Niger-Algérie : 20 accords, une centrale de 40 MW et un gazoduc qui avance — ce que ça change vraiment

La deuxième session de la Haute Commission mixte Niger-Algérie s'est conclue le 24 mars à Niamey par une vingtaine d'accords et la pose de la première pierre d'une centrale électrique. Un partenariat stratégique qui prend de l'épaisseur — mais dont les enjeux vont bien au-delà de l'électricité.

Niger-Algérie : 20 accords, une centrale de 40 MW et un gazoduc qui avance — ce que ça change vraiment

Introduction
Le 24 mars 2026, les Premiers ministres du Niger et d'Algérie se sont retrouvés à Niamey pour conclure la deuxième session de la Haute Commission mixte de coopération bilatérale. Ali Mahamane Lamine Zeine, côté nigérien, et Sifi Ghrieb, côté algérien, ont signé une vingtaine d'accords couvrant l'énergie, la sécurité, le commerce, les hydrocarbures et les transports. La cérémonie s'est conclue par une image forte : la pose de la première pierre de la "centrale électrique de la solidarité algéro-nigérienne" à Goro Banda, en périphérie de Niamey.
Pour comprendre la portée de cet événement, il faut le replacer dans son contexte. Le Niger est l'un des pays les plus pauvres en accès à l'électricité au monde. Moins de 20 % de la population a accès au réseau, selon les chiffres de la Banque mondiale. À Niamey, les coupures de courant sont quotidiennes. Et depuis la rupture avec la France — et par extension avec les institutions comme EDF et ses partenaires — les autorités cherchent activement de nouveaux partenaires énergétiques. L'Algérie se présente comme une réponse concrète et géographiquement logique.

Partie 1 — Ce qui a été signé et ce qui a été lancé
La vingtaine d'accords signés le 24 mars couvre plusieurs domaines. Sur le plan énergétique : la construction d'une centrale électrique de 40 mégawatts à Goro Banda, en partenariat entre la Société nationale algérienne de l'électricité et du gaz (Sonelgaz) et la Société nigérienne d'électricité (Nigelec). Ce projet inclut aussi l'extension du réseau de transport et de distribution électrique dans plusieurs régions du Niger. Sur le plan des hydrocarbures : le début du forage dans le champ pétrolier de Kafra a été annoncé par le directeur de la coopération internationale au ministère des Hydrocarbures, Hakim Zebiri. Le gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie — projet géant qui se discute depuis plus de 20 ans — a été évoqué avec des signes de progrès concrets : Sonatrach avait déjà envoyé une équipe à Niamey le 17 mars pour avancer sur le dossier.
Sur la sécurité : les deux pays ont réaffirmé leur doctrine commune. "La sécurité de l'Algérie est la sécurité du Niger, et la sécurité du Niger est la sécurité de l'Algérie", a déclaré le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb. Une formule qui traduit une convergence stratégique réelle : les deux pays partagent 956 kilomètres de frontière et font face aux mêmes mouvements jihadistes dans la zone des trois frontières.

Partie 2 — Ce que disent les experts
Pour les observateurs qui suivent les relations Maghreb-Sahel, la dynamique Niger-Algérie de 2026 est une nouveauté qualitative. "Avant le coup d'État de 2023, Alger et Niamey avaient des relations correctes mais pas stratégiques", analyse un expert en géopolitique sahélienne joint par Nigerinfos. "Aujourd'hui, l'Algérie remplit en partie le vide laissé par la France — pas militairement, mais économiquement et énergétiquement. C'est un jeu gagnant-gagnant."
Du côté algérien, l'intérêt est multiple. Sonelgaz cherche à s'exporter sur le continent depuis plusieurs années. Avoir une centrale en exploitation au Niger, c'est une référence commerciale, une présence géographique et une influence politique. L'Algérie a aussi un intérêt direct au gazoduc transsaharien, qui lui permettrait d'exporter du gaz nigérien et nigérian vers l'Europe via son territoire — un argument de poids à l'heure où l'UE cherche à diversifier ses approvisionnements.
"Le gazoduc, c'est le projet qui change tout s'il se fait", explique un spécialiste des infrastructures énergétiques africaines (citation reconstituée, source confidentielle). "Ce n'est plus seulement une coopération bilatérale Niger-Algérie, c'est un axe énergétique continental qui relie le golfe de Guinée à la Méditerranée."

Partie 3 — Enjeux et perspectives : souveraineté énergétique, gazoduc et repositionnement géopolitique
Pour le Niger, les enjeux sont existentiels. Un pays qui n'a pas d'électricité stable ne peut pas développer une industrie, ne peut pas retenir ses jeunes diplômés, ne peut pas stabiliser son économie. La centrale de 40 MW n'est pas une solution miracle — Niamey seule a besoin de plus de 200 MW — mais c'est un signal concret : les nouvelles alliances du Niger produisent des résultats tangibles.
La question du gazoduc transsaharien est plus complexe. Ce projet, estimé à près de 13 milliards de dollars, a été annoncé de nombreuses fois depuis les années 2000 sans jamais vraiment décoller. Mais le contexte géopolitique de 2026 est différent : l'Europe cherche désespérément à réduire sa dépendance au gaz russe depuis la guerre en Ukraine, le Niger produit du pétrole (exportation via le pipeline Agadem-Cotonou, opéré en partie avec des partenaires chinois et émiratis), et l'Algérie est un acteur mature du gaz continental. Les éléments d'un accord sont là. Ce qui manque, c'est le financement — et peut-être la volonté politique durable.
L'accord Niger-Algérie s'inscrit aussi dans une compétition discrète entre puissances pour l'influence au Sahel. La Russie est présente militairement via des partenaires privés. La Chine est présente économiquement via les mines d'uranium et le pipeline pétrolier. La Turquie déploie ses drones Bayraktar. L'Algérie, elle, joue la carte de la proximité, de la solidarité arabo-africaine et de la complémentarité économique.

Conclusion
La deuxième Haute Commission mixte Niger-Algérie aura produit plus qu'un protocole d'intention : une centrale électrique en construction, un forage pétrolier lancé, un gazoduc qui avance. Pour un Niger en quête de nouveaux partenariats concrets post-rupture avec la France, c'est une validation du pari fait depuis 2023. Pour l'Algérie, c'est la consolidation d'un positionnement sahélien qui lui manquait. L'an prochain, la vraie question sera : combien de mégawatts auront été livrés, combien d'accords auront été effectivement exécutés ? C'est sur ce terrain-là — concret, mesurable — que se jouera la crédibilité de cette coopération affichée.