Coup d'État au Bénin : le président Patrice Talon contesté par des militaires à Cotonou

Ce dimanche 7 décembre 2025, le Bénin plonge dans l'incertitude après qu'un groupe de militaires a annoncé avoir renversé le président Patrice Talon. Menés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, ces putschistes dénoncent la dérive autoritaire du régime, la crise sécuritaire au Nord et l'exclusion politique. La tentative de coup d'État intervient quelques mois avant une présidentielle déjà controversée et s'inscrit dans une vague d'instabilité qui secoue toute l'Afrique de l'Ouest.

Coup d'État au Bénin : le président Patrice Talon contesté par des militaires à Cotonou

L'aube d'une insurrection

Aux premières heures de ce dimanche, Cotonou s'est réveillée au son des armes. Des éléments des forces armées béninoises ont lancé un assaut contre la résidence présidentielle de Patrice Talon, située dans le quartier de Guézo. Parallèlement, d'autres unités prenaient le contrôle de la télévision nationale béninoise, transformant l'antenne en tribune pour annoncer leur coup de force.

À l'écran, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, fraîchement autoproclamé président du Comité Militaire pour la Refondation (CMR), a énuméré les griefs contre le régime de Patrice Talon. Suspension immédiate de la nouvelle Constitution adoptée en novembre dernier, fermeture des frontières jusqu'à nouvel ordre, prise en main des affaires de l'État. Les annonces se sont succédé dans un climat de confusion totale qui règne encore dans la capitale économique.

Au moment où nous publions, aucune communication officielle n'a été émise par le gouvernement béninois. L'issue réelle de cette tentative de putsch reste floue. Le président Talon a-t-il effectivement été renversé ? Est-il en détention, en fuite, ou toujours maître du jeu ? Les heures qui viennent seront cruciales pour déterminer le sort politique du pays.

Une cocotte-minute sécuritaire et politique

Cette explosion de violence ne sort pas de nulle part. Depuis plusieurs années, le Bénin accumule les tensions sur deux fronts majeurs : la menace terroriste au nord et une gouvernance de plus en plus autoritaire à Cotonou.

Sur le plan sécuritaire, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Entre décembre 2021 et avril 2025, environ 217 soldats béninois ont perdu la vie dans des attaques djihadistes. La plus meurtrière a eu lieu le 17 avril 2025 dans le parc national du W, où 54 militaires ont été tués lors d'une triple offensive du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Quelques mois plus tôt, en janvier, 28 autres soldats tombaient dans la même zone, surnommée le « Triple point », à la frontière entre le Bénin, le Niger et le Burkina Faso.

« Notre situation serait autrement plus facile si nous avions une belle coopération avec les pays qui nous entourent », avait déploré Wilfried Léandre Houngbédji, porte-parole du gouvernement, en avril dernier. Le problème, c'est que les relations avec Niamey et Ouagadougou, désormais dirigées par des régimes militaires, se sont complètement dégradées. Ces voisins accusent Cotonou d'héberger des bases militaires occidentales destinées à les déstabiliser. Résultat : zéro coordination contre les terroristes, qui profitent de ces failles pour multiplier leurs incursions.

Côté politique, le régime de Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, fait face à des accusations croissantes de dérive autoritaire. Emprisonnement d'opposants sous prétexte de terrorisme, contrôle de la Cour constitutionnelle, exclusion de partis de la course électorale... La liste des griefs s'allonge. Le coup de grâce est venu mi-novembre avec l'adoption d'une réforme constitutionnelle controversée qui rallonge le mandat présidentiel de cinq à sept ans et crée un Sénat aux prérogatives floues.

Cette révision, votée à la va-vite dans la nuit du 14 au 15 novembre – au milieu de coupures d'électricité qui plongeaient régulièrement les députés dans le noir – a été perçue comme une manœuvre pour verrouiller le pouvoir. D'autant qu'elle intervient quelques heures seulement après que la Cour constitutionnelle a validé l'exclusion du candidat du parti Les Démocrates de la présidentielle d'avril 2026, laissant Romuald Wadagni, le dauphin de Talon, sans véritable rival crédible.

Un pays qui bascule

Le CMR ne s'est pas contenté de suspendre la Constitution. Dans son message à la nation, le comité militaire a dressé un réquisitoire implacable contre Patrice Talon : dégradation sécuritaire, attribution opaque des marchés publics, vote de lois « nuisibles », exclusion systématique des opposants, et détérioration des conditions de vie des militaires et des enseignants.

Ces accusations résonnent avec force dans un pays où la frustration monte. En septembre 2024 déjà, une tentative de coup d'État avait été déjouée. Trois personnalités avaient été arrêtées, dont Olivier Boko, homme d'affaires proche du président, et Oswald Homéky, ancien ministre. Les deux hommes ont été jugés et condamnés à 20 ans de prison en janvier 2025, illustrant les tensions au sein même de l'élite béninoise.

Cette nouvelle tentative de putsch marque un tournant symbolique. Le Bénin, longtemps célébré comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l'Ouest, bascule à son tour dans l'instabilité. Depuis 2020, la région a connu huit coups d'État ou tentatives de prise de pouvoir militaire : Mali, Guinée, Burkina Faso, Niger... La contagion s'étend désormais à un pays qui semblait jusqu'ici épargné.

Cette onde de choc régionale s'explique par plusieurs facteurs communs : la montée du terrorisme sahélien, la défiance envers les anciennes puissances coloniales, la frustration face à des élites politiques perçues comme corrompues, et le sentiment diffus que les démocraties n'ont pas tenu leurs promesses de développement.

Quel avenir pour le Bénin ?

La situation reste extrêmement volatile. Si le coup d'État aboutit, le Bénin rejoindra le club des pays sahéliens sous gouvernance militaire, avec toutes les incertitudes que cela implique : suspension des institutions démocratiques, sanctions internationales probables, isolement diplomatique, et difficulté à trouver des solutions durables aux crises sécuritaire et économique.

Si Patrice Talon parvient à reprendre le contrôle, la question de la légitimité de son pouvoir se posera avec encore plus d'acuité. Comment gouverner un pays où une partie de l'armée a tenté de vous renverser ? Comment apaiser les tensions alors que l'élection présidentielle approche ?

Quoi qu'il arrive dans les prochaines heures, une chose est certaine : le Bénin ne sera plus jamais le même. Le pays fait face à un choix crucial entre un retour à un dialogue politique inclusif ou une dérive vers l'autoritarisme militaire. Dans les deux cas, c'est toute l'architecture démocratique ouest-africaine, déjà fragile, qui vacille un peu plus.

« Chaque soldat qui meurt, c'est toutes les familles du Bénin qui sont éplorées », avait déclaré le porte-parole du gouvernement après le massacre d'avril. Aujourd'hui, ce sont 12 millions de Béninois qui retiennent leur souffle, en attendant de savoir qui dirigera leur pays demain.