Cameroun : un téléphone non déclaré, et vous n'avez plus de réseau
Depuis le 1er avril 2026, les douanes camerounaises ne traitent plus aucun dossier en papier pour les téléphones portables, tablettes et terminaux électroniques. C'est 100% numérique, via le système CAMCIS, ou c'est le blocage réseau. Une réforme qui intéresse toute l'Afrique centrale et qui soulève des questions sur la vie privée des citoyens.
Le 1er avril n'est pas un poisson d'avril
À compter de ce matin, les opérateurs économiques camerounais — importateurs, distributeurs, commerçants — ne peuvent plus déposer un dossier papier pour dédouaner un téléphone portable. Tout passe désormais par CAMCIS, le système informatique des douanes camerounaises.
Ce n'est pas une nouvelle taxe. Le ministre des Finances Louis Paul Motaze a été clair là-dessus : les droits et taxes restent les mêmes. Ce qui change, c'est la méthode : les déclarations en ligne, le paiement électronique, et surtout — le point le plus lourd de conséquences — la vérification du numéro IMEI en temps réel.
Ce que le numéro IMEI va changer
L'IMEI, c'est l'identifiant unique de chaque téléphone. Désormais, lors du dédouanement, cet identifiant est enregistré dans la base de données nationale. Et à partir de là, tout téléphone non déclaré — ou dont l'IMEI ne figure pas dans le système — peut voir son accès au réseau mobile bloqué.
Les opérateurs télécoms devront synchroniser leurs bases de données avec celle des douanes. Ce qui signifie que des millions d'appareils importés informellement, vendus sur les marchés de Douala, Yaoundé ou Garoua, pourraient se retrouver coupés du réseau.
Quelques précisions importantes : les appareils déjà connectés au réseau local bénéficient d'une amnistie. Les téléphones en itinérance internationale sont exemptés. Et les distributeurs disposant de stocks régulièrement dédouanés ont deux mois pour se déclarer auprès des services douaniers.
Un enjeu de recettes — et de surveillance
L'objectif officiel est clair : réduire les déperditions de recettes publiques, lutter contre le commerce informel d'appareils volés, et améliorer la traçabilité. Sur le fond, c'est une modernisation réelle d'un système où des millions de téléphones arrivaient sans déclaration.
Mais la question de la cybersécurité et de la vie privée n'a pas été abordée dans les communications officielles. Le site spécialisé 237online a levé le point : "le vrai risque, c'est vos données". Une base centralisée d'IMEI, couplée à l'identité du détenteur et à son réseau d'utilisation, constitue techniquement une infrastructure de surveillance de masse si les garde-fous légaux ne suivent pas.
"On peut comprendre l'objectif fiscal. Mais on aimerait savoir qui aura accès à cette base, pour quoi, et avec quelles garanties juridiques", interroge un juriste spécialisé en droit numérique basé à Yaoundé.
Une réforme que d'autres pays africains regardent de près
Le Cameroun n'est pas le premier à aller dans cette direction. L'Inde, le Pakistan, la Turquie ont adopté des systèmes similaires. Sur le continent africain, le Nigeria expérimente un registre IMEI depuis 2022. Le Niger, qui a lancé ce 1er avril son propre système de paiement électronique douanier via SONIBANK, suit une logique similaire — même si moins intégrée à la surveillance réseau.
La tendance est claire : les États africains cherchent à reprendre la main sur un secteur des télécoms qui leur échappe en grande partie — avec des milliards de recettes perdues chaque année dans l'informel.


moulaye
