FIER/JNER 2026 : l'État vise 30% de renouvelables, le privé nigérien comme CDS déjà en première ligne

Le Niger a ouvert ce 7 avril 2026 son premier Forum International sur les Energies Renouvelables, sous le parrainage du Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine. Derrière les annonces de projets et les chiffres en mégawatts, c'est une ambition plus profonde qui s'affiche : faire de l'énergie le pilier d'une souveraineté réelle. Un forum qui, symboliquement, se tient le jour même du 35e anniversaire de la mort du Pr. Abdou Moumouni Dioffo, pionnier africain de l'énergie solaire dont le Niger n'a pas encore tenu toutes les promesses.

FIER/JNER 2026 : l'État vise 30% de renouvelables, le privé nigérien comme CDS déjà en première ligne

Il y avait quelque chose d'inhabituel dans la salle ce matin à l'ouverture du FIER/JNER. Les discours d'ouverture d'un forum sur l'énergie, on en a vu défiler depuis dix ans à Niamey, avec leurs promesses tièdes et leurs chiffres recyclés. Cette fois, le ton était différent. Plus tendu. Plus politique. Plus assumé.

Le Premier ministre n'y est pas allé par quatre chemins. Évoquant « l'embargo sauvage » imposé au Niger après le 26 juillet 2023, il a rappelé ce que tout le monde ici sait sans toujours le dire : la coupure brutale de l'électricité fournie depuis le Nigeria a coûté des vies. Pas une statistique, pas un dommage collatéral. Des morts. C'est de cette plaie que part désormais toute la doctrine énergétique du pays sous le CNSP, présidé par le Général d'Armée Abdourahamane Tiani. « Dépendre des autres pour son énergie n'est plus une option », a-t-il martelé, fixant l'objectif de 30 % d'énergies renouvelables dans le mix national d'ici 2030, sans pour autant tourner le dos à l'uranium, au pétrole et au charbon minéral du sous-sol nigérien.

La ministre de l'Énergie, qui l'avait précédé à la tribune, avait posé le diagnostic sans complaisance. En dix ans, le Niger n'a installé que 40 mégawatts solaires. Quarante. Pour un pays parmi les plus ensoleillés de la planète. Ce paradoxe — la richesse théorique face à l'indigence opérationnelle — fonde aujourd'hui un virage qu'elle qualifie d'« irréversible ». Entre la Stratégie Nationale d'Accès à l'Électricité et le Compact Énergie destiné à mobiliser les capitaux internationaux, ce sont des projets structurants qui sont désormais sur la table : le parc solaire de Gorou Banda (150 MW), le projet NEAP (200 MW), le parc éolien Savanna Energy (250 MW), le barrage de Kandadji (130 MW) et Scaling Solar (50 MW). Sur le papier, c'est une révolution.

Reste à savoir qui va construire, installer, maintenir, livrer le dernier kilomètre.

CDS, ou la souveraineté énergétique en kit

C'est ici que le FIER/JNER prend une dimension qu'on ne lit pas toujours dans les comptes rendus institutionnels. Pendant que les discours résonnaient dans la salle plénière, les stands tenus par des entreprises nigériennes alignaient kakémonos, onduleurs hybrides et batteries lithium. Parmi eux, celui de CDS (Eau & énergie), basée au quartier Koira Kano à Niamey, qui faisait défiler en boucle sur un grand écran une démonstration en direct d'un superviseur Cerbo GX — l'interface qui permet de piloter à distance, depuis un smartphone, la production solaire, le stockage et la consommation d'un site équipé.

Sur le stand, Abdallah Sidi Moctar, responsable du développement et des partenariats de CDS et Younoussa SALIFOU,Responsable Superviseur des travaux, accueillaient visiteurs et décideurs en présentant une offre qui tranche par sa lisibilité dans un secteur souvent abstrait pour les non-spécialistes. Là où d'autres parlent en mégawatts et en complexité technique, CDS parle en kits, en gammes et en prix nets.

