Bénin : le 12 avril, les urnes sont ouvertes mais la vraie compétition n'a pas commencé

L'élection présidentielle béninoise du 12 avril 2026 n'opposera que deux duos de candidats. Le principal parti d'opposition a été exclu pour un seul parrainage manquant. Patrice Talon, lui, ne se représente pas. Mais derrière ce scrutin aux allures de formalité, des enjeux de continuité politique et régionale se jouent — dont la relation tendue avec l'AES.

Bénin : le 12 avril, les urnes sont ouvertes mais la vraie compétition n'a pas commencé

Deux candidats, un seul suspense

Le Bénin vote le 12 avril 2026. Et à première vue, tout est déjà joué. Deux duos seulement sont en lice : d'un côté, Romuald Wadagni, l'ex-ministre des Finances et candidat de la coalition au pouvoir (Union progressiste Renouveau + Bloc républicain), avec Mariam Chabi Talata comme colistière. De l'autre, Paul Hounkpè, représentant d'une opposition dite "modérée", sous la bannière des Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE).

Le principal parti d'opposition a lui été recalé — pour avoir présenté 27 parrainages valides au lieu des 28 exigés. Un écart d'une voix qui prive l'élection de son adversaire le plus crédible. Coïncidence ou système rodé ? Les observateurs africains ont leurs réponses.

Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, respecte la limite de deux mandats. Son successeur désigné, Romuald Wadagni, est l'architecte de la politique économique des dix dernières années. Continuité assurée.

Un "modèle démocratique" qui vacille

Le Bénin s'est longtemps présenté comme un modèle démocratique en Afrique de l'Ouest. Conférence nationale de 1990, alternances régulières, stabilité relative. Cette réputation s'est progressivement fissurée sous Talon : réforme du code électoral qui marginalise les partis d'opposition, arrestations de figures politiques, presse sous pression.

En 2026, avec seulement deux candidatures retenues sur un total de dossiers déposés, la question de la représentativité se pose frontalement. "Une élection à deux candidats dans un pays de 14 millions d'habitants, ce n'est plus une élection, c'est une validation", a confié un juriste béninois sous couvert d'anonymat.

Les 15 jours de campagne se déroulent dans un contexte de tension. L'opposition appelle à boycotter — mais le boycott ne change pas les résultats dans un pays où le vote reste majoritairement acquis aux coalitions en place.

La question régionale : Bénin-Niger, un voisinage sous tension

Ce scrutin s'inscrit dans un contexte régional particulier. Le Niger du CNSP a officiellement accusé le Bénin d'avoir co-sponsorisé l'attaque contre l'aéroport international Diori Hamani de Niamey en janvier 2026. Des accusations que Cotonou a fermement rejetées.

La frontière entre les deux pays est fermée depuis le coup d'État de juillet 2023 et les sanctions de la CEDEAO — et ne s'est jamais vraiment rouverte. Le pipeline Niger-Bénin, qui exporte le pétrole brut nigérien vers le port de Sèmè, fonctionne malgré tout, preuve que les intérêts économiques résistent aux tensions diplomatiques.

Qui que soit le vainqueur du 12 avril, la relation Niamey-Cotonou restera un dossier brûlant. Si Wadagni l'emporte et maintient la ligne de Talon, une normalisation semble peu probable à court terme. Le nouveau président devra choisir : continuer la confrontation symbolique avec l'AES, ou chercher un canal de dialogue pragmatique.

Ce qui se joue vraiment

Au-delà du vote, c'est la question de la gouvernance économique qui intéresse les voisins de l'AES. Le Bénin est une économie de transit : le port de Cotonou est vital pour le commerce du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Toute instabilité — même post-électorale — a des répercussions directes sur les chaînes d'approvisionnement sahéliennes.

La campagne est ouverte. L'issue est prévisible. Mais les conséquences régionales, elles, restent ouvertes.