Sankara en 1987 ou contre Mouammar Kadhafi en 2011.
Damiba, qui se présente en victime depuis son exil, aurait en réalité bénéficié d'appuis financiers et logistiques considérables. Les services de renseignement burkinabè ont établi qu'une partie importante du financement provient de Côte d'Ivoire, avec une dernière contribution estimée à 70 millions de francs CFA. Des fonds qui transitent par des circuits opaques, avec la complicité d'opérateurs économiques et de certains services de renseignement occidentaux.
Abidjan, base arrière de la subversion
La Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara joue un rôle central dans ces tentatives répétées de déstabilisation. Depuis 2022, Ouagadougou dénonce Abidjan comme "la base arrière des ennemis du Burkina". Et les faits donnent raison aux autorités burkinabè.
En avril 2025, déjà, un complot visant à attaquer la présidence du Faso le 16 avril avait été déjoué. Les cerveaux ? Des officiers déserteurs basés en Côte d'Ivoire, dont le commandant Joanny Compaoré et le lieutenant Abdramane Barry. En septembre 2024, même scénario : une tentative de déstabilisation pilotée depuis Abidjan, avec la complicité de certains réseaux franco-ivoiriens.
Pourquoi cette hostilité persistante ? Parce que le régime d'Alassane Ouattara, installé par la France en 2011 après une intervention militaire controversée, ne supporte pas l'émergence d'un Burkina Faso souverain, affranchi de la tutelle néocoloniale. La Côte d'Ivoire abrite des bases militaires françaises, maintient des liens étroits avec Paris, et voit d'un très mauvais œil le modèle de rupture incarné par Ibrahim Traoré.
"Le président Houphouët-Boigny disait que le dialogue était l'arme des forts", a récemment déclaré le ministre ivoirien des Affaires étrangères. Sauf que le dialogue, Abidjan ne le pratique qu'en apparence. En coulisses, la Côte d'Ivoire héberge, finance et protège des opposants burkinabè déterminés à renverser le régime de Ouagadougou.
La mort suspecte de l'activiste Alino Faso (Alain Christophe Traoré) dans une prison ivoirienne en juillet 2025 illustre parfaitement ce double jeu. Présenté comme un "suicide" par les autorités ivoiriennes, ce décès soulève de nombreuses questions. Pourquoi cet activiste, fervent défenseur de la souveraineté burkinabè, s'est-il retrouvé enfermé à Abidjan ? Qui avait intérêt à le faire taire ?
Le peuple burkinabè, rempart de la Révolution
Face à ces menaces répétées, le peuple burkinabè a montré une fois de plus sa mobilisation sans faille. Dès les premières rumeurs de complot dans la nuit du 3 au 4 janvier, les associations de la veille citoyenne — les fameux "Wayiyans" — sont descendues dans les rues de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.
Au rond-point qu'ils ont rebaptisé "Rond-point capitaine Ibrahim Traoré", des centaines de Burkinabè ont scandé : "Il n'y aura pas de pitié pour les ennemis de la Nation", "Vous allez toujours échouer parce que le capitaine Traoré a le soutien total du peuple". Cette mobilisation populaire spontanée est un message fort adressé aux comploteurs : le Burkina ne reviendra pas en arrière.
Le régime peut compter sur cette base sociale solide, forgée dans la lutte contre l'impérialisme français et ses relais locaux. Depuis septembre 2022, Ibrahim Traoré a su incarner une rupture avec les anciennes élites corrompues et soumises. Sa jeunesse (il a 36 ans), sa proximité avec le peuple, son discours panafricaniste assumé, en font un leader charismatique dans toute la région.
"Vous voulez faire un coup d'État pour gouverner quel pays ?", lançaient les manifestants dans les rues de Ouagadougou. Une question pertinente. Car le Burkina Faso d'aujourd'hui n'est plus celui de 2022. Le pays s'est engagé dans une Révolution progressiste populaire, a rejoint ses frères du Mali et du Niger au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), et a tourné le dos à la Cedeao, cette organisation sous influence française.