Pour les ménages, l'entreprise propose sept gammes résidentielles standardisées, allant du plus accessible au plus puissant :

  • Kit Étoile : 3 kWc de puissance, 5 kWh de stockage — 2 285 553 FCFA HT
  • Kit Lune : 5 kWc / 10 kWh — 3 010 026 FCFA HT
  • Kit Lune Plus : 5 kWc / 15 kWh — 3 517 452 FCFA HT
  • Kit Lune Extra 1 : 8 kWc / 10 kWh — 3 829 092 FCFA HT
  • Kit Lune Extra 2 : 8 kWc / 15 kWh — 4 336 518 FCFA HT
  • Kit Soleil : 10 kW / 15 kWh — 5 648 919 FCFA HT
  • Kit Soleil Plus : 10 kW / 20 kWh — 6 156 345 FCFA HT

Chaque kit est livré avec panneaux, onduleur hybride, batteries lithium et application de suivi à distance, livraison et installation incluses. La promesse derrière les chiffres tient en une phrase qu'on retrouve sur tous les supports CDS exposés au stand : « Fini les coupures. Investissez une fois. Éclairez pour toujours. » Concrètement : éclairage, climatisation, réfrigérateur, pompe à eau, bureautique — l'ensemble du quotidien d'un foyer nigérien fonctionne, même la nuit, même quand le quartier est dans le noir.

Pour les commerces — pharmacies, boutiques, restaurants, supermarchés, stations-service — l'argumentaire de CDS tient en un calcul que tout entrepreneur nigérien fait dans sa tête à chaque coupure : combien de chiffre d'affaires perdu pendant que les réfrigérateurs s'arrêtent, que les clients quittent la boutique, que la caisse s'éteint ? La réponse de CDS : « Vos réfrigérateurs tournent. Vos clients restent. Votre caisse ne s'arrête pas. » Des solutions sur mesure, dimensionnées au besoin réel, sans surcapacité inutile.

Pour l'industrie — usines, ateliers, fermes, entrepôts, sites isolés — c'est un changement d'échelle : CDS conçoit et installe des systèmes solaires allant de 100 kilowatts à 1 mégawatt. L'enjeu est ici stratégique : continuité de production, réduction massive de la facture diesel, autonomie totale vis-à-vis d'un réseau encore défaillant dans plusieurs zones du pays. Sur le stand, deux onduleurs hybrides TBB Power étaient exposés en démonstration physique, à côté du diagramme technique d'une installation triphasée avec batteries lithium ES100 II — l'épine dorsale des projets industriels que CDS déploie déjà sur le terrain.

L'entreprise propose également un service plus rare au Niger : l'électrification de zones rurales sur mesure, depuis la commune jusqu'à la mini-centrale de village. « Électrifier un village. Éclairer toute une zone rurale », résume l'un des supports exposés au stand. C'est précisément le créneau où l'État, le Compact Énergie et les bailleurs internationaux comme la Banque Mondiale et la BAD vont devoir s'appuyer sur des opérateurs nationaux pour atteindre les objectifs annoncés ce matin par la ministre.

Hommage à un pionnier qu'on a longtemps oublié

Le moment le plus chargé symboliquement de cette ouverture n'a pas été un chiffre, ni un projet. Le gouverneur de la région de Niamey, puis le Premier ministre lui-même en clôture, ont rendu hommage au professeur Abdou Moumouni Dioffo, pionnier des énergies renouvelables au Niger, lauréat de la médaille d'or de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle en 1988, et ancien directeur de l'Office de l'Énergie Solaire du Niger (ONERSOL).

Que ce nom revienne aujourd'hui, à une tribune où l'on parle de souveraineté et de Compact Énergie, n'est pas anodin. Pendant des décennies, le legs scientifique de Moumouni Dioffo est resté dans les tiroirs, contourné par des choix politiques qui ont préféré importer l'électricité plutôt que financer la recherche locale et soutenir l'industrie nationale du solaire. Le Premier ministre a invité la jeunesse nigérienne à « s'approprier ce savoir ». Ce n'est pas qu'une formule. C'est un aveu, et c'est une feuille de route.

Ce qu'il reste à prouver

Les annonces de ce mardi sont à la hauteur des ambitions affichées par les autorités de la transition. Mais entre l'annonce d'un parc solaire de 150 MW à Gorou Banda et sa mise en service effective, l'histoire récente du Niger invite à la prudence. Les financements doivent suivre. Les arbitrages politiques aussi. Et surtout, la place qui sera réellement faite aux entreprises nationales — celles qui, comme CDS, sont déjà sur le terrain, déjà capables de livrer, déjà en train d'équiper des familles, des commerces et des industries — reste, à ce stade, une question ouverte.

Le FIER/JNER se poursuit ce mercredi 8 avril avec une journée consacrée aux échanges techniques, aux rencontres B2B et aux recommandations finales. Nigerinfos y reviendra.