Le détroit d'Ormuz en feu : derrière la guerre Iran-USA, l'Afrique aussi paiera le prix

Depuis fin février 2026, les États-Unis et Israël bombardent l'Iran. L'Iran riposte en fermant partiellement le détroit d'Ormuz, par où circule 20% du pétrole mondial. Le résultat : les cours du brut s'envolent, et les économies africaines — dont celles de l'AES, déjà sous pression — risquent d'en absorber le choc.

Le détroit d'Ormuz en feu : derrière la guerre Iran-USA, l'Afrique aussi paiera le prix

Le feu au Moyen-Orient

Le 28 février 2026, des frappes américano-israéliennes ont visé des infrastructures militaires iraniennes, provoquant la mort du Guide suprême Ali Khamenei. Depuis, la région ne s'est plus stabilisée. L'Iran a riposté par des salves de missiles et de drones contre des bases américaines, le territoire israélien et des États du Golfe.

Mais la décision la plus lourde de conséquences mondiales, c'est celle des Gardiens de la Révolution : la fermeture partielle du détroit d'Ormuz aux navires liés à "l'ennemi". Ce verrou maritime, long de 54 kilomètres à son point le plus étroit, représente le passage obligatoire de 20% du pétrole mondial et d'une part significative du gaz naturel liquéfié.

Résultat immédiat : trois porte-conteneurs ont été forcés à faire demi-tour. Le trafic maritime s'est quasiment arrêté. Les assureurs ont suspendu leurs couvertures pour la zone. Et les prix du baril ont bondi.

20% du pétrole mondial par un seul couloir

Pour comprendre l'enjeu, il faut avoir en tête quelques chiffres. Avant la crise, environ 21 millions de barils de pétrole transitaient quotidiennement par Ormuz. En 2025, cela représentait environ un tiers des exportations mondiales de brut en valeur. Selon l'Agence internationale de l'énergie, aucune route alternative ne peut absorber ce volume dans des délais courts.

Côté américain, Donald Trump a fixé un ultimatum — expirant le 6 avril 2026 — avant d'éventuelles frappes supplémentaires sur les centrales électriques iraniennes. Mais ses conseillers lui soufflent que les "options terrestres" sont risquées, voire impraticables. L'escalade est là, mais personne ne contrôle vraiment le calendrier.

"Le détroit d'Ormuz n'est pas qu'une affaire de pétroliers. C'est l'artère de l'économie mondiale", analysait récemment un expert du Centre d'études stratégiques de l'Afrique, rappelant que les répercussions s'étendront bien au-delà du Golfe.

L'Afrique dans la ligne de feu des prix

L'AES est une région où le Niger exporte du pétrole brut — un pilier de son budget 2026. Une hausse prolongée des prix est, à court terme, une bonne nouvelle pour les producteurs. Mais le revers est immédiat pour les consommateurs.

Le carburant au Niger, au Mali et au Burkina Faso est subventionné ou fortement contrôlé. Mais les chaînes d'approvisionnement sont fragiles. Si les prix du brut restent élevés, les coûts de transport des denrées alimentaires, des médicaments et des intrants agricoles augmentent aussi — dans des pays où l'inflation pèse déjà lourd sur les ménages les plus modestes.

À cela s'ajoute une dimension géopolitique que Niamey ne peut ignorer. L'Iran est un acteur régional qui entretient des relations avec des mouvements et des États avec lesquels les pays de l'AES interagissent — directement ou indirectement, à travers leurs partenaires russes et chinois. Une guerre longue au Moyen-Orient redistribue les cartes des alliances mondiales.

Ce conflit n'est pas "loin de nous"

Il serait confortable de regarder cette crise comme un problème entre grandes puissances. Ce serait une erreur. Les Africains importent du carburant, des équipements, des médicaments. Ils paient en dollars. Et le dollar monte quand le pétrole monte — aggravant la dépréciation des monnaies locales.

La conjonction d'une guerre à Ormuz et d'une instabilité sahélienne persistante pourrait accélérer des chocs économiques que nos États n'ont pas les filets sociaux pour absorber.

Une question reste ouverte : les dirigeants de l'AES ont-ils une position commune sur ce conflit ? Aucune déclaration formelle n'a été produite à ce stade.