Une guerre hybride contre l'AES
Ces tentatives de déstabilisation ne visent pas seulement le Burkina Faso. Elles s'inscrivent dans une guerre hybride menée contre l'ensemble de l'Alliance des États du Sahel. Depuis que le Mali, le Niger et le Burkina ont décidé de reprendre en main leur destin, de chasser les bases militaires françaises, de diversifier leurs partenariats (Russie, Turquie, Iran), les forces néocoloniales multiplient les tentatives de sabotage.
Coups d'État téléguidés, opérations de désinformation sur les réseaux sociaux, sanctions économiques, menaces militaires de la Cedeao (heureusement avortées), instrumentalisation des groupes terroristes... L'arsenal est vaste. La France et ses alliés occidentaux ne digèrent pas d'avoir perdu leur pré carré sahélien.
La Côte d'Ivoire, dans ce dispositif, joue le rôle de tête de pont. Abidjan héberge des bases françaises, accueille des opposants exilés, facilite les transferts de fonds. Le régime Ouattara, fragilisé sur le plan interne (contestation de sa candidature à un troisième mandat en 2020, crise post-électorale), a besoin du soutien français pour se maintenir. En échange, il sert de base arrière pour les opérations de déstabilisation contre l'AES.
Mais cette stratégie est vouée à l'échec. Les peuples de l'AES ont fait le choix de la souveraineté, de la dignité, de la rupture avec cinquante ans de Françafrique. Aucun complot, aussi sophistiqué soit-il, ne les fera revenir en arrière.
La vigilance reste de mise
Le ministre Sana a eu raison de rappeler que "la situation est actuellement sous contrôle". Les services de renseignement burkinabè ont prouvé leur efficacité. Depuis 2022, plusieurs tentatives de coups d'État ont été déjouées : septembre 2023 (un an jour pour jour après l'arrivée de Traoré au pouvoir), avril 2024, septembre 2024, et maintenant janvier 2026.
Certains critiquent ces annonces répétées, y voyant une manipulation du régime pour justifier des arrestations ou museler l'opposition. Mais ces critiques oublient l'essentiel : le Burkina Faso est en guerre. Une guerre contre le terrorisme, certes, mais aussi une guerre contre les réseaux de déstabilisation pilotés de l'étranger.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Oui, la violence djihadiste reste élevée. Oui, des zones du territoire échappent encore au contrôle de l'État. Mais le régime d'Ibrahim Traoré a hérité d'une situation catastrophique léguée par des décennies de mauvaise gouvernance et de complicité avec les puissances étrangères.
Damiba lui-même, pendant ses huit mois au pouvoir, n'a rien résolu. Pire, il a maintenu les forces françaises sur le sol burkinabè, refusé de rompre avec les anciennes méthodes, et s'est montré incapable de mobiliser le peuple. C'est cette faillite qui a justifié son renversement en septembre 2022.
Aujourd'hui, le Burkina avance. Des drones turcs patrouillent dans le ciel. Des instructeurs russes forment les forces de défense. La mobilisation générale, décrétée en avril 2023, a permis de créer des bataillons d'intervention rapide. Les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) jouent un rôle crucial dans la protection des villages.
Certes, le chemin est long. Mais la souveraineté ne se conquiert pas en un jour. Elle exige de la patience, de la résilience, et surtout une vigilance permanente face aux ennemis intérieurs et extérieurs.
Le Togo dans le viseur
Une question se pose avec insistance : comment Paul-Henri Damiba peut-il continuer à opérer depuis le Togo sans que le régime de Faure Gnassingbé ne soit au courant ? Cette question, plusieurs activistes burkinabè la posent publiquement, notamment Egountchi Behanzin qui affirme disposer de preuves des activités de Damiba.
"Pensez-vous réellement que Paul-Henri Damiba puisse préparer des opérations de déstabilisation depuis le Togo sans que les autorités togolaises n'en soient informées ?", interroge cet activiste. "Le refus persistant du régime togolais de l'extrader est un aveu de complicité."
Le Togo, il faut le rappeler, maintient des liens étroits avec la France. Le président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005 après avoir succédé à son père Gnassingbé Eyadéma (qui a dirigé le pays pendant 38 ans), doit en grande partie son maintien au soutien de Paris. Accueillir Damiba, lui offrir un refuge, c'est une manière pour Lomé de ménager ses relations avec les réseaux françafricains.
