Peine capitale au Burkina : Ouagadougou durcit le ton contre terrorisme et corruption

Sept ans après son abolition, le Burkina Faso rétablit la peine capitale pour haute trahison, terrorisme et espionnage. Cette décision, adoptée jeudi 4 décembre 2025 par le Conseil des ministres sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré, s'inscrit dans une réforme pénale plus large qui durcit aussi les sanctions contre la corruption et l'homosexualité. Un tournant qui interroge sur la trajectoire judiciaire des pays de l'Alliance des États du Sahel.

Peine capitale au Burkina : Ouagadougou durcit le ton contre terrorisme et corruption

Une abolition de courte durée

C'était en 2018. Le Burkina Faso, sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, rejoignait la liste des pays africains abolitionnistes, trente ans après la dernière exécution recensée dans le pays en 1988. Cette avancée saluée par les organisations internationales de défense des droits humains aura duré moins d'une décennie.

Le nouveau code pénal adopté jeudi réintroduit la peine de mort pour "un certain nombre d'infractions que sont la haute trahison, les actes de terrorisme, les actes d'espionnage, entre autres", selon les termes du ministre de la Justice Edasso Rodrigue Bayala. Pour le gouvernement, cette décision "répond aux aspirations profondes du peuple" burkinabè et s'inscrit dans "la dynamique des réformes globales du secteur".

Le contexte sécuritaire donne un éclairage particulier à cette décision. Depuis 2015, le Burkina Faso fait face à une insurrection djihadiste qui a déstabilisé de larges pans du territoire national. Plus de 2,3 millions de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays. Les autorités de transition justifient le durcissement pénal par la nécessité de protéger la souveraineté nationale face aux menaces terroristes.

Un arsenal répressif élargi

Le rétablissement de la peine capitale n'est qu'un volet de cette vaste refonte du code pénal. Les amendes sont relevées massivement : les minimums passent de 250 000 à 500 000 FCFA pour toutes les catégories d'infractions. En matière de circulation routière, le ministre Bayala explique que les sanctions ont été particulièrement durcies car "90 à 95% des accidents qui endeuillent les familles burkinabè sont du fait de l'usager".

Pour les crimes économiques, le nouveau texte prévoit des peines pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement à vie lorsque le montant détourné atteint ou dépasse 5 milliards FCFA. Une disposition qui s'ajoute au travail d'intérêt général, désormais institué comme peine principale. Le code pénal "sanctionne également la promotion et les pratiques homosexuelles et assimilées", poursuivant un durcissement législatif déjà amorcé en septembre dernier avec l'adoption d'une loi prévoyant jusqu'à cinq ans de prison pour les "auteurs de pratiques homosexuelles".

Ces mesures interviennent alors que l'économie burkinabè affiche des indicateurs en amélioration. Le ministre de l'Économie et des Finances, Dr Aboubacar Nacanabo, a annoncé une mobilisation de 2 500 milliards FCFA de ressources intérieures au 30 septembre 2025, soit 105% des prévisions. Cette performance a permis de régler près de 1 200 milliards FCFA de dette intérieure. Le gouvernement table sur une croissance de 6,28% pour fin 2025.

À contre-courant d'une tendance africaine

Cette décision place le Burkina Faso à contre-courant d'un mouvement continental. Selon l'Agence Française de Développement et la Coalition mondiale contre la peine de mort, l'Afrique est devenue "le continent le plus dynamique en termes d'avancée vers l'abolition de la peine de mort" ces dernières années.

Entre 2007 et 2021, onze États africains ont aboli la peine capitale : le Rwanda, le Togo, le Burundi, le Gabon, le Bénin, Madagascar, le Congo, la Guinée, le Burkina Faso lui-même, le Tchad et la Sierra Leone. Au 1er janvier 2022, 23 États sur les 55 membres de l'Union africaine avaient aboli la peine de mort en droit. En novembre 2025, le Zimbabwe a rejoint ce mouvement, porté par des réformes judiciaires progressistes.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, déclarait en mars 2025 que "les pays du Sud sont aujourd'hui à la tête du mouvement abolitionniste". Mais il reconnaissait aussi que "le contexte lié au terrorisme fait parfois obstacle à davantage de progrès".

C'est précisément ce contexte qui motive le revirement burkinabè. Membre de l'Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Niger, le Burkina Faso privilégie désormais une approche sécuritaire durcie. Les trois pays ont quitté la CEDEAO en janvier 2024, reprochant à l'organisation un manque de solidarité dans la lutte contre le terrorisme.

Des implications régionales à surveiller

Pour le Niger voisin, cette évolution burkinabè pose question. Les deux pays partagent non seulement une frontière de plus de 600 kilomètres, mais aussi des défis sécuritaires similaires et une appartenance commune à l'AES. Le Niger maintient la peine de mort dans son arsenal juridique, même si aucune exécution n'y a été effectuée depuis 1976.

Les ministres de la Justice des pays de l'AES ont d'ailleurs participé à la rentrée judiciaire burkinabè en octobre 2025, où le ministre nigérien de la Justice a indiqué que leur collaboration a été renforcée "afin d'offrir une justice digne de ce nom aux populations de l'AES". Cette coordination judiciaire régionale pourrait influencer les politiques pénales des pays membres.

Les organisations de défense des droits humains s'inquiètent de cette décision. Amnesty International rappelle régulièrement que la peine de mort présente "de graves risques pour les droits humains, en particulier en raison de son caractère irréversible, du risque d'erreurs judiciaires et de l'inégalité d'accès à un procès équitable". L'organisation avait salué l'abolition de 2018 comme une avancée majeure.

Le texte adopté doit maintenant être validé par l'Assemblée législative de transition, créée par la junte militaire au pouvoir depuis septembre 2022. Rien n'indique que ce processus rencontrera des obstacles significatifs, compte tenu du contrôle exercé par les autorités de transition sur l'appareil législatif.

Entre fermeté et interrogations

Cette réforme soulève plusieurs questions. D'abord, celle de son efficacité dissuasive réelle. Les données internationales montrent que la peine de mort n'a jamais prouvé son efficacité supérieure pour prévenir les crimes graves par rapport à l'emprisonnement à vie. Ensuite, celle des standards de justice dans un pays en guerre : comment garantir des procès équitables dans un contexte sécuritaire dégradé ?

Certains analystes y voient une réponse symbolique forte à une population exaspérée par l'insécurité et les exactions. D'autres craignent des dérives potentielles, notamment l'application de la peine capitale à des opposants politiques sous couvert de haute trahison ou d'espionnage.

Pour le moment, le gouvernement burkinabè défend une ligne de fermeté tous azimuts : contre le terrorisme, contre la corruption, contre ce qu'il considère comme des atteintes aux valeurs traditionnelles. Cette approche trouve un écho dans une partie de la population, lassée de l'insécurité chronique.

Mais elle inquiète aussi au-delà des frontières. Car dans un espace régional fragile comme le Sahel, les choix judiciaires d'un pays résonnent bien au-delà de son territoire. Surtout quand ils concernent le droit à la vie, ce droit fondamental que les instruments africains des droits de l'homme protègent explicitement.

Le débat sur la peine de mort au Burkina Faso, et plus largement dans l'espace AES, ne fait sans doute que commencer. Entre impératifs sécuritaires et respect des engagements internationaux, les pays sahéliens naviguent sur une ligne de crête délicate. L'avenir dira si ce durcissement pénal apporte les résultats escomptés ou s'il ouvre la voie à de nouvelles tensions.