Deuxième sommet de l’AES à Bamako : un tournant pour la Confédération du Sahel

Les 22 et 23 décembre 2025, Bamako abrite le deuxième sommet des chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (AES). Au menu : renforcement institutionnel, structures communes de sécurité et de diplomatie, lutte antiterroriste et approfondissement de l’intégration souveraine entre Mali, Burkina Faso et Niger.

Deuxième sommet de l’AES à Bamako : un tournant pour la Confédération du Sahel

L’Alliance des États du Sahel (AES) tiendra son deuxième sommet des chefs d’État les 22 et 23 décembre 2025 à Bamako, une échéance présentée comme décisive pour la consolidation de la jeune Confédération Mali–Burkina Faso–Niger. Annoncée par la présidence malienne et préparée par une réunion ministérielle à Ouagadougou, cette rencontre doit traduire politiquement la volonté des trois régimes militaires de construire un espace souverain, sécurisé et plus intégré, en rupture avec l’ancien cadre régional dominé par la CEDEAO.

Un deuxième sommet au parfum de tournant

Après le premier sommet de Niamey de juillet 2024, qui avait entériné la transformation de l’Alliance des États du Sahel en Confédération, Bamako accueillera la deuxième session du Collège des chefs d’État de l’AES les 22 et 23 décembre 2025. La date et le lieu ont été confirmés par le président malien de la Transition, Assimi Goïta, actuel président en exercice de la Confédération, à l’issue de consultations avec ses homologues burkinabè et nigérien.

Ce rendez-vous intervient dans un contexte de rupture consommée avec la CEDEAO, le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger étant devenu effectif en janvier 2025, et de recomposition accélérée des alliances diplomatiques et sécuritaires dans la région. Pour les trois capitales sahéliennes, il s’agit de passer d’un accord essentiellement politique et militaire, signé en septembre 2023, à une architecture institutionnelle complète, assumée comme alternative régionale.

Des travaux préparatoires intenses à Ouagadougou

La tenue du sommet de Bamako a été formalisée à la faveur d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’AES, organisée le 26 novembre 2025 à Ouagadougou. Sous la présidence du chef de la diplomatie malienne Abdoulaye Diop, les ministres ont travaillé avec leurs équipes d’experts à finaliser les documents stratégiques qui seront soumis aux chefs d’État, dans le cadre de la feuille de route 3D (Défense, Diplomatie, Développement) définie par la Confédération.

Les ministres ont salué les avancées enregistrées depuis le sommet de Niamey, notamment la coordination accrue des positions diplomatiques, les efforts conjoints dans la lutte contre le terrorisme et les premiers gestes d’intégration, comme la volonté d’assouplir la circulation intra-AES. La rencontre a débouché sur un relevé de conclusions et un communiqué politique réaffirmant la détermination à faire de l’AES un espace « souverain, sécurisé et prospère », selon la formule désormais récurrente des dirigeants des trois pays.

Renforcer le cadre institutionnel de la Confédération

L’un des enjeux centraux du sommet de Bamako sera le renforcement du cadre institutionnel de l’AES, encore en construction deux ans après la signature de la charte fondatrice. Les documents préparés à Ouagadougou portent notamment sur la clarification des organes de décision (Collège des chefs d’État, Conseil des ministres, comités techniques), sur les mécanismes de prise de décision commune et sur la répartition des compétences entre niveau confédéral et États membres.

Les dirigeants sahéliens veulent doter l’AES d’une voix unique sur les grands dossiers régionaux et internationaux, afin de peser davantage face aux organisations comme la CEDEAO, l’Union africaine ou les Nations Unies. Cette volonté de parler d’une seule voix s’inscrit dans une doctrine de « souveraineté sécuritaire » qui rejette la tutelle des anciens partenaires occidentaux, tout en cherchant de nouveaux alliés stratégiques.

Vers des structures communes : sécurité, diplomatie, économie

Le sommet doit également permettre d’avancer sur la mise en place de structures communes dans trois domaines clés : la sécurité, la diplomatie et l’économie. Sur le plan sécuritaire, les trois pays se sont déjà engagés à considérer qu’une attaque contre l’un serait une attaque contre tous, mais les modalités opérationnelles de cette clause de défense collective doivent encore être précisées et institutionnalisées.

Au plan diplomatique, l’AES cherche à mutualiser ses représentations à l’étranger et à harmoniser ses positions dans les grandes enceintes multilatérales, un chantier déjà amorcé mais qui nécessite un secrétariat permanent solide. Sur le volet économique, les discussions portent sur la facilitation des échanges commerciaux, la libre circulation des personnes, mais aussi sur une éventuelle intégration monétaire à moyen terme, au nom de la reconquête des leviers de souveraineté économique.

Lutte antiterroriste : vers une coopération plus intégrée

La lutte contre les groupes armés terroristes, toujours actifs dans le Liptako-Gourma et dans de vastes zones transfrontalières, demeure la priorité affichée de l’AES. Depuis deux ans, les trois États ont multiplié les opérations conjointes et mis en avant une approche « ancrée localement », reposant sur la mobilisation de forces nationales et de milices auxiliaires, tout en critiquant l’inefficacité des dispositifs internationaux antérieurs.

Le sommet de Bamako devrait entériner une doctrine d’action commune plus claire, avec des mécanismes de partage de renseignement, de planification conjointe et, potentiellement, la montée en puissance d’un état-major intégré. Toutefois, les observateurs soulignent que la capacité réelle de l’AES à stabiliser durablement le Sahel dépendra aussi de la prise en compte des dimensions politiques, socio-économiques et communautaires du conflit, au-delà de la seule réponse militaire.

Une « intégration souveraine » aux contours encore mouvants

Depuis 2024, les chefs d’État de l’AES défendent le concept « d’intégration souveraine », qui vise à concilier coopération régionale étroite et affirmation de l’indépendance face aux ingérences extérieures. Cette approche se veut une réponse aux critiques adressées à la CEDEAO, accusée par Bamako, Ouagadougou et Niamey d’avoir soutenu des sanctions jugées illégitimes et de défendre les intérêts de puissances étrangères.

Concrètement, l’intégration souveraine passe par des initiatives symboliques et pratiques, comme la création annoncée d’outils médiatiques communs, dont une radio de la Confédération dont le lancement officiel est prévu lors du sommet de Bamako. Elle s’exprime aussi par la volonté de replacer la culture, l’histoire partagée et la valorisation des ressources naturelles au cœur du projet de développement de la Confédération.

Un sommet décisif pour l’avenir de l’espace AES

Pour les dirigeants comme pour les opinions publiques des trois pays, la rencontre de Bamako est perçue comme un test de crédibilité pour l’AES, deux ans après sa création et un an après la sortie effective de la CEDEAO. Les décisions attendues fin décembre devraient esquisser la trajectoire institutionnelle, sécuritaire et économique de la Confédération pour les prochaines années, et dire si l’AES peut s’imposer comme un véritable cadre de stabilité et de développement, au-delà du discours souverainiste.

Dans un Sahel marqué par la persistance des violences, la fragilité économique et les tensions diplomatiques, le sommet de Bamako pourrait ainsi contribuer à redéfinir les équilibres régionaux, voire inspirer d’autres dynamiques d’intégration en Afrique de l’Ouest. Reste à savoir si les ambitions affichées à Bamako se traduiront en réformes concrètes et en résultats tangibles sur le terrain, condition essentielle pour convaincre des populations sahéliennes éprouvées mais toujours en quête de sécurité et de dignité.