Mali : 1,2 milliard de dollars arrachés aux géants miniers après un audit historique
Le Mali vient de récupérer 761 milliards FCFA auprès des multinationales minières après un audit sans précédent de son secteur aurifère. Cette offensive de Bamako, qui a contraint jusqu'au géant canadien Barrick Gold à plier, redessine les rapports de force entre États africains et industrie extractive. Décryptage d'une stratégie qui fait école dans tout le Sahel.
Un pactole de 761 milliards arraché aux multinationales
Le chiffre a fait le tour de l'Afrique de l'Ouest. Le 1er décembre 2025, le ministre malien de l'Économie et des Finances, Alousseni Sanou, a présenté au président de la Transition Assimi Goïta les résultats d'une opération de recouvrement historique : 761 milliards de francs CFA (environ 1,2 milliard de dollars) récupérés auprès des sociétés minières opérant dans le pays. mining +4
« Je me réjouis de ces résultats, parmi lesquels on peut citer le recouvrement de 761 milliards de francs CFA sur un objectif de 400 milliards », Energy News a déclaré le ministre Sanou lors de cette cérémonie. TRT Afrika +2 L'objectif initial a donc été quasiment doublé, témoignant de l'ampleur des manquements découverts par les auditeurs. Capmad
Cette manne provient des sept principales compagnies aurifères présentes au Mali : le canadien Barrick Gold, son compatriote B2Gold, les australiens Allied Gold et Resolute Mining, le britannique Endeavour Mining, ainsi que le chinois Ganfeng Lithium et l'irlandais Kodal Minerals pour le secteur du lithium. Afrique sur 7MINING.COM
L'audit, lancé début 2023 Mining WeeklyTRT Afrika à la demande des Assises nationales de la refondation, CapmadPravda FR a été conduit par les cabinets Inventus (malien) et Mazars Miningmx (Sénégal). Qiraat Africa Pendant près de trois ans, une trentaine d'experts Mali Actu ont passé au crible les finances de quinze mines en exploitation, Bamada révélant des violations contractuelles systémiques, des redevances impayées et des pratiques d'optimisation fiscale agressive. Maliweb
L'affaire Barrick Gold : un an de bras de fer avec le premier producteur d'or
Le différend le plus spectaculaire a opposé Bamako à Barrick Gold, TRT Afrika propriétaire du complexe Loulo-Gounkoto Dmarketforces qui produit près de 700 000 onces d'or par an, MINING.COM soit environ 15 % de la production mondiale du groupe canadien. The Globe and MailThe Globe and Mail Cette bataille illustre la détermination du gouvernement de transition à faire plier même les plus puissants.
La chronologie révèle un rapport de force brutal. En septembre 2024, quatre employés de Barrick sont arrêtés. Africa Radio +3 En janvier 2025, le gouvernement saisit trois tonnes d'or Africa Radio +2 (estimées à 245 millions de dollars) et force Barrick à suspendre ses opérations. Energy NewsBarrick Mining Corporation En juin, la justice malienne place le site sous administration provisoire. Maliweb +3 Le PDG Mark Bristow fait même l'objet d'un mandat d'arrêt international. Energy NewsThe Globe and Mail
Finalement, le 24 novembre 2025, Barrick cède et signe un accord global GlobeNewswire prévoyant le versement de 244 milliards FCFA (430 millions de dollars). Miningmx +4 En échange, le groupe obtient le renouvellement de son permis d'exploitation pour dix ans Claims Journal et la levée de toutes les poursuites contre ses employés, GlobeNewswire libérés après un an de détention. CapmadMaliweb
« L'objectif n'était pas seulement de récupérer des fonds, mais aussi de garantir à l'État une part significative dans les contrats miniers », Qiraat Africa a expliqué Mamou Touré, Qiraat Africa coordonnateur de la mission d'audit. MINING.COM Les autres compagnies ont été contraintes de suivre Qiraat AfricaTRT Afrika : Resolute Mining a déboursé 160 millions de dollars, Ecofin AgencyThe Globe and Mail B2Gold 30 millions de dollars, West Africa Weekly tandis qu'Allied Gold et Endeavour ont réglé des montants non divulgués.
Un nouveau code minier qui change la donne
Ces recouvrements s'inscrivent dans une refonte complète du cadre réglementaire malien. Le Code minier 2023, adopté le 28 août de cette année-là, Minesactu modifie radicalement l'équation économique de l'exploitation aurifère.
Principales dispositions du nouveau régime :
- Participation de l'État portée de 20 % à 35 % SenewebMali Actu (10 % gratuit, 20 % acquérable, 5 % réservés aux investisseurs maliens) The Globe and Mail +2
- Redevances minières augmentées de 6,5 % à 10 % The Globe and Mail
- Suppression des clauses de stabilité fiscale Dmarketforces +2 qui protégeaient les multinationales pendant 15 ans
- Contribution obligatoire de 0,75 % du chiffre d'affaires au développement local
« L'une des préoccupations majeures des Maliens lors des Assises nationales de la refondation était de savoir si un jour l'or pourrait briller pour le Mali et les Maliens », Koulouba avait déclaré le ministre Sanou lors de la promulgation du code.
Les projections officielles annoncent 586 milliards FCFA de revenus supplémentaires par an, Mali Actu portant la contribution totale du secteur à plus de 1 000 milliards FCFA annuellement. TRT Afrika +3 Pour un pays où l'or représente 80 % des exportations The Globe and Mail et près d'un tiers des recettes publiques, l'enjeu est existentiel.
Le Sahel à l'heure de la reconquête de ses ressources
L'expérience malienne n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une vague de nationalisme des ressources qui traverse toute l'Afrique de l'Ouest, portée par des régimes de transition militaires partageant une même volonté de rupture avec les héritages post-coloniaux.
Au Niger, le général Tiani a révoqué le permis d'Orano sur le gisement d'Imouraren et nationalisé la SOMAÏR, mettant fin à 50 ans de présence française dans l'uranium. Mining WeeklyAl Jazeera Au Burkina Faso, le capitaine Traoré a fait adopter un nouveau code minier en 2024 et nationalisé plusieurs mines d'Endeavour Mining. Wikipedia +2 La Guinée a révoqué 51 licences minières Alcircle et exige désormais la construction de raffineries d'alumine sur son sol. Kpler
« Il y a un fort désir de s'éloigner de l'influence post-coloniale, de s'affirmer indépendamment des anciennes puissances », Modern Ghana analyse un expert cité par African Law & Business.
Le Centre d'études africaines de Moscou observe cette dynamique avec intérêt. « En 2024, le Mali a reçu 40 % de paiements supplémentaires des compagnies aurifères, totalisant 1,4 milliard USD. À long terme, de telles politiques pourraient renforcer significativement la stabilité macroéconomique et servir de modèle pour d'autres pays du Sahel », RT estime l'analyste Vsevolod Sviridov.
Entre espoirs et inquiétudes : quel avenir pour le secteur minier malien ?
Les succès de l'audit masquent des risques réels. La production d'or industrielle malienne a chuté de 32 % MarketScreener entre 2023 et 2025, miningMining Weekly en partie à cause des tensions avec Barrick. MINING.COM Les dépenses d'exploration ont plongé de 53 % en deux ans, passant de 154 millions de dollars en 2022 à 72 millions en 2024. Center for Strategic and International Studies
« Le taux de participation de l'État et la hausse des redevances sont trop élevés pour encourager l'investissement. D'après mes conversations avec certains au gouvernement, il y a une prise de conscience croissante que le code minier est trop sévère », confie un dirigeant minier sous couvert d'anonymat lors du Mining Indaba de février 2025. The Globe and Mail
Les analystes financiers restent toutefois optimistes sur la reprise des opérations. Jefferies prévoit que Loulo-Gounkoto pourrait produire 670 000 onces en 2026, générant 1,5 milliard de dollars de cash-flow opérationnel pour Barrick. StocktwitsClaims Journal L'action du groupe canadien a d'ailleurs bondi de 8,5 % Claims Journal à l'annonce de l'accord. Mining Technology
Pour le Mali, le défi est désormais de transformer ces revenus exceptionnels en développement tangible pour ses 22 millions d'habitants, dans un contexte sécuritaire toujours précaire. La transparence dans l'utilisation des fonds récupérés sera le véritable test de cette politique de reconquête des ressources nationales.
Chiffres-clés de l'audit minier malien
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Montant total récupéré | 761 milliards FCFA (1,2 Md$) |
| Accord Barrick Gold | 244 milliards FCFA (430 M$) |
| Paiement Resolute Mining | 160 millions USD |
| Paiement B2Gold | 30 millions USD |
| Revenus supplémentaires attendus/an | 586 milliards FCFA |
| Contribution totale projetée/an | 1 022 milliards FCFA |
| Nouvelle participation État | 35 % (vs 20 % avant) |
| Nouvelles redevances | 10 % (vs 6,5 % avant) |
Conclusion : un modèle sous surveillance
L'audit minier malien constitue un tournant dans les relations entre États africains et multinationales extractives. En récupérant 1,2 milliard de dollars et en imposant un nouveau cadre fiscal, Bamako a démontré qu'un rapport de force assumé pouvait produire des résultats concrets. Le succès de cette stratégie inspire déjà les voisins sahéliens.
Reste à prouver que cette manne servira effectivement le développement du pays, et non les seules caisses de l'État. L'initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), dont le Mali est membre depuis 2007, suivra de près l'allocation de ces fonds. Dans un contexte où la légitimité des régimes de transition repose largement sur leur capacité à améliorer les conditions de vie des populations, la gestion de cette richesse retrouvée sera scrutée de près.

moulaye
