Éthiopie : 13,1 milliards de dollars en deux jours — une leçon d'attractivité pour l'Afrique
Les 26 et 27 mars 2026, le forum "Invest in Ethiopia" a attiré plus de 800 investisseurs de 45 pays et conclu des accords à hauteur de 13,1 milliards de dollars. Un signal fort envoyé au monde : l'Afrique peut attirer des capitaux massifs sans dépendre de l'aide internationale. Les pays du Sahel ont tout intérêt à décrypter ce modèle.
Un forum, 13 milliards, 48 heures
Les 26 et 27 mars 2026, Addis-Abeba a accueilli la quatrième édition du forum "Invest in Ethiopia". Bilan : 13,1 milliards de dollars d'accords d'investissement signés. Deux jours. Huit fois le résultat de l'édition précédente — qui avait attiré 1,6 milliard de dollars en 2025.
Les secteurs concernés sont concrets et stratégiques : énergies renouvelables, industrie manufacturière, immobilier, mines, agro-industrie et production d'ammoniac vert. Le dossier le plus spectaculaire : un engagement de 10 milliards de dollars de la firme chinoise Ming Yang Smart Energy Group pour produire de l'ammoniac vert et des équipements électriques en Éthiopie. À lui seul, ce deal représente plus que l'ensemble des accords signés lors des trois premières éditions réunies.
Plus de 800 investisseurs, 80 exposants et 50 ministres de 45 pays étaient présents. La Commission d'investissement éthiopienne a coordonné l'ensemble du processus.
Ce que l'Éthiopie a compris que d'autres n'ont pas encore fait
L'Éthiopie n'est pas sans défis — loin de là. La guerre du Tigré (2020-2022) a laissé des cicatrices profondes, économiques et humaines. Le pays fait face à une dette extérieure importante et à des tensions ethniques persistantes. Pourtant, les investisseurs sont venus.
Pourquoi ? Parce que l'Éthiopie a mis en place une architecture institutionnelle dédiée à l'attractivité : une commission d'investissement active, des zones industrielles spéciales, des incitations fiscales ciblées, et une diplomatie économique agressive. Elle a aussi fait un choix stratégique majeur : diversifier ses partenaires. La Chine, la Turquie, les Émirats arabes unis, le Japon — personne n'est exclu si l'accord est bon pour le pays.
"Ce n'est pas de l'aide. Ce sont des investissements avec des contreparties. Mais ce sont des investissements qui restent en Éthiopie, créent des emplois et développent des capacités locales", a souligné le commissaire éthiopien à l'investissement lors du forum.
La leçon pour le Sahel
Les pays de l'AES — Niger, Mali, Burkina Faso — ont engagé depuis 2023 une rupture avec les partenaires occidentaux traditionnels. C'est un choix de souveraineté qui mérite d'être pris au sérieux. Mais la souveraineté politique ne remplace pas automatiquement les investissements privés.
Le Niger possède de l'uranium, du pétrole, de l'or, du charbon. Le Mali a de l'or et un potentiel agricole considérable. Le Burkina Faso a des mines. Ces richesses ne se valorisent pas seules. Elles ont besoin de capitaux, de technologie, de marchés.
L'exemple éthiopien dit ceci : on peut être souverain et attractif. On peut refuser la tutelle des institutions de Bretton Woods et quand même signer des accords à 13 milliards avec des investisseurs privés mondiaux. Ce n'est pas contradictoire.
La vraie question pour les dirigeants de l'AES est là : au-delà du discours sur la souveraineté, ont-ils une stratégie d'attractivité économique qui dépasse les partenariats avec Moscou et Pékin ?


moulaye