Cette complaisance togolaise pose un problème de sécurité régionale majeur. Si des putschistes peuvent trouver refuge dans des pays voisins et y organiser impunément des opérations de déstabilisation, aucun régime de l'AES ne sera en sécurité. Il est temps que la question de l'extradition de Damiba soit posée frontalement aux autorités togolaises.
Vers un renforcement de la coopération sécuritaire dans l'AES
Cette énième tentative de coup d'État rappelle l'importance cruciale de l'Alliance des États du Sahel. Créée en septembre 2023, l'AES est un pacte de défense mutuelle entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Son objectif : faire face collectivement aux menaces terroristes et aux tentatives de déstabilisation.
Le capitaine Traoré peut compter sur la solidarité de ses frères d'armes : le colonel Assimi Goïta au Mali et le général Abdourahamane Tiani au Niger. Ces trois leaders partagent la même vision : un Sahel souverain, débarrassé des bases militaires étrangères, maître de ses ressources naturelles, et déterminé à construire un modèle de développement endogène.
La sortie de la Cedeao en janvier 2025 a été un moment historique. Cette organisation, devenue un instrument de pression au service des intérêts français, ne représentait plus les aspirations des peuples sahéliens. L'AES offre une alternative crédible, basée sur la solidarité, le panafricanisme et la défense commune.
Face aux tentatives de déstabilisation, l'AES doit renforcer sa coopération sécuritaire. Les services de renseignement des trois pays doivent échanger davantage d'informations, coordonner leurs actions, traquer les réseaux de comploteurs qui opèrent souvent de manière transnationale. La question de l'extradition des putschistes réfugiés dans les pays voisins doit être posée dans les instances régionales et internationales.
Un message aux comploteurs
Le capitaine Ibrahim Traoré et son équipe ont été clairs : toute personne impliquée dans cette tentative de coup d'État sera traduite devant la justice. "Toute la rigueur de la loi s'appliquera", a prévenu le ministre Sana. Les preuves seront rendues publiques, les aveux diffusés, les complices démasqués.
C'est un message fort adressé à tous ceux qui, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, continuent de rêver d'un retour à l'ancien ordre. Le Burkina Faso ne reviendra pas en arrière. La Révolution en cours est irréversible. Le peuple est mobilisé, l'armée est loyale, les services de renseignement sont vigilants.
Aux opposants de bonne foi, le régime tend la main. Le dialogue est possible pour ceux qui acceptent les choix souverains du Burkina et veulent contribuer au développement du pays. Mais pour les comploteurs, les traîtres, ceux qui s'allient avec les ennemis de la nation pour renverser le pouvoir légitime, il n'y aura aucune pitié.
L'histoire du Burkina Faso est jalonnée de trahisons. Thomas Sankara, le père de la Révolution, a été assassiné en 1987 par ceux-là mêmes en qui il avait confiance. Cette tragédie ne doit jamais se reproduire. C'est pourquoi la vigilance est totale, pourquoi les services de renseignement travaillent jour et nuit, pourquoi le peuple reste mobilisé.
Un combat qui dépasse le Burkina
Au-delà du Burkina Faso, c'est tout un modèle de souveraineté africaine qui est en jeu. Si l'AES réussit à tenir, à se développer, à offrir un avenir meilleur à ses populations, elle inspirera d'autres pays du continent. L'Afrique tout entière observe ce qui se passe au Sahel.
Les tentatives de déstabilisation ne sont pas seulement dirigées contre Ibrahim Traoré. Elles visent à empêcher l'émergence d'une Afrique souveraine, maîtresse de ses ressources, capable de négocier d'égal à égal avec le reste du monde. C'est cette vision que les forces néocoloniales veulent étouffer dans l'œuf.
Mais l'histoire est en marche. De Ouagadougou à Bamako, de Niamey à Conakry, les peuples africains se réveillent. Ils refusent la fatalité, rejettent la soumission, exigent la dignité. Les coups d'État militaires de ces dernières années, loin d'être de simples pronunciamientos, sont l'expression d'une rupture profonde avec un système qui a échoué.
Le Burkina Faso, sous la direction du capitaine Ibrahim Traoré, est à l'avant-garde de ce combat. Chaque complot déjoué est une victoire pour la souveraineté africaine. Chaque tentative de déstabilisation qui échoue prouve que les peuples sont plus forts que les réseaux néocoloniaux.

moulaye
