A l'ONU, la traite des Noirs déclarée "crime le plus grave" : victoire symbolique, questions concrètes

Le 25 mars 2026, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté la résolution portée par le Ghana qualifiant la traite transatlantique des esclaves africains de « crime le plus grave contre l'humanité ». 123 pays pour, 3 contre. Un vote historique — mais que va-t-il vraiment produire ?

A l'ONU, la traite des Noirs déclarée "crime le plus grave" : victoire symbolique, questions concrètes

Introduction

La date du 25 mars n'est pas neutre. C'est la Journée internationale du souvenir des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, instaurée par les Nations unies en 2007. Mais en 2026, ce jour a pris une dimension inédite : l'Assemblée générale de l'ONU a adopté une résolution portée par le Ghana qui va plus loin que toutes les déclarations précédentes. Pour la première fois, la traite transatlantique des esclaves africains est officiellement proclamée « crime le plus grave contre l'humanité » par l'organe le plus représentatif de la communauté internationale. Le vote : 123 pour, 3 contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions dont la France.

C'est un moment historique. Mais entre la portée symbolique et les conséquences concrètes, il y a un chemin long et incertain — que beaucoup d'observateurs africains s'empressent de pointer.


Partie 1 — Ce que contient la résolution et comment le vote s'est déroulé

La résolution, préparée par la délégation ghanéenne sous l'impulsion du président John Dramani Mahama, contient plusieurs demandes substantielles. Elle appelle les États membres à « envisager » des excuses formelles pour la traite transatlantique. Elle demande la création d'un fonds international de réparations pour les descendants des victimes. Elle réclame la restitution d'objets culturels et spirituels pillés durant la période coloniale et esclavagiste. Et elle appelle à des politiques actives de lutte contre le racisme systémique, présenté comme un héritage direct de l'esclavage.

Le score du vote est significatif. 123 voix pour, c'est une majorité large qui inclut la quasi-totalité des pays africains, des Caraïbes, de l'Amérique latine et d'une partie de l'Asie. Les 3 voix contre (États-Unis, Israël, Argentine) ont une dimension politique claire : les trois pays ont des raisons spécifiques de refuser cette déclaration, liées à leurs propres débats nationaux sur la responsabilité historique. Les 52 abstentions — parmi lesquelles la France — sont lues comme une tentative de ne pas bloquer le texte tout en évitant de s'engager formellement sur les réparations.


Partie 2 — Ce que ça change — et ce que ça ne change pas

« C'est l'avancée la plus significative de l'ONU dans la reconnaissance de l'esclavage transatlantique comme crime contre l'humanité », a déclaré le professeur de droit Justin Hansford de l'université Howard, spécialiste des réparations. « Cette résolution ouvre une porte que beaucoup pensaient fermée. »

Mais plusieurs juristes et militants africains tempèrent l'enthousiasme. Une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU n'est pas juridiquement contraignante. Elle ne crée pas d'obligation légale pour les États. Elle ne déclenche pas automatiquement le versement de réparations. « Nous avons déjà eu des déclarations symboliques, et le gap entre la déclaration et l'action est énorme », relève une avocate spécialisée en droit international et droit des réparations (citation reconstituée, source confidentielle). « Ce qui comptera, c'est ce que le Ghana et les autres porteurs du texte vont faire avec cette victoire dans les prochains mois. »

La position des abstenus est aussi lourde de sens. La France, qui s'est abstenue, a reconnu l'esclavage comme « crime contre l'humanité » dans sa propre législation (loi Taubira, 2001) mais refuse depuis 25 ans de trancher sur les réparations. Son abstention à l'ONU est cohérente avec cette position — et très critiquée dans les pays africains francophones.


Partie 3 — Pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel, une résonance particulière

Pour les pays d'Afrique de l'Ouest, cette résolution a une résonance directe. Ce sont leurs ancêtres qui ont le plus alimenté la traite transatlantique entre le XVIe et le XIXe siècle. Le Bénin, le Ghana, le Sénégal et la Côte d'Ivoire ont été des points de départ majeurs. Le Ghana, initiateur de la résolution, joue ici un rôle de leadership continental qui lui donne une visibilité internationale importante.

Pour le Niger et les pays de l'AES, le sujet s'inscrit dans un contexte plus large : celui de la remise en question des relations historiques avec l'Occident. Dans le discours des autorités sahéliennes actuelles — qui dénoncent régulièrement l'« exploitation » et l'« ingérence » — la question de la responsabilité historique de l'Occident résonne fort. La résolution de l'ONU donne un argument supplémentaire à ceux qui plaident pour une refonte radicale des relations Afrique-Europe.

Le sujet des réparations va maintenant entrer dans une nouvelle phase de négociation — dans les couloirs onusiens, mais aussi dans les relations bilatérales entre pays africains et anciennes puissances coloniales. Le Niger, qui n'exporte pas seulement du pétrole mais aussi de l'uranium (ressource stratégique mondiale), pourrait dans ce cadre revendiquer une forme de « réparation économique » sous forme de meilleurs termes commerciaux. La question est ouverte.


Conclusion

La résolution adoptée le 25 mars à l'ONU est un moment qui comptera dans l'histoire. Pas parce qu'elle déclenche demain des versements de réparations — elle ne le fait pas. Mais parce qu'elle ancre dans le droit international symbolique une vérité que beaucoup d'États occidentaux préféraient laisser dans le domaine du débat historique. Le Ghana a joué un coup diplomatique habile, et l'Afrique a voté massivement pour lui donner raison. La suite appartient à la politique, aux tribunaux et aux négociations. Et sur ce terrain-là, le chemin est encore très long